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La Cité Verte sera le premier écoquartier de Québec

Par Stéphan Dussault Mise en ligne : 13 Mai 2011  |  Magazine : Juin 2011 Shutterstock

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Plus de 300 millions de dollars vont être investis dans un quartier de Québec pour tenter d’en faire le plus écologique de l’histoire de la province.

La rétrocaveuse qui s’affaire dans le futur quartier de la ville de Québec semble simplement tracer les contours d’une rue en devenir. Il n’en est rien. Les trous qu’elle creuse permettront d’enfouir des tuyaux qui aspireront ordures, matières recyclables et résidus compostables. D’autres trous aux abords des trottoirs se transformeront en bassins pour récupérer l’eau de pluie. Et un peu plus loin, un silo de plus de 20 mètres de hauteur qui semble provenir d’une ferme servira de réservoir aux granules de bois qui chaufferont quelque 800 logements.

«Pour faire du vrai développement durable, il ne suffit pas de bien isoler une maison. C’est ce qui rend ce projet si intéressant», dit Yvan Dutil, ingénieur et coordonnateur scientifique à la Chaire de recherche industrielle des technologies de l’énergie et de l’efficacité énergétique de l’École de technologie supérieure.

Au cœur de la ville

C’est le défi de ce grand chantier de Québec, baptisé la Cité verte. Il s’agit du projet de SSQ Groupe financier, qui compte investir plus de 300 millions de dollars en plein cœur de la ville pour y rénover trois immeubles historiques, dont une église, et y construire huit édifices, surtout de logements en copropriété, ainsi qu’une trentaine de maisons de ville. SSQ tente ici de faire fructifier une partie des cinq milliards de dollars de ses clients. En 2005, le groupe financier a acquis le terrain de 93 000 mètres2 (environ 300 mètres de large sur autant de profond) d’une congrégation religieuse situé entre l’Université Laval et le Vieux-Québec.

La Cité verte, c’est avant tout le bébé de Jean Morency, pdg de la filiale SSQ Immobilier. Il en rêve depuis 10 ans. Les premiers résidants devraient emménager cet été, et Jean Morency es­père terminer son œuvre dans quatre ans. «Le but est de construire autrement», dit celui qui veut y inclure des technologies inédites au Québec. Marie-Eve Sirois, ingénieure et directrice d’Écobâtiment, organisme de promotion du bâtiment durable, applaudit ces nouvelles technologies, mais rappelle que les plus importants impacts sur l’environnement sont souvent les moins sexy: «Les deux principaux atouts de la Cité verte sont sa situation en zone très urbaine, ce qui limite l’utilisation de l’auto, et le fait qu’on rénove des bâtiments existants, ce qui diminue grandement l’impact environnemental du projet immobilier.»

La Cité verte est loin d’être le seul projet d’écoquartier. On en trouve entre autres à Lachine (Petite Rivière) et à Boisbriand (Faubourg Boisbriand). «Mais la Cité verte demeure le projet d’écoquartier le plus ambitieux à ce jour au Québec», dit Emmanuel Cosgrove­, de l’organisme Écohabitation. Nous avons passé en revue cinq des éléments les plus importants du projet.

Le chauffage

Il s’agit en quelque sorte d’un gigantesque poêle à granules. Un silo de plus de 20 mètres de hauteur emmagasinera des résidus de bois. On s’attend à utiliser 2,5 millions de kilogrammes de bois par an pour chauffer les 800 logements à l’aide de planchers radiants. En fait, le «poêle» chauffera l’eau de bouilloires qui circulera dans un réseau de tuyaux enfoui. Autre innovation: ce même système chauffera l’eau potable, ce qui éliminera les chauffe-eau.

Ce système ne contribuera pas à l’effet de serre, assure le maître d’œuvre de la Cité verte, Jean Morency, étant donné que le bois est une ressource renouvelable, générée à proximité. De plus, cette chaufferie sera autonome: en cas de panne d’électricité, des génératrices pourront poursuivre l’approvisionnement en granules. Plus écologique que l’hydroélectricité, une autre énergie renouvelable? «Pas sûre, mais on valorise ici une ressource locale, ce qui est très bien», répond Marie-Eve Sirois, qui a accepté d’analyser pour nous les éléments du projet.

La gestion de l’eau

But premier: diminuer la quantité d’eau à traiter par la ville. Un moyen d’y arriver consiste à récupérer l’eau de pluie, notamment dans d’immenses bassins aux abords des rues. Elle sera essentiellement utilisée pour l’arrosage extérieur, qui n’a surtout pas besoin d’une eau chlorée. Toutefois, aucun système n’a été prévu pour alimenter les toilettes avec ces eaux de ruissellement. «Ça fait partie des compromis que nous avons faits, explique Jean Morency. À notre avis, les Québécois ne sont pas prêts à avoir une eau brunâtre dans leur toilette.»

L’éclairage extérieur

Voilà l’élément du projet qui a fait l’unanimité. Le quartier sera éclairé par des ampoules à diodes électroluminescentes (DEL), qui promettent des économies d’électricité d’au moins 40 % par comparaison avec les traditionnelles ampoules au sodium. En effet, elles ne produisent à peu près pas de chaleur, canalisant leur énergie sur la luminosité. L’intensité sera aussi diminuée, et les lampadaires s’éteindront à minuit. Munis de capteurs de mouvement, ils s’allumeront au besoin seulement.

Les immeubles

Pour Marie-Eve Sirois, c’est le plus décevant des aspects, celui où on aurait pu monter davantage la barre. Les huit immeubles à étages neufs et les maisons de ville seront certifiés Novoclimat, c’est-à-dire qu’ils seront mieux isolés et mieux ventilés que la moyenne des nouvelles constructions. Mais la chose n’a rien d’exceptionnel ; chaque année, plus de 3 000 résidences sont certifiées Novoclimat au Québec. Quant aux trois immeubles existants, «on va faire le maximum pour bien les rénover, mais ils ne devraient pas atteindre ce niveau de per­for­mance», dit Jean Morency. «Réduire la facture d’électricité de 25 ou 30 % comparativement à la moyenne, quand on sait que les normes sont très minimales au Québec, ce n’est pas très impressionnant», répond Mme Sirois. Elle suggère à tout le moins que les bâtiments, tant neufs qu’existants, soient certifiés LEED.

Ultime injure: les immeubles ne seront pas orientés vers le sud afin de profiter au maximum de la chaleur gratuite du soleil. «La ville a refusé de changer l’angle des rues et l’orientation des maisons, répond Jean Morency. Mais on a ajouté des éléments intéressants, comme les balcons vitrés en hiver et des tablettes intérieures de fenêtres chauffées pour contenir le froid.» Sinon, tous les toits seront blancs pour éviter leur réchauffement excessif en été, mais ils ne seront pas végétalisés. On a aussi laissé tomber d’autres technologies coûteuses, comme les éoliennes urbaines ou les panneaux solaires. Déjà que les logements ne seront pas donnés. Par exemple, un espace de 65 m2 (700 pi2) se vendra environ 250 000 $.

Les déchets

Il s’agit de l’aspect le plus spectaculaire du projet. Vous vous souvenez du système à vacuum utilisé par les caisses populaires dans les années 1970 pour les transactions à l’auto? On appliquera le même principe aux déchets. Des bornes ressemblant à des poubelles seront installées dans les immeubles et à l’extérieur pour recueillir déchets, matières recyclables et résidus compostables. Lorsqu’une borne sera pleine, elle sera mise sous vide le temps d’acheminer son contenu à un point central, par des tuyaux souterrains. Cette technologie aurait fait ses preuves dans des villes comme Barcelone.

C’est l’ajout le plus spectaculaire, certes, mais aussi l’un des moins verts du projet, selon Marie-Eve Sirois, car le camion d’ordures qui passe deux fois par semaine n’est pas le plus grand contributeur à l’effet de serre. «Par contre, sans camions à ordures ni amoncellement de déchets, il s’agit d’une hausse importante de la qualité de vie dans le quartier.»