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Chauffe-eau solaire: flop d'un projet vert

Par Stéphan Dussault Mise en ligne : 21 Mai 2010

Photo: iStockphoto

Le programme de subvention à l’achat d’un chauffe-eau solaire lancé par Québec en juin 2009 n’est pas aussi populaire que prévu. L’Agence de l’efficacité énergétique (AEE) espérait recruter 600 clients. Presque un an plus tard, on a installé seulement 26 systèmes.

L’offre semble pourtant intéressante. Les 600 premiers résidants québécois à en faire la demande profitent d’une aide financière allant de 2700 à 4250 $. L’installation des panneaux solaires branchés à leur chauffe-eau permet de réduire la facture d’eau chaude d’environ 60 %.

Le problème : le coût beaucoup plus élevé que prévu pour l’achat et l’installation de cette technologie. Au départ, l’AEE annonçait que l’acquisition de deux panneaux pour une maison unifamiliale de quatre personnes permettrait d’économiser 200 $ sur une facture annuelle d’eau chaude de 320 $.

Un an plus tard, ces estimations sont toujours valables. Ce qui ne l’est plus, c’est le prix d’achat et d’installation, qu’on évaluait à l’époque à 7500 $. À ce prix, une subvention de 3750 $ rembourserait la moitié de la facture. L’Agence décrit toujours son projet comme « représentant environ 50 % du coût d’un système ». Or, après avoir contacté des vendeurs qu’elle a mandatés, nous constatons qu’il est difficile de s’en tirer à moins de 11 000 $.

Faites le calcul. En soustrayant la subvention, vous payez vos panneaux environ 7250 $. Avec des économies d’eau chaude de 200 $ par an, les panneaux seront rentabilisés dans 36 ans. « L’Agence a basé ses calculs sur le prix des systèmes en Ontario. Mais je n’ai pas assez de demandes pour offrir les panneaux solaires à ce prix », explique Sébastien Guillemette, de Guillemette Énergie, l’un des installateurs proposés par l’AEE.

« Nos estimations de coûts ont été faites sur la base de discussions avec ces installateurs. C’est désolant de voir ces hausses de coût », rétorque Luce Asselin, qui dirige l’Agence. L’AEE ne compte pas ajuster ses subventions aux prix du marché, soulignant laconiquement qu’un bilan sera fait lorsque le programme prendra fin, en octobre prochain. Difficile d’évaluer ce qui sera fait. À ce moment, l’Agence risque d’être abolie et intégrée au ministère des Ressources naturelles et de la Faune, comme annoncé en mars dans le budget provincial.

L'insuccès du solaire
Le programme d’implantation de chauffe-eau solaires n’est pas le premier insuccès de Québec en matière d’énergies renouvelables. Il y a quatre ans, Hydro-Québec a permis aux résidants de lui revendre l’énergie solaire ou éolienne produite. Le grand avantage: en permettant l’envoi de l’énergie inutilisée sur le réseau, on n’a pas à acheter de coûteuses et polluantes batteries pour emmagasiner cette énergie propre.

Mais en quatre ans, seulement 14 clients se sont inscrits à ce programme, qui porte le nom de Mesurage net. Le coût élevé de l’installation de ces technologies et le manque, voire l’inexistence, d’incitatifs financiers ne sont pas étrangers à son impopularité.

Rappelons que dans des pays comme le Japon et l’Allemagne, des centaines de milliers de citoyens revendent à prix fort l’énergie produite grâce aux panneaux solaires installés sur leur toit.

Plus près de nous, en Ontario, un programme du gouvernement provincial permet aux résidants de revendre environ quatre fois plus cher que le prix du marché l’énergie produite grâce à leurs panneaux solaires.

Le but de ce programme: justifier davantage l’acquisition de ces coûteuses technologies. Un système solaire de 3 kilowatts, qui permet de réduire d’environ 15 % la consommation électrique, peut coûter environ 30 000 $. À la fin de 2009, le gouvernement ontarien a relancé l’initiative. Depuis, il estime avoir reçu plus de 6000 demandes.

Les défis de l’éolien
Du côté de l’éolien, Québec est plus actif. Mais des projets ont été annulés, de sorte que plus de 10 % des 4000 nouveaux mégawatts (MW) d’énergie éolienne prévus par Hydro-Québec d’ici à 2015 risquent de s’envoler, selon une compilation effectuée en mars par le journal Les Affaires.

Jusqu’ici, les projets à Rivière-du-Loup (201 MW), Les Méchins, en Gaspésie (150 MW), et Sainte-Luce, dans le Bas-Saint-Laurent (68 MW), ont été abandonnés.

Entretemps, d’autres pays installent des éoliennes à la vitesse grand V.

La Chine, qui n’est pourtant pas réputée comme le pays le plus vert avec ses centaines de centrales au charbon, a doublé l’an dernier sa production éolienne et est devenue le troisième acteur en importance au monde avec 25 100 MW, selon l’organisme Global Wind Energy Council.

La Chine n’est aujourd’hui précédée que par les États-Unis (35 200 MW) et l’Allemagne (25 800 MW).

Le Canada occupe la 11e position avec une production de 3300 MW.

De façon paradoxale, l’importance de l’hydroélectricité au Québec semble un frein au développement des autres énergies renouvelables. Les pays qui utilisent davantage de charbon ou de mazout, ou ceux qui veulent limiter l’expansion des centrales nucléaires, sont plus motivés à implanter les énergies solaire et éolienne.