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Plomb et jouets: les taux se resserrent

Par Stéphan Dussault Mise en ligne : 04 octobre 2008

Épinglettes, trains en bois, mini-râteaux, robots en plastique, pistolets, baguettes magiques, casse-têtes, colliers, autos de course... Au cours des sept premiers mois de 2008, les États-Unis ont rappelé 4,3 millions de jouets, de bijoux et d’autres produits pour enfants à cause de leur taux excessif de plomb.

Dans les jouets, le plomb est utilisé pour fixer la couleur. C’est grâce à lui qu’on obtient des jaunes et des rouges éclatants. Des produits sans plomb existent, mais coûtent de 20 à 30 % plus cher, selon un spécialiste chinois. Et quand on fait fabriquer ses produits en Chine, au Vietnam ou en Inde, ce qui est le cas de la majorité des jouets dans le monde, c’est en premier lieu pour réduire ses coûts de production et rester compétitif.

Les rappels sont en hausse par rapport à l’année dernière, pourtant considérée comme l’une des pires de l’histoire à ce chapitre. Mais au sud de notre frontière, les autorités ont tranché à la fin de l'été 2008: le taux de plomb maximal dans les jouets de nos tout-petits passera de 600 à 100 parties par million (ppm) d'ici à trois ans. Et au Canada, qu'en est-il?

Santé Canada et le plomb

Au pays, Santé Canada ne compile pas de données précises sur le nombre de jouets rappelés. Ce qu’on remarque, par contre, c’est qu’environ le tiers des quelque 80 jouets rappelés en 2007 l’ont été parce qu’ils renfermaient trop de plomb. Dans certains cas, il s’agit de fausses dents en plastique vendues pour l’Halloween. Difficile pour les entreprises de soutenir que les enfants ne se les mettront pas dans la bouche!

Et que dire de ces jolis pichets munis d’un robinet en plomb – et qui ont été retirés du marché en 2006 –, sinon de suggérer aux enfants de ne pas les utiliser pour leur vente annuelle de limonade sur le trottoir? On sait que, une fois ingéré, le plomb demeure dans l’organisme pendant plusieurs années, ce qui, à terme, peut causer des déficiences intellectuelles, des difficultés d’apprentissage et des troubles psychomoteurs.

Sur son site Internet, Santé Canada est lapidaire: «L’exposition au plomb est reconnue au pays et dans le monde entier comme la principale menace environnementale pour la santé des enfants.» Mais dans les faits, il faut reconnaître que l’organisme fédéral a moins de mordant. «Le grand problème, c’est l’application déficiente de la loi. Il y a trop de produits illégaux qui entrent au pays», estime le Dr Dominic Chalut, pédiatre et consultant en toxicologie à l’Hôpital de Montréal pour enfants.

Un test qui fait parler

C’est ce danger potentiel, couplé à une avalanche sans précédent de rappels et un certain laxisme gouvernemental, qui a motivé la publication de notre test de plomb dans 32 jouets en novembre 2007. Rappelons que, du lot, un produit – des blocs jaunes de marque Mega Brands – s’était démarqué par son taux élevé de plomb. Les médias québécois se sont aussitôt emparés de l’affaire, qui a eu des échos jusque dans le New York Times.

L’industrie a vite réagi: le site Internet du magazine Canadian Plastics a aussitôt qualifié d’«erronés» les résultats du test, et Mega Brands a déposé une injonction pour empêcher la diffusion et la distribution du guide Jouets 2008. Sans succès. Interpellé de toutes parts, Santé Canada a donc testé d’autres échantillons du jouet, sans toutefois y détecter des teneurs en plomb élevées. Retournement de situation trois mois plus tard: un inspecteur de Santé Canada nous annonce que les experts du ministère ont eux aussi découvert du plomb dans les fameux blocs jaunes de Mega Brands.

Retirés ou pas?

Ces jouets seront-ils retirés du marché? Pas du tout, même si le taux de plomb dépasse largement la norme de 600 parties par million (ppm) en vigueur au pays. C’est que Santé Canada fait encore une différence entre le plomb qui fait partie intégrante d’un jouet, comme celui des blocs en plastique en question, et celui qui est inclus dans la peinture qui recouvre un jouet, et qui risque davantage d’être ingérée en s’écaillant. Au pays, la loi ne s’applique qu’à ce dernier cas.

«Les blocs ne présentent pas de risque pour la santé, puisque le plomb ne peut pas migrer, nous a écrit Santé Canada en février dernier. Un enfant qui suce, lèche ou mord les blocs ne pourrait pas ingérer de plomb.» Pourtant, dans la même lettre, Santé Canada dit avoir demandé à Mega Brands de «découvrir et corriger la source de la contamination au plomb».

Et pourquoi donc corriger une situation qui ne présenterait pas de risque? La réponse semble se trouver dans les intentions de Santé Canada. En effet, l’organisme fédéral tente depuis près de trois ans de faire passer de 600 à 90 ppm la limite de plomb total des jouets destinés aux jeunes enfants. Une règle qui, cette fois-ci, serait appliquée à tous les jouets, dont ceux où le plomb est intégré dans le plastique.

Il faut dire que les vœux pieux sont nombreux sur cette question. Il y a 10 ans, l’association américaine des fabricants de jouets, le Toy Manufacturers of America, s’était engagée au nom de ses membres, qui représentaient 85 % du marché américain, à éliminer ce métal toxique. Depuis, les rappels se sont multipliés et des dizaines de millions de jouets plombés ont été mis à l’index au Canada comme aux États-Unis.

«Il existe des produits de remplacement. Alors pourquoi ne pas simplement interdire le plomb dans la composition des jouets au lieu de disserter sur les quantités maximales permises?» demande le Dr Chalut.

«C’est un peu comme la cigarette, illustre Pierre Rousseau, inspecteur à Santé Canada. Elle est toujours sur le marché malgré tout ce qu’on sait sur les dommages qu’elle cause.»

Les États-Unis prennent les devants

Justement, en août, après des années de discussions, le gouvernement américain est passé à l’action en modifiant sa loi sur la sécurité des produits. Sur la question du plomb, la loi fait passer le taux maximal permis de 600 à 100 ppm d’ici à trois ans. Mais, surtout, elle met un terme à la guerre de méthodologie en incluant tant le plomb présent dans la peinture que celui qui est intégré dans le plastique.

On le dit souvent: à quoi bon établir une limite de vitesse si aucun policier ne sillonne les routes? C’est pourquoi le gouvernement américain s’est assuré que la règle serait davantage suivie. Tout d’abord, le budget de la Consumer Product Safety Commission (CPSC), l’organisme américain chargé des rappels de produits, passera de 62 à 136 millions de dollars d’ici à 2014.

Ensuite, on obligera les fabricants et les importateurs à tester leurs jouets avant de les mettre sur le marché. «Ainsi, nous avons une bien plus grande assurance qu’ils ne seront pas testés par des enfants avant de l’être dans un laboratoire», dit le représentant républicain Joe Barton, l’un des promoteurs de cette loi. Finalement, les pénalités pour les infractions font un bond prodigieux: l’amende maximale, par exemple, passe de 1,25 à 15 millions de dollars.

Cette refonte arrive un an après la publication par le Chicago Tribune d’une série de reportages sur les jouets dangereux fabriqués en Chine qui a valu aux six journalistes le prix Pulitzer 2008, la plus prestigieuse récompense en journalisme. Le quotidien a, entre autres, testé 800 jouets et produits destinés aux enfants. Résultat: 1,5 % d’entre eux contenaient trop de plomb, dont une toupie qui en renfermait environ 24 000 ppm, soit 40 fois la limite permise.

La situation au Canada

Au pays, plusieurs se demandent si Santé Canada, le chien de garde de la santé publique au pays, n’est pas édenté. C’est que l’organisme fédéral se fie avant tout à la bonne foi des fabricants, qui, contrairement à ce qui se passe aux États-Unis, ne sont pas obligés de déclarer les produits non conformes. «Santé Canada recommande vivement d’analyser les jouets pour déterminer s’ils respectent toutes les exigences avant de les mettre en vente au Canada», écrit-il à l’intention des fabricants et des distributeurs sur son site Web. De toute évidence, le ministère semble souvent se fier à son voisin en matière de rappels.

En comparant les dates des derniers rappels de Santé Canada et de la CPSC américaine, on constate que, pour un jouet identique, la publication du rappel canadien arrive souvent quelques semaines plus tard. La Loi sur les produits dangereux prévoit une amende maximale de un million de dollars, mais l’inspecteur Pierre Rousseau, qui a plus de 30 ans d’expérience, ne se souvient pas de la dernière fois où le gouvernement a imposé une pénalité à une entreprise pour un jouet contenant trop de plomb. En attendant, la loi américaine pourrait être utile ici. «Les fabricants s’ajustent souvent aux normes les plus restrictives. On peut donc penser qu’un resserrement des règles aux États-Unis permettra d’obtenir des jouets de meilleure qualité au Canada», dit Pierre Rousseau.

Sur 100 jouets rappelés, seulement 10 sont réellement retournés au commerçant. C’est la moyenne établie par Mattel, cité sur le site Internet du magazine américain Consumer Reports. Et le géant du jouet sait de quoi il parle: juste en août 2007, il en rappelait 7,2 millions aux États-Unis.

Attention aux souvenirs de voyage!

Les cas les plus aigus d’intoxication au plomb recensés par le Dr Dominic Chalut, pédiatre et consultant en toxicologie à l’Hôpital de Montréal pour enfants, sont causés par des produits rapportés de pays où les normes sanitaires sont moins strictes. Un cas récent: le khôl, ce fard oriental utilisé pour noircir le pourtour des yeux. «J’ai trouvé un échantillon qui était composé à 50 % de plomb pur. C’est pourquoi il faut faire attention à ce qu’on rapporte de voyage», dit le Dr Chalut.

Photos de cet article: iStockphoto et CPSC

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