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Sociofinancement et jeux de société, un bon mariage?

Par Sylvain A. Trottier

De plus en plus de créateurs passent par les plateformes de financement participatif pour éditer leurs jeux. Comment ça marche ? Les joueurs y trouvent-ils leur compte ?

Le financement participatif (crowdfunding en anglais), souvent appelé aussi kickstarter comme la plateforme du même nom, est une méthode de financement de projets qui fait appel aux particuliers pour trouver des fonds. Cette façon de faire sous-entend généralement que les contributeurs recevront une compensation pour leur participation.

La formule a explosé il y a quelques années avec l’arrivée des sites Web Indiegogo et Kickstarter, en 2008 et 2009. Si ces deux plateformes sont les plus connues, il en existe plus d’une centaine en ligne, dont certaines québécoises comme La Ruche ou Haricot. Plusieurs se spécialisent dans un domaine d’activité précis (cinéma, musique, etc.), tandis que d’autres, plus généralistes, permettent à tous types de projets de cohabiter.

Les jeux de société, ça rapporte

Il n’existe pas de plateforme réservée aux jeux de société. Cependant, la majorité des projets de jeux de société lancés en Amérique du Nord l’ont été avec Kickstarter. La catégorie jeux (qui inclut jeux vidéo, jeux de société, jeux de rôles, casse-têtes et autres) est la plus financée, avec environ 20 % des contributions versées, tous projets confondus. Pour la première moitié de 2016, l’appui aux projets de jeux de société a largement dépassé celui de jeux vidéo. Selon des données puisées dans Kickstarter.com et Copartners.com, sur les quelque 60 millions de dollars américains engagés dans la catégorie jeux, plus de 50 millions étaient destinés aux jeux de société.

>> À lire aussi: Empruntez des nouveaux jeux à la joujouthèque!

Ainsi, parmi les 20 projets les plus financés se trouvent quatre jeux de société: Massive Darkness, en 20e position (3,56 millions $ pour 200 000 $ demandés), Zombicide: Black Plague, en 17e position (4 millions $ pour 125 000 $ visés), Dark SoulsTM – The Board Game, en 13e position (5 millions pour 65 000 $ souhaités). Mais le plus notable est sans contredit le projet en 6e position : Exploding Kittens, un petit jeu de 56 cartes dans lequel les participants cherchent à éviter que des chats explosent. Alors que l’objectif était de 10 000 $, ce jeu a recueilli 8,78 millions de dollars. Après seulement 20 minutes de mise en ligne, l’objectif était dépassé !

En Europe, la plateforme numéro 1 est Ulule, qui a depuis peu une division au Canada. On y trouve évidemment plusieurs jeux de société. Ici, les chiffres, bien que très élevés, sont toutefois moins vertigineux. Le deuxième projet le plus financé est l’ensemble pour le jeu de rôles L’Appel de Cthulhu, 7e édition française, avec près de 600 000 $ accumulés pour un objectif de 15 000 $.

Quoi savoir avant de financer un jeu ?

Si vous souhaitez franchir le pas, voici quelques conseils utiles que nous avons glanés auprès de contributeurs.

Avant tout, il est important de comprendre qu’une personne qui soutient un projet est d’abord un investisseur et non un consommateur. Un consommateur est une personne qui échange de l’argent contre un bien ou un service, tandis qu’un investisseur est quelqu’un qui croit au projet d’un autre et qui l’aide financièrement à se développer en échange d’une rétribution future. Même si la réussite n’est jamais garantie, il est tout de même possible de limiter les mauvaises surprises.

L’importance de s’informer

Avant d’investir dans un projet, 
renseignez-vous au sujet du jeu et de son créateur. Mooky Ma, qui a investi plus de 300 $, recommande de bien lire les informations publiées sur la page Web du projet : type de jeu, quantité de matériel, etc. Si vous pouvez avoir accès à la règle du jeu, c’est encore mieux. Certains « lanceurs » de projets envoient des prototypes à des testeurs qui en font la critique. Enfin, il est parfois possible de tester le jeu en présence de son créateur lors d’un salon, en boutique ou dans un café-jeu.

« Avant d’investir, renseignez-vous au sujet du jeu et de son créateur. Il faut bien lire les informations publiées sur la page Web du projet. »
Mooky Ma, contributrice

Pour s’informer sur un créateur, une bonne idée est de consulter ses projets précédents. Cela permet d’en vérifier le succès ou la façon dont ils ont été gérés, une fois la campagne terminée. Par exemple, souligne Jonathan Deschamps, si les contributeurs n’ont toujours pas reçu leur jeu alors que son porteur lance une nouvelle campagne, il y a anguille sous roche.

Taux de change 
et frais de livraison

Regardez bien chacune des options de soutien proposées. Certaines offrent plus ou moins de matériel selon les montants amassés. Les prix sont généralement affichés en dollars américains ; n’oubliez pas de tenir compte du taux de change. De plus, comme le recommande Daniel Shane, qui a investi plus de 30 000 $ dans des projets, pensez aux frais «cachés» comme ceux de la livraison et de la douane. Enfin, sachez que certaines plateformes remboursent les contributeurs si le seuil minimal n’est pas atteint, tandis que d’autres versent l’argent au créateur de projet, peu importe le montant accumulé.

Lorsque vous aurez fait votre paiement, gardez à l’esprit que les lanceurs de projets souhaitent que vous investissiez plus. C’est pourquoi ils vous proposeront des objectifs complémentaires et des achats optionnels. Certains espèrent même que vous vous transformiez en ambassadeur de leurs produits et que vous trouviez d’autres investisseurs. Un bon conseil de la part de Francis Guilbault, collectionneur et propriétaire d’une boutique de jeux en ligne: «Quand vous avez réalisé l’investissement souhaité, ne vous souciez plus de la campagne.» Ainsi, vous ne serez pas tenté d’investir plus. Si, une fois les renseignements pris, vous doutez, passez votre tour et attendez de voir si le jeu sort en boutique.

Et quelle est la différence avec les jeux en boutique? «Les jeux arrivent souvent avec du matériel de plus haute qualité, et aussi avec des extras qu’il est difficile de se procurer par la suite, explique Daniel Shane. Malgré les retards, et parfois les flops, le matériel ou les exclusifs valent souvent la peine.»

Ils ont fait appel à Kickstarter

Protégez-Vous a rencontré deux éditeurs de jeux de société québécois qui ont tenté l’aventure sur Kickstarter : François-Xavier Gras des Productions Katharsis et Simon Touzel de Sphere Games. Si le premier n’a pas réussi à atteindre le seuil minimal pour financer son jeu Dernier Épisode! (qui a tout de même été édité), le second a dû s’y prendre à deux reprises pour atteindre son seuil de financement pour Fourmidable, soit 60 000 $.

«Avant de lancer une campagne, il faut être prêt, très prêt.» 
François-Xavier Gras, Productions Katharsis

Les deux éditeurs ont d’emblée voulu prévenir les gens qui souhaitent mettre sur pied un tel projet : cela représente énormément de travail. Un projet peut être segmenté en trois portions: préparation, campagne et post-campagne, et toutes sont très exigeantes en temps et argent. «Avant de lancer une campagne, il faut être prêt, très prêt», recommande François-Xavier Gras : bien comprendre les enjeux, les conditions de la plateforme choisie, créer un engouement autour de son jeu, planifier ses dépenses pour l’ensemble du projet, proposer des contributions intéressantes, etc. Une bonne préparation est celle qui permettra au projet d’être financé dans les deux premiers jours de la campagne. Sans cela, les contributeurs seront plus hésitants à investir.

Pendant la campagne, il faut répondre aux questions, faire des annonces sur ses objectifs complémentaires et achats optionnels, etc. Et finalement, lorsque la campagne se termine, c’est là que le vrai travail commence. Il faut produire le jeu, tout en continuant à tenir au courant les contributeurs de l’avancement du projet. Comme le mentionne Simon Touzel: «Ceux-ci s’attendent à recevoir des nouvelles régulièrement et espèrent pouvoir ouvrir leur boîte de jeu rapidement.» Bref, c’est devoir rendre des comptes à des centaines, voire des milliers de gens !

Qu’en pensent les professionnels du jeu ?
 
Tous s’accordent sur le fait que l’idée initiale du financement participatif est très noble, car elle donne à des créateurs une chance de percer en dehors des canaux d’édition traditionnels. De plus, comme le mentionne Philippe Hamelin de Foxmind, ces projets attirent des gens qui ne sont pas forcément des passionnés de jeux de société. C’est une plateforme supplémentaire de promotion du jeu. Certains déplorent toutefois que des éditeurs, Cool Mini or Not ou Cryptozoïc par exemple, utilisent ces plateformes comme un outil marketing pour des jeux qu’ils pourraient publier sans financement participatif. Autre bémol soulevé par Martin Cassel de la boutique Le Valet d’Coeur : certains projets n’aboutissent pas par manque de compétences de leur porteur, ce qui peut donner «une image d’amateurisme de l’industrie». Du côté des boutiques, certaines voient peu d’intérêt à investir de grosses sommes dans un jeu qui a déjà atteint son public et dont la marge de profit sera réduite, comme le souligne Anthony Doyon de la boutique TPM. Il n’en reste pas moins que tous dans l’industrie doivent composer avec cette réalité et se tiennent informés des plus récents projets à succès.

Un peu de vocabulaire

L’anglais est omniprésent dans le domaine du financement participatif. Voici un petit lexique pour vous y retrouver.

  • Campaign : campagne. Limitée dans le temps, généralement 30 jours, période pendant laquelle le lanceur de projet peut recevoir du financement.
  • Backer/donator : contributeur/appuyeur/donneur. Nom donné aux personnes qui participent à une campagne.
  • Pledge/perks : contributions/contreparties. Ce que le créateur du projet promet en échange de l’argent donné (copie du jeu, copie signée, nom dans les remerciements, copie originale d’une illustration, etc.). Généralement classées par montant.
  • Stretch goals : objectifs complémentaires. L’objectif principal d’une campagne est d’atteindre un seuil minimal pour la réalisation du projet. Un créateur de projet peut ajouter des objectifs complémentaires qui donneront des bonus à tous les appuyeurs. Par exemple, remplacer des pions génériques par des figurines plus jolies.
  • Optional buys : achats optionnels. Matériel de jeu supplémentaire, mais pas essentiel, comme des scénarios, des pièces de jeu, etc., qui peut être ajouté aux contreparties en échange d’un peu plus d’argent. Souvent proposés une fois la campagne réussie.
  • Exclusive : exclusivité. Éléments de jeux qui ne peuvent être obtenus qu’en contribuant à un projet. Si la mention « exclusive » n’est pas présente, ces éléments seront disponibles une fois le jeu en boutique.

>> Consultez le guide Jeux et jouets de Protégez-Vous, qui contient des centaines de jeux de société et de jouets.

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  • Par sylvain blanchette
    09 Octobre 2016

    le socio-financement peux s'appliquer dans des projets en sécurité alimentaire à Montréal ?