Votre navigateur n'est plus à jour et il se peut que notre site ne s'affiche pas correctement sur celui-ci.

Pour une meilleure expérience web, nous vous invitons à mettre à jour votre navigateur.

Déjà inscrit ou abonné ? Connectez-vous ici

Accédez à cet article gratuitement

Il suffit de vous inscrire à nos infolettres

Vous recevrez maintenant nos infolettres par courriel. Sachez que vous pouvez vous désabonner en tout temps en suivant le lien "Me désabonner" dans le bas d'une infolettre.

Finances: l'équilibre fragile des familles recomposées

Par Rémi Leroux Mise à jour : 01 Juillet 2016 Shutterstock

Shutterstock

Dépenses courantes, fiscalité, prestations familiales… La gestion financière d’un ménage recomposé peut vite donner le tournis. Comment vivre tous ensemble pour le meilleur et non pour le pire ?

Aussi belles et fécondes soient-elles, bien des histoires d’amour se terminent malheureusement par une rupture. De nombreux parents doivent dès lors élever leurs enfants en partie avec leur « ex », et peut-être, tôt ou tard, avec un nouveau conjoint.

Au Québec, de nos jours, une famille sur six (16 %) est recomposée, comparativement à une sur 10 il y a 20 ans. Au Canada, la moyenne s’établit aujourd’hui à 12 %. Or, « les familles recomposées doivent relever les mêmes défis financiers que les familles traditionnelles, mais les difficultés sont plus nombreuses », affirme Sylvie Lévesque, directrice générale de la Fédération des associations de familles monoparentales et recomposées du Québec, un organisme qui lutte pour l’amélioration des conditions de vie de ces ménages.

Partage de la garde, gestion des pensions alimentaires et répartition des dépenses liées aux enfants ne forment que le contour du casse-tête. Ajoutez à cela un système fiscal souvent mal adapté aux récents modèles familiaux et des nouveaux conjoints qui n’ont pas toujours le même salaire ni les mêmes valeurs face à l’argent... Le risque de complexité monte vite à la puissance dix ! Alors, comment s'y prendre pour y arriver?

Aspects financiers à encadrer

Pour solidifier les bases d’une nouvelle famille, il est crucial, dès le départ, de discuter des aspects financiers et de les encadrer. Par quoi commencer?

Selon Guylaine Fauteux, conseillère budgétaire à l'ACEF de Lanaudière, vous devez discuter des aspects financiers, quel que soit le type de famille recomposée que vous formez : du type simple (un seul conjoint a un ou des enfants), complexe (les conjoints ont chacun un ou des enfants issus d’une union précédente) ou fécond (les conjoints ont chacun un ou des enfants d’une union précédente et en ont un ou plusieurs ensemble).

D'abord, régler son passé

Marie-Claude Dumas* et Erwan Blouin* vivent en couple depuis six ans. Résidents de Québec, ils sont mariés et parents de deux jeunes enfants. Erwan est aussi le père d’Hugo, 15 ans, né d’une autre union. Après plusieurs années de garde partagée, ce dernier vit depuis peu chez sa mère la majorité du temps.

Chez les Dumas-Blouin, les débuts ont été marqués par une relation tendue avec l’ex-conjointe d’Erwan. Ce dernier a dû aller en médiation pour déterminer le partage de la garde de son fils, de même que la répartition des coûts le concernant. Ces tensions sont courantes, témoigne Sylvie Lévesque, directrice générale de la Fédération des associations de familles monoparentales et recomposées du Québec. Pour bâtir une nouvelle famille, « il est donc essentiel d’avoir fait le deuil de la précédente », conseille-t-elle, et ce, sur tous les plans : affectif, légal et financier.

Il est important de régler tout ce qui concerne la précédente union, y compris ce qui a trait aux enfants, approuve Me Antoine Fafard, notaire et spécialiste en vulgarisation juridique chez Éducaloi. Il conseille aux anciens époux d’obtenir un jugement de divorce et aux ex-conjoints unis civilement de faire valider leur séparation par un tribunal. Enfin, dans le cadre d’une union de fait, les parents séparés doivent trouver un terrain d’entente pour la garde des enfants et pour le tri des biens et des dettes.

Une fois réglée la situation personnelle de chacun, un nouveau couple doit aussi déterminer la nature de sa relation, précise le notaire. Selon les données du Comité consultatif sur le droit de la famille publiées en 2015, 70 % des ménages recomposés choisissent l’union de fait plutôt qu’un remariage ou une union civile.

Tes biens, mes biens, les nôtres

Conjoints de fait depuis quatre ans, Sophie Pilon et Jean-Pierre Lemieux habitent à Boisbriand. Il y a environ un an, ils ont donné naissance à une petite fille, Léanne. Sophie est aussi la mère de Michaël, neuf ans, non reconnu par son père biologique. De son côté, Jean-Pierre est le tuteur légal de sa nièce Jasmine, âgée de sept ans.

Chez les Pilon-Lemieux, bâtir une nouvelle famille a été enrichissant sur plusieurs plans. Étant maintenant propriétaire d’une maison commune, le couple épargne beaucoup d’argent. « Notre hypothèque est deux fois moins élevée que les loyers que nous payions lorsque nous étions des parents seuls », explique Sophie.

Mais cet exemple ne correspond malheureusement pas à la réalité de tous, précise Hélène Belleau, spécialiste de la famille, du couple et de l’usage social de l’argent à l'Institut national de la recherche scientifique. « Le discours voulant que, en se recomposant, les familles fassent des économies est très répandu. Mais dans la réalité, c’est plus complexe... Par exemple, généralement, une famille recomposée touche moins de prestations familiales qu’une famille monoparentale », illustre-t-elle.

Par ailleurs, se remettre en couple exige souvent que l’un ou l’autre des conjoints se défasse d’une partie de ses meubles. « Mais en cas de nouvelle séparation, où est l’économie pour la personne qui n’a plus ses biens ? » questionne Sylvie Lévesque. Dans un article paru en 2013 dans les Cahiers québécois de démographie portant sur les risques d’éclatement des familles recomposées, les auteures affirment que plusieurs études ont montré qu’elles « sont plus instables que les familles formées en première union ».

C’est pourquoi Me Antoine Fafard recommande aux clans recomposés d’établir un contrat de vie commune auprès d’un notaire. Ce document légal décrit, par exemple, si les revenus des conjoints sont mis en commun ou non, et comment les dépenses, les dettes et les biens seront répartis au sein du couple en cas de séparation. « Ce document permet de protéger les conjoints de fait et peut être modifié en tout temps selon l’évolution de la relation et de la situation financière des deux parties. »

Prévoir l’imprévisible

Après une séparation ou lors d’une recomposition familiale, il est important de mettre à jour la désignation de bénéficiaire de votre assurance vie, de même que les volontés inscrites dans votre testament et votre mandat de protection en cas d’inaptitude.

« Advenant un décès, souhaitez-vous, par exemple, que votre belle-fille ou votre beau-fils hérite d’une partie de vos biens ? illustre Me Fafard, notaire et spécialiste en vulgarisation juridique chez Éducaloi. Si c’est votre volonté, nommez l’enfant de votre conjoint dans votre testament. Il sera ainsi traité au même titre que vos propres enfants. » Même chose pour votre conjoint de fait qui, sur le plan légal, n’est pas considéré comme votre héritier. S’il n’a pas été spécifiquement nommé dans le testament, il n’aura aucun droit à la succession.

Qui paie quoi et pour qui?

Réjean Poudrette

« Les familles recom­posées doivent relever les mêmes défis que les familles traditionnelles, mais les difficultés sont plus nombreuses. »
- Sylvie Lévesque, directrice générale de la Fédération des associations de familles monoparentales et recomposées du Québec (FAFMRQ)

Dans la famille Pilon-Lemieux, les dépenses quotidiennes sont assumées moitié-moitié. « Nous avons une carte de crédit commune pour toutes les dépenses familiales : épicerie, hypothèque, sorties, etc. À la fin du mois, chacun paie sa part pour mettre la carte de crédit à zéro », détaille Sophie.

Idem chez les Dumas-Blouin. Lorsque Hugo, le fils de son conjoint, vit au sein de sa famille recomposée, « nous partageons toutes les dépenses à parts égales », raconte Marie-Claude. Par contre, elle ne paye pas certaines dépenses sur lesquelles elle n’a « aucun pouvoir », comme l’inscription de l’adolescent dans une école privée. « Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise façon de faire, dit Marie-Claude, mais c’est le mode de fonctionnement que nous avons choisi. »

Les ménages recomposés avec des enfants issus d’unions antérieures organisent leurs finances de façon comparable à ce que font les familles traditionnelles, c’est-à-dire que la moitié d’entre elles met ses revenus en commun et l’autre gère tout séparément, explique Hélène Belleau. Alors, qu’est-ce qui distingue les familles recomposées ? Les frais de garde, les vêtements et les soins de santé des enfants issus d’une union précédente, précise la chercheuse. « Même si les nouveaux conjoints partagent les dépenses courantes, ces frais sont souvent assumés séparément par les parents de chacun des enfants. »

Qu’un clan recomposé partage tout ou établisse un budget conjoint selon lequel les dépenses sont réparties en proportion des revenus de chacun, plusieurs scénarios peuvent s’appliquer et être modelés en fonction des besoins des familles, indique l’ACEF Lanaudière. Par exemple, dans le cas du budget conjoint, plus complexe à ajuster, le défi consiste à bien déterminer quelles sont les dépenses communes, ce qui exige une bonne discussion de couple, précise Guylaine Fauteux.

Casse-tête administratif et fiscal

Réjean Poudrette

«  Le discours voulant que, en se recomposant, les familles fassent des économies est très répandu. Mais dans la réalité, c’est plus complexe. »
- Hélène Belleau, spécialiste de la famille, du couple et de l’usage social de l’argent à l'Institut national de la recherche scientifique (INRS).

Dans la famille Dumas-Blouin, c’est Marie-Claude qui empoche les prestations familiales, c’est-à-dire le Soutien aux enfants versé par le gouvernement provincial, ainsi que la Prestation fiscale canadienne pour enfants et la Prestation universelle pour la garde d’enfants (PUGE) offertes par le fédéral – ces dernières seront remplacées par la nouvelle Allocation canadienne pour enfants à partir de juillet 2016.

En 2015, puisqu’elle était identifiée comme la personne responsable de la famille, Marie-Claude recevait ces prestations pour ses deux enfants, mais aussi pour Hugo, le fils de son conjoint, dont 60 $ par mois dans le cadre de la PUGE. Étant donné que ce montant était imposable, elle prélevait une somme en prévision du paiement d’impôt, puis donnait le reste de la PUGE à son mari, qui assume seul certaines dépenses pour son fils. Mais parce qu’Hugo était en garde partagée, Erwan reversait ensuite à son ex-conjointe la part de prestation qui lui revenait… « C’est beaucoup de trouble pour 60 $ par mois ! » reconnaît Marie-Claude.

La gestion de mélis-mélos de ce type est courante au sein des familles recomposées, affirme Sylvie Lévesque. Et les impacts financiers qui en découlent sont notables. Elle prend l’exemple d’une mère seule qui touche des prestations pour ses enfants et qui, en se mettant en couple avec un homme gagnant de bons revenus, n’y aurait plus droit. Est-ce que son nouveau conjoint sera prêt à compenser cette perte financière ? demande la conseillère budgétaire. Rien n’est sûr, dit-elle. Tout compte fait, cette femme pourrait donc être appauvrie, ce qui risque d’accentuer sa dépendance financière envers son partenaire.

De plus, dans un couple, c’est la personne qui a le revenu le moins élevé qui doit déduire les frais de garde des enfants dans sa déclaration de revenus fédérale, rappelle Sylvain Moreau, fiscaliste associé au cabinet Raymond Chabot Grant Thornton, à Saint-Jérôme. « Mais dans un couple recomposé, si l’un des conjoints a des enfants et un meilleur salaire, c’est son nouveau partenaire qui devra déduire les frais de garde pour des enfants qui ne sont pas les siens. Comment prendre en compte ce crédit dans la réalité financière du nouveau couple ? »

En effet, les mesures d’aide à la famille sont toujours fondées sur le revenu familial basé sur le lien conjugal, rappelle le Comité consultatif sur le droit de la famille dans son rapport intitulé Pour un droit de la famille adapté aux nouvelles réalités conjugales et familiales publié en 2015. En cas de recomposition familiale, les mesures fiscales et les prestations familiales sont réévaluées à la baisse pour tenir compte des revenus du nouveau conjoint parce que l’État présume d’une mise en commun des ressources financières du nouveau couple, notamment pour contribuer aux dépenses liées à l’enfant. « Ces impacts sont plus importants aujourd’hui en raison de la forte progression des mesures de soutien financier destinées aux enfants au cours des dernières années », souligne le rapport.

« Peu importe comment les couples gèrent leur argent au quotidien, le système fiscal ne fait pas de distinction », commente Sylvie Lévesque. De leur expérience de partage des dépenses, Marie-Claude et Erwan ont retenu une chose : ne pas chercher à tout chiffrer tout le temps. « Il y a suffisamment de situations complexes à gérer ! En réglant les questions d’argent, tu donnes une chance à ton couple et à ta famille », conclut Marie-Claude.

* Les prénoms et noms ont été modifiés à la demande des personnes concernées.

À vos amours, à vos affaires

Les associations coopératives d’économie familiale (ACEF) Lanaudière et Rive-Sud de Québec ont publié en 2012 le guide À vos amours, à vos affaires – Familles recomposées. Vous pouvez commander cet outil sur le site consommateur.qc.ca, en cliquant sur Outils & Publications.

Ajouter aux favoris
Ajouter aux favoris

Pour suivre toutes les mises à jour et nouveautés sur cet article, vous devez être connecté.

Argent

Commentaires 0 Masquer

L'envoi de commentaires est un privilège réservé à nos abonnés.

Il n'y a pas de commentaires, soyez le premier à commenter.