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Boîtes de dons de vêtements: vraie ou fausse charité?

Par Benoîte Labrosse Mise en ligne : 26 Mars 2015

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Vous voulez que les vêtements que vous ne portez plus servent une bonne cause, mais vous hésitez entre Renaissance, Village des Valeurs, Armée du Salut ou un petit organisme local? Nos conseils pour y voir plus clair.

Dans les années 1960, la plupart des églises avaient un bazar dont elles redistribuaient les profits aux bonnes œuvres. Depuis, des organismes ont pris la relève avec leurs boîtes de dons. Ils récupèrent vêtements et objets du quotidien pour les revendre à bas prix et appuyer diverses causes sociales avec les sommes récoltées.

Toutefois, depuis environ trois ans, les cloches métalliques colorées poussent comme des champignons près des commerces et aux abords des rues et les donateurs ont désormais le choix entre de nombreux organismes.

Plusieurs sont bien intentionnés, mais sous des airs de philanthropes se cachent parfois des entreprises privées qui revendent les vêtements amassés pour réaliser des profits. Vous prévoyez faire le tri de votre garde-robe prochainement? Avant de déposer vos vêtements dans une boîte de dons, informez-vous sur l’organisation qui la gère et sachez repérer les «imposteurs».

Reconnaître les véritables organismes de bienfaisance

Vous avez un doute? Mieux vaut consulter la liste des organismes de bienfaisance de l’Agence du revenu du Canada, disponible en ligne et par téléphone. Cette liste vous permet de vérifier si le propriétaire d’une boîte de dons est un organisme de charité reconnu. Une recherche sur le Portail DonAction peut aussi le confirmer, grâce aux rapports financiers déposés par les organisations sur ce site tenu par l’organisme de bienfaisance Imagine Canada.

- Liste des organismes de bienfaisance – Agence du revenu du Canada

- Portail DonAction

Boîtes de dons: les revendeurs directs

L’Armée du Salut, Renaissance, Société de Saint-Vincent de Paul ou de petits organismes locaux tels le Grenier populaire de Saint-Eustache et la Friperie Coderr d’Alma sont des revendeurs qui ont pignon sur rue.

Ces organismes garnissent les rayons de leur propre commerce d’occasion avec les articles donnés. C’est, par exemple, le cas de la Société de Saint-Vincent de Paul de Québec (SSVPQ), qui possède 75 points de service. De Charlevoix à la Beauce, certains d’entre eux gèrent des boîtes de dons. Des bénévoles trient les articles reçus, que la SSVPQ remet ensuite gratuitement à ceux qui en ont besoin ou les vend à prix modique afin de financer ses activités.

Le pendant montréalais de l’organisme procède de la même façon avec ses 36 boîtes. «La vente des vêtements donnés est notre principale source de revenus», affirme Olivier Lalonde. Il souligne qu’elle représente 69 % des fonds disponibles, autant pour gérer l’organisme que pour remplir sa mission d’aide.

Cette part atteint 82 % chez Renaissance, qui dispose d’environ 80 boîtes dans la région métropolitaine. Les articles déposés sont majoritairement amassés, triés et vendus dans une quinzaine de magasins par des gens en processus de réinsertion socioprofessionnelle. Renaissance a d’ailleurs un contrat avec Emploi-Québec, qui le paie pour réintégrer chaque année un certain nombre de personnes sur le marché du travail.

Dans sa douzaine de boîtes à Montréal, l’Armée du Salut récolte quant à elle des vêtements pour ses sept magasins d’économie. «En général, les dons vont au magasin situé le plus près de la boîte, mais une partie vient à l’entrepôt central, pour les succursales qui en ont besoin», précise Harry Rozite, gérant d’entrepôt de distribution pour le Québec. Tous les profits retournent au quartier général provincial, qui les redistribue aux camps de jour, centres pour sans-abri, banques alimentaires et autres structures affiliées.

Bon à savoir: près de 50 % des dons ne se rendent pas sur les tablettes des magasins d’occasion. Les vêtements trop abîmés sont exportés vers les pays du Sud, revendus pour leurs fibres ou simplement jetés aux ordures. (Source : Armée du Salut, Renaissance, Société de Saint-Vincent de Paul, Le Support, Village des Valeurs.)

Boîtes de dons: les fournisseurs des friperies

Entraide diabétique du Québec, Fondation des Grands Frères et Grandes Sœurs de Montréal ou de l’Outaouais, Le Support – Fondation de la déficience intellectuelle récoltent des vêtements pour les revendre en gros à des friperies.

Ces organismes de bienfaisance utilisent l’argent récolté pour financer des activités liées à leur cause. Leur acheteur principal est le Village des Valeurs (VV), une entreprise privée internationale qui exploite 15 magasins au Québec. «Nous nous associons seulement avec des organismes de bienfaisance enregistrés qui offrent beaucoup de services dans leur communauté et qui ne veulent pas prendre le risque de gérer des magasins», explique Anny Leclerc, directrice de la chaîne d’approvisionnement pour l’Amérique du Nord. Car posséder son propre magasin d’occasion engendre des coûts supplémentaires, liés entre autres aux locaux et aux employés.

«Nos partenaires sont payés pour la totalité des dons apportés, poursuit Mme Leclerc. Le prix par livre est confidentiel, mais je peux dire que VV fait un profit très modeste par rapport à d’autres commerces.» Même si le siège social de l’entreprise se trouve dans la région de Seattle, aux États-Unis, la directrice assure que «l’argent gagné dans les magasins québécois reste au Québec».

«Cette relation me sert bien, souligne le directeur général du Support – Fondation de la déficience intellectuelle, Philippe Siebes. C’est à peu près la seule entreprise capable d’acheter les volumes que nous avons à vendre – entre 8 et 12 millions de livres par année – à des prix aussi intéressants.» Le contenu des 500 boîtes du Support dispersées dans l’agglomération de Montréal, en Estrie, en Mauricie et au Saguenay finance 99 % de ses activités. Et lui permet habituellement de remplir sa mission, soit de distribuer de l’aide financière aux organismes qui œuvrent auprès de personnes vivant avec une déficience intellectuelle.

Toutefois, le Support «souffre beaucoup» de la multiplication des boîtes. «Notre volume de dons a chuté de 35 % entre 2012 et 2014, déclare M. Siebes. Les sommes remises aux organismes ont donc beaucoup diminué, car nous ne pouvons pas couper nos frais de ramassage et d’entreposage.» La distribution d’aide financière a même dû être totalement suspendue en 2014, parce que les dons reçus couvraient à peine les frais fixes de l’organisme.

Bon à savoir: plus de 32 kg de vêtements et de textile, c’est ce que jette aux ordures chaque nord-américain tous les ans. (Source : Village des Valeurs.)

Boîtes de dons: les imposteurs

Ces organisations aux allures philanthropiques sont dans les faits liées à des entrepreneurs privés qui essaient de récupérer gratuitement des vêtements usagés pour les revendre, avant tout à leur profit.

Ces organisations sont nombreuses et varient d’une région à l’autre. Elles sont donc difficiles à répertorier. Cependant, l’émission La facture de Radio-Canada a enquêté sur trois d’entre elles à l’automne 2013: la Fondation québécoise de la famille monoparentale, le Fonds québécois dédié aux sports et la Fondation BINefit.

Les techniques utilisées sont multiples. Certaines entreprises tentent de confondre les donateurs en copiant la couleur, la typographie et le logo d’organismes reconnus. D’autres demandent à des organismes respectés de les laisser mentionner leur nom sur leurs boîtes en échange d’une certaine somme d’argent. Les organismes qui bénéficient de cette aide n’ont toutefois pas toujours accès à tous les détails de l’opération. «J’ai été sollicitée par une personne qui offrait d’installer et de gérer gratuitement des boîtes de dons pour nous, raconte Chantal Godin, de la Société de Saint-Vincent de Paul de Québec (SSVPQ). Par contre, lorsque j’ai demandé un plan d’affaires détaillé pour le présenter à mon conseil d’administration, la personne n’est jamais revenue.»

Parfois, il s’agit effectivement d’un organisme de bienfaisance enregistré, sauf que l’un de ses administrateurs est aussi l’entrepreneur responsable de la gestion des boîtes de dons, de la revente ou de l’exportation des vêtements. Il récupère ainsi la majorité des profits de l’exercice d’une façon tenue la plus discrète possible.

Certains signes permettent de douter de la légitimité d’une boîte de dons:
• L’installation sur un terrain laissé à l’abandon;
• La présence de déchets et de graffitis aux alentours ou à l’intérieur de la boîte;
• L’absence d’informations sur la boîte, telles les coordonnées de l’organisme, son site Internet et la cause appuyée.

Solutions pour contrer la supercherie

Par Rémi Leroux

En mai 2014, les organismes de bienfaisance réclamaient une plus grande implication des municipalités pour les aider à stopper l’hémorragie et limiter la multiplication des boîtes de dons. Avec d’autres associations caritatives, Le Support – Fondation de la déficience intellectuelle demandait la mise en place d’une règlementation municipale qui permettrait de distinguer les organismes de charité des entreprises privées. Pour y parvenir, Le Support propose de:

• limiter l’installation de boîtes de dons aux organismes de bienfaisance enregistrés auprès de l’Agence du revenu du Canada et bien identifier les boîtes à l’aide du numéro d’enregistrement de l’organisme.

• exiger que l’organisme qui installe une boîte de dons ait une entente signée avec le partenaire commercial ou institutionnel qui l’accueille, ce que ne font pas les entreprises privées;

• demander un permis de la part de chaque organisme qui installe et exploite des boîtes de dons. Ce permis ne serait délivré par une municipalité que si l’organisme prouve qu’il a un numéro de charité accordé par l’Agence du revenu du Canada.

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Commentaires 9 Masquer

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  • Par jean goddin | 06 Mai 2015

    Justement j'ai fait le tri de mes vêtements en fin de semaine et moi je vais toujours les porter à la Maison du Père à Mtl, je suis certain qu'il vont servir à des personnes (itinérants entre autres) vraiment dans le besoin. De beau vêtements à ces personnes ça ne fait pas de tort pour remonter l'estime et l'égo de quelqu'un !

    Par Denis Morin | 06 Mai 2015

    Moi aussi, je préfère à la Maison du Père

  • Par sylvie pelletier | 12 Mai 2015

    J'aimerais avoir plus de détails sur le Village des Valeurs, on m'a dit que c'était une multinationale qui était derrière...???? Donc, les dons servent à enrichir des riches????

  • Par François Boulay | 10 Mai 2015

    Je donne toujours à Renaissance

  • Par Monique Chartier | 05 Mai 2015

    Nous avons réglé le problème des boîtes de dons car nous allons porter les vêtements directement à l'organisme de charité.

  • Par LISE GAGNÉ | 05 Mars 2017

    Si vous payez des taxes quand vous achetez de l'usager, (exemple au V. V.) c'est que l'entreprise a un chiffre d'affaires de plus de 35 000.00$ par an - vérification faite à Revenu Québec - je me posais la question à savoir pourquoi la St-Vincent Paul et autres petits organismes ne nous chargeaient pas les taxes - Quand on achète au V.V. nous payons l5% de plus sur notre achat à cause des taxes. l'économie est donc diminuée de 15%
    Lise Gagné