Par Nathalie Côté Mise en ligne : 15 août 2013  |  Magazine : septembre 2013

Ronflement causes et solutions Illustration: Natacha Vincent

Doux ronronnement ou boucan insupportable, le ronflement peut nuire à votre couple, mais aussi à votre santé! Vigilance requise.

Les ronflements de Robert et Carole sont une source inépuisable de taquineries dans la famille. Les deux sexagénaires s’accusent mutuellement de s’empêcher de dormir depuis des années. Comme ces deux ronfleurs chroniques, environ 25 % de la population vrombit à la nuit tombée, selon le Dr Yanick Larivée, otorhinolaryngologiste (ORL) et président de l’Association d’oto-rhino-laryngologie et de chirurgie cervico-faciale du Québec. Et 45 % des gens ronflent occasionnellement.

Une bonne dose d’humour et des chambres séparées ont permis à Robert et Carole de préserver leur sommeil et leur couple. Mais qu’en est-il de leur santé? Ils ne s’en inquiètent pas vraiment… peut-être à tort. Des chercheurs de l’Hôpital Henry Ford, à Détroit, ont découvert que les ronfleurs risquaient davantage que les autres de développer de l’artériosclérose, un durcissement des artères responsable de plusieurs maladies.

L’étude, rendue publique en janvier 2013, révèle que le traumatisme et l’inflammation causés par les vibrations du ronflement entraînent des changements dans l’artère carotide. Ces changements, tout comme la fragmentation du sommeil provoquée par les ronflements, pourraient aussi être à l’origine du développement du syndrome métabolique, soit une accumulation de facteurs qui accroissent le risque de maladies cardiovasculaires et de diabète de type 2. En effet, une autre étude parue en 2010 et réalisée par des chercheurs de l’Université de Pittsburgh concluait que les ronfleurs y étaient deux fois plus sujets.

C’est sans compter les risques liés à l’apnée du sommeil. Ce problème, souvent associé au ronflement, se manifeste par des pauses respiratoires de 10 à 30 secondes qui surviennent lorsque la personne dort. Non traitée, l’apnée du sommeil peut notamment entraîner de l’hypertension artérielle, un accident vasculaire cérébral, une crise cardiaque et la dépression. «Son incidence est en général de 3 à 7 % chez les hommes et de 2 à 4 % chez les femmes, indique la Dre Véronique-Isabelle Forest, ORL à l’Hôpital du Sacré-Cœur. Mais certaines études constatent plutôt que jusqu’à 24 % des hommes et 9 % des femmes souffrent d’apnée du sommeil. La majorité des personnes atteintes ignorent leur condition.»

Établir la cause du ronflement

Pour faire taire vos ronflements, plusieurs solutions s’offrent à vous selon la nature du problème. Il faut d’abord établir la cause du ronflement, qui n’est pas une maladie, mais un symptôme. Le ronflement survient lorsque l’espace pour le passage de l’air est restreint, explique le Dr Yanick Larivée, otorhinolaryngologiste (ORL) et président de l'Association d'oto-rhino-laryngologie et de chirurgie cervico-faciale du Québec. La résistance fait vibrer les tissus mous du nez, du pharynx et de la gorge, entraînant un bruit plus ou moins prononcé. Un nez étroit, une mâchoire située vers l’arrière, un palais long et de grosses amygdales peuvent notamment engendrer le ronflement. Tout comme un nez bouché par un rhume ou une rhinite. Souvent aussi, il y a plus d’une cause.

Si vous ronflez presque toutes les nuits, une visite chez un omnipraticien s’impose. Il pourra vous diriger vers une clinique du sommeil (spécialisée dans différents troubles comme l’insomnie, le ronflement et l’apnée du sommeil) ou vers un ORL pour déterminer la cause de votre ronflement et le traitement approprié à votre situation. Pour enrayer le ronflement, et même l’apnée du sommeil, il vous faut modifier vos habitudes. Au sommet de la liste: la perte de poids. Le gras s’accumule autour de la taille, mais aussi dans le palais et la langue. L’espace où circule l’air, réduit, augmente la vibration. Vous devriez également:

  • Éviter la consommation d’alcool en soirée, les médicaments pour dormir et les relaxants musculaires. En ramollissant les muscles, ces produits amplifient le ronflement.
  • Arrêter de fumer. Le tabagisme entraîne souvent une rhinite (inflammation de la muqueuse des fosses nasales),  responsable des vrombissements nocturnes.
  • Vous coucher et vous lever à des heures régulières.

Vos ronflements persistent malgré un mode de vie plus sain? Vous ressentez de la fatigue? Mieux vaut consulter un médecin pour vérifier si vous faites de l’apnée du sommeil.

Solutions pour les cas légers

Certains produits vendus en pharmacie offrent des solutions aux ronflements qui ont des causes simples, comme un rhume ou une allergie saisonnière. Toutefois, ils ne régleront pas ceux qui sont dus à des problématiques plus complexes, liées à la longueur du palais par exemple ou à la position de la mâchoire.

Les décongestionnants en vente libre (oraux ou en vaporisateur) peuvent limiter le ronflement causé par le rhume. «N’utilisez pas les vaporisateurs plus que de trois à cinq jours d’affilée, prévient toutefois Judith Lemire, pharmacienne. Car à la longue, le corps s’habitue et ne peut plus s’en passer. Quant aux décongestionnants oraux, ils ont un effet stimulant et peuvent provoquer des palpitations cardiaques et des tremblements.» Les solutions salines, cependant, sont sans danger et peuvent aider. Si vous souffrez de rhinite, le médecin pourrait vous prescrire un vaporisateur conçu pour réduire l’inflammation nasale, ce qui pourrait diminuer le ronflement.

Enfin, les bandelettes à coller sur le nez contribuent à élargir les voies nasales. «Elles augmentent le flot d’air, donc elles peuvent aider les personnes qui ronflent légèrement, indique le  Dr Yanick Larivée. Par contre, elles causent souvent une irritation de la peau du nez et les patients les abandonnent.»

Et les remèdes de grand-mère?

• Coudre une balle de tennis dans le dos d’un pyjama semble farfelu. Pourtant­, les médecins le recommandent bel et bien! Cela incite le dormeur à se coucher sur le côté et diminue le ronflement.

• Surélever la tête du lit d’environ 10 cm avec des planches de bois aide aussi. Évitez toutefois de superposer deux oreillers. Cette position contribuera à coincer la gorge et amplifiera le problème.

• Par ailleurs, l’humidificateur est inutile si le taux d’humidité de la chambre est normal. Pire: trop d’humidité entraîne le développement de moisissures qui aggraveraient la situation.

• Et qu’en est-il de se gargariser avec du rince-bouche pour enlever le mucus qui pourrait tomber dans la gorge? Cela n’est d’aucun secours contre le ronflement!  

Shutterstock

 
Solutions pour les cas chroniques

Certains appareils buccaux faits sur mesure permettent de traiter le ronflement et l’apnée du sommeil. «Ils avancent la mâchoire du bas, explique Dr Luc Gauthier, dentiste et président de l’Académie canadienne médico-dentaire du sommeil. Ils augmentent ainsi le tonus musculaire au niveau du pharynx et laissent passer davantage d’air.» Mais vous devez d’abord subir des examens dans une clinique du sommeil afin de vérifier si ce traitement est indiqué pour vous. Le médecin doit notamment évaluer votre degré d’apnée du sommeil. S’il est sévère, l’appareil buccal n’est pas le meilleur choix. Il faudra alors envisager une chirurgie.

Ces appareils sur mesure coûtent entre 2 000 et 2 700 $, prix qui inclut les 8 à 10 visites de suivi nécessaires durant la première année pour ajuster l’appareil. La Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) ne les rembourse pas, mais certaines assurances privées les paient en partie.

Pour les personnes souffrant d’apnée du sommeil modérée ou sévère, l’appareil de ventilation à pression positive continue est souvent recommandé. Mieux connue sous le nom de CPAP (continuous positive airway pressure), la machine envoie de l’air au patient par le biais d’un tube et d’un masque.

Si vous l’adoptez, ce sera probablement à vie puisqu’elle traite l’apnée du sommeil, mais ne la guérit pas. «C’est efficace à 100 %, mais certains patients ne la tolèrent pas», indique Luc Gauthier­. Le coût de l’appareil varie à entre 1 600 et 2 000 $. Par la suite, il faut en faire l’entretien et remplacer des pièces chaque année. Au total, la facture s’élève entre 4 300 et 4 800 $ pour cinq ans. La RAMQ ne rembourse pas ce traitement, mais certaines assurances privées le paient en partie.

Passer sous le bistouri

Un ORL peut également proposer une chirurgie. Déviation de la cloison nasale, retrait de polypes ou des amygdales, réduction du palais mou ou implant pour le rendre plus rigide, diverses interventions sont possibles. «On envisagera la chirurgie seulement après avoir tenté des approches et des techniques moins invasives, explique le Dr Yanick Larivée, ORl et président de l'Association d'oto-rhino-laryngologie et de chirurgie cervico-faciale du Québec. Souvent, le patient vient nous voir car il ne tolère pas le CPAP et cherche une solution définitive.» Parfois, on suggérera la chirurgie avant le CPAP pour éviter ou faciliter l’utilisation de celui-ci.

Des opérations plus importantes, par exemple une chirurgie pour avancer la mâchoire, peuvent aussi être réalisées dans les cas d’apnée plus sévères. Le taux de succès des chirurgies? Environ 85 %, toutes techniques confondues, précise Dr Larivée. «Il y a différentes méthodes, note la Dre Véronique-Isabelle Forest, ORL à l'Hôpital du Sacré-Coeur. Ce peut être fait en salle d’opération avec un bistouri, avec un laser ou par radiofréquence, selon le cas.» Plusieurs opérations destinées à traiter l’apnée du sommeil sont payées par la RAMQ, mais celles pour contrer le ronflement seul ne le sont généralement pas.

Ressources utiles

L'apnée du sommeil - Agence de santé publique du Canada

Pour trouver un ORL - Association d’oto-rhino-laryngologie et de chirurgie cervico-faciale du Québec

Pour trouver une clinique du sommeil - Fondation Sommeil

Ajouter aux favoris
Ajouter aux favoris

Pour suivre toutes les mises à jour et nouveautés sur cet article, vous devez être connecté.

Santé et alimentation