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Par Nathalie Côté Mise en ligne : 23 novembre 2016  |  Magazine : janvier 2017

Plusieurs experts dénoncent les échographies souvenirs qui montrent bébé en 3D ou en 4D. Devriez-vous attendre avant de voir à qui va ressembler votre poupon?

Réunir toute la famille autour d’un grand écran afin d’observer le visage de bébé alors qu’il est dans le ventre de sa maman ? C’est l’expérience que certaines cliniques privées proposent aux futurs parents. Plus claires que les traditionnelles échographies 2D en noir et blanc réalisées dans le cadre du suivi de grossesse, celles en 3D permettent de bien voir le visage du bébé, dans une teinte réaliste de couleur chair. En 4D, les mouvements sont enregistrés sur vidéo. D’ailleurs, certaines cliniques offrent de la diffuser en direct de leur plateforme web, de manière sécurisée, afin que les proches qui n’ont pu se déplacer voient aussi bébé.

L’échographie dure de 20 à 60 minutes et se fait entre la 25e et la 32e semaine de grossesse. C’est durant cette période qu’il est possible d’obtenir les meilleures images, estime-t-on dans plusieurs des cliniques que nous avons consultées. Les parents repartent avec des photos, et parfois avec une vidéo et un petit cadeau pour le bébé. Le prix des échographies de divertissement varie de 95 à 295 $, selon la clinique et le forfait choisi.

« Lors de l’échographie médicale [en 2D], les parents n’ont pas le temps d’observer le bébé, par exemple de le voir qui suce son pouce. Ce n’est pas le moment pour ça. Les échographies faites exclusivement pour le plaisir permettent de regarder davantage. Avec la 3D, les parents ont aussi un bon aperçu du visage », note Nathalie Desrosiers, gestionnaire chez Clinix imagerie médicale et intervention, une clinique qui fait à la fois des échographies souvenirs et des échographies de diagnostic. « Ce sont des images incroyables », convient Danielle Boué, présidente de l’Ordre des technologues en imagerie médicale, en radio-oncologie et en électrophysiologie médicale du Québec (OTIMROEPMQ). Pas étonnant que plusieurs futurs parents soient sous le charme !

Même si rien ne les interdit, ces échographies sont toutefois déconseillées par des experts de plusieurs organismes, notamment Santé Canada, la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada, l’OTIMROEPMQ, la Food and Drug Administration (États-Unis) et le Collège national des gynécologues et obstétriciens français. Ils s’inquiètent entre autres de l’exposition des bébés aux ultrasons et de la formation que reçoivent ceux qui pratiquent ces échographies. Pourtant, ces organisations encouragent les femmes enceintes à passer les échographies de diagnostic recommandées par leur médecin. Alors pourquoi se soumettre à certaines et en éviter d’autres ?

Quelle différence ?

Qu’on la pratique pour des raisons médicales ou pour le divertissement, et qu’elle soit en 2D, 3D ou 4D, l’échographie fait appel à la même technologie. « La seule différence entre celle en 2D et les autres, c’est la puissance des processeurs informatiques qui traitent l’information, explique Danielle Boué. Le faisceau d’ultrasons qui permet d’obtenir l’information, lui, n’est pas plus fort. »

L’examen est cependant très différent. L’échographie de divertissement cible le visage, les mains et les pieds du fœtus pour avoir de belles images. Celle effectuée à des fins médicales vise, par la prise de certaines mesures comme la grosseur de la tête, à vérifier que le bébé va bien et que son développement est normal. « On met l’accent sur plein de petites choses pour éviter de passer à côté d’une pathologie fœtale, souligne Danielle Boué. Même si une patiente apportait son échographie de divertissement, le médecin ne verrait pas ce qu’il a besoin de voir. » De plus, en médecine, la 3D ou la 4D est utilisée uniquement pour observer plus en détail un élément suspect apparu dans l’échographie 2D, comme une malformation.

Quels risques ?

Jusqu’à maintenant, aucune étude n’a montré explicitement de dangers liés à l’échographie sur les humains. Mais un risque théorique existe. « Quand on envoie un faisceau d’ultrasons sur un corps, cela fait augmenter sa température. Toutes les recherches le démontrent », explique Danielle Boué. Des études sur les animaux ont révélé des effets subtils sur la physiologie et le développement du cerveau fœtal, signalent la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada et l’Association canadienne des radiologistes dans une prise de position commune en février 2014. Par exemple, en 2006, des chercheurs de l’Université­ Yale, aux États-Unis, ont montré qu’une petite partie des neurones des souris ne parvenaient pas à prendre correctement leur place dans le cerveau après une exposition de 30 minutes ou plus.

Ainsi, par précaution, en regard de ces observations chez les animaux, l’échographie devrait servir uniquement au suivi de grossesse habituel, plaident les experts. « L’échographie de divertissement, ça reste du commerce. Le risque, même s’il est minime, est évitable », tranche Sylvie Bouvet, présidente de l’Association des obstétriciens et gynécologues du Québec.

Qui peut faire des échographies?

Au Québec, l’échographie à des fins de diagnostic est un acte réservé aux médecins et aux technologues membres de l’OTIMROEPMQ, qui ne peuvent le faire que sous ordonnance médicale. Rien n’encadre cependant celles de divertissement, où aucun diagnostic n’est posé. N’importe qui peut en faire.

Avec ordonnance. Dans certaines cliniques, comme chez Clinix, les femmes enceintes doivent avoir en main une ordonnance de leur médecin pour obtenir une échographie de divertissement. Pourquoi ? Parce que celle-ci est effectuée par des technologues membres de l’Ordre, indique Nathalie Desrosiers.

« L’émission d’ordonnances pour une échographie de divertissement n’est pas normale », déplore Danielle Boué. Le Collège des médecins le confirme. « Le fait d’émettre une ordonnance pour un examen non médicalement nécessaire pourrait mener à une enquête du syndic », précise Caroline Langis, relationniste au Collège des médecins. En effet, le Code de déontologie des médecins indique que ces derniers doivent « fournir un soin ou émettre une ordonnance que si ceux-ci sont médicalement nécessaires ». Du côté de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), on s’explique mal que certains praticiens prescrivent des échographies en dehors du suivi de grossesse habituel : « Ils le font probablement pour rassurer leurs patientes ou pour leur faire plaisir », avance Jean-Pierre Dion, porte-parole de la FMOQ.

Michel Rouleau, technologue en échographie chez Clinix, confirme que plusieurs médecins acceptent de prescrire des échographies de divertissement. « Je ne vois aucun inconvénient à faire ce type d’échographie si le médecin de la cliente est d’accord. Les clientes sont prévenues que nous ne posons aucun diagnostic et que nous ne répondons pas aux questions d’ordre médical », souligne-t-il.

Nathalie Desrosiers assure que le médecin de la future maman est contacté si quelque chose de suspect est découvert. « C’est déjà arrivé qu’une technologue voie quelque chose qui lui semblait anormal, dit-elle. Le radiologiste de la clinique a regardé les images avec elle et un rapport a été fait au médecin de la mère. »

Sans ordonnance. Dans d’autres cliniques, les échographies de divertissement se font sans ordonnance. Elles ne sont pas réalisées par des technologues ou des médecins, et aucun diagnostic n’est posé. Par exemple, Hugues Normand, propriétaire de Bébévizion, explique avoir été formé par un technologue et par le fabricant de l’échographe. Certaines cliniques embauchent d’anciens technologues qui ne sont plus membres de l’Ordre. Différents experts, un peu partout dans le monde, s’en inquiètent. Ils craignent que l’appareil soit mal utilisé (que l’élévation de la température soit trop importante, par exemple) et que des problèmes chez le bébé ne soient pas détectés ou, à l’inverse, qu’on inquiète les parents pour rien. Pour Hugues Normand, étant donné que la mère a normalement déjà eu une première échographie dans son suivi de grossesse, il est peu probable de découvrir quelque chose de nouveau.

Les femmes qui souhaitent obtenir une échographie de divertissement devraient d’abord et avant tout en parler avec leur médecin.

Danielle Boué   Photo: Réjean Poudrette

 « L’émission d’ordonnances pour une échographie de divertissement n’est pas normale. »
Danielle Boué, présidente de l’Ordre des technologues en imagerie médicale, en radio-oncologie et en électrophysiologie médicale du Québec

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