L'alimentation autonome de bébé, une bonne idée?

Par Mise en ligne : 30 novembre 2018  |  Magazine : janvier 2019

Photos: Shutterstock.com, D. Boudreau Médias Inc.

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Une récente tendance, la diversification alimentaire menée par l’enfant (DME, aussi appelée alimentation autonome de bébé), propose de laisser bébé manger des aliments solides dès ses premières bouchées. Mais ne rangez pas le mélangeur et les purées trop vite, car ce n'est pas pour tous les enfants.

Votre bébé a six mois, et il a faim. Parions qu’une connaissance bien intentionnée aura tôt fait de vous suggérer de lui présenter des morceaux de nourriture qu’il pourra lui-même toucher, sentir et porter à sa bouche. Mais sauter l’étape des purées, est-ce vraiment une bonne idée?

C’est l’approche prônée par la diversification alimentaire menée par l’enfant (DME, aussi appelée alimentation autonome de bébé). À ce propos, sans être une prise de position claire en faveur de cette méthode, Santé Canada recommande, depuis cinq ans déjà, d’encourager l’enfant à se nourrir lui-même en lui offrant des aliments à manger avec les doigts. Difficile de ne pas voir là un rapprochement entre les deux idées.

Certes, la DME chamboule les coutumes, mais elle est aujourd’hui incontournable. Si elle a ses avantages, elle suscite également des craintes chez certains parents et professionnels de la santé. Voici tout ce qu’il faut savoir avant de décider si vous adopterez cette approche. 

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Qu’est-ce que la DME ?

Cette technique intéresse les parents qui veulent laisser leur bébé avoir le contrôle, un peu comme lorsqu’il boit au sein. « [Il s’agit d’offrir] des aliments en morceaux à bébé dès sa première bouchée et de le laisser manger de façon autonome. On ne le nourrit pas avec une cuillère : on fait confiance à ses habiletés », explique la nutritionniste Jessica Coll, créatrice du cours DME en ligne.

Bébé partage chaque repas avec ses parents, qui déposent devant lui des aliments sécuritaires et adaptés, en en modifiant parfois la forme ou la texture. « Il peut s’agir d’une omelette, de boulettes de viande très tendres, de légumes rôtis… et on sort autre chose pour bébé si on mange des sushis ! », explique Jessica Coll. Les aliments doivent être mous. Un parent fait le test : s’ils s’écrasent facilement entre la langue et le palais, la texture convient. En ce qui concerne la taille, la nutritionniste précise : « Au début, les aliments doivent être assez gros pour que bébé les agrippe, car sa coordination est très limitée. »

- « On offre peu de purée, surtout au début, car la DME veut que bébé apprenne à mastiquer avant d’avaler, plutôt que le contraire, comme avec les purées. » - Cosette Gergès, nutritionniste à l’organisme Nutritionnistes en pédiatrie

La progression va ensuite au rythme de l’enfant. L’ergothérapeute Larissa Gaudreault, de l’organisme Parents au jour le jour, a pratiqué la DME avec deux de ses quatre enfants. Elle n’aime pas faire de recommandations générales, car la meilleure méthode est d’être attentif aux capacités de bébé. 

Est-ce que les aliments en morceaux et les purées peuvent cohabiter ? Oui, mais pour qu’il s’agisse de DME, c’est bébé qui doit tout porter à sa bouche. « C’est possible avec des purées épaisses qu’il prend avec ses mains, sur un “transporteur” (craquelin, galette de riz, pain grillé) ou à l’aide d’une petite cuillère spécialement conçue à cette fin, qui dépasse à peine de son poing et à laquelle la purée colle. Cela dit, on offre peu de purée, surtout au début, car la DME veut que bébé apprenne à mastiquer avant d’avaler, plutôt que le contraire, comme avec les purées », nuance la nutritionniste Cosette Gergès, de l’organisme Nutritionnistes en pédiatrie.

Trucs

Le moment des repas avec la DME peut nécessiter quelques adaptations, demander plus de temps et causer plus de dégâts qu’avec la méthode des purées. Voici quelques trucs utiles :

• Placer un couvre-sol en plastique sous la chaise haute.

• Laisser bébé manger en couche pour faciliter le nettoyage, ou lui faire porter une bavette à manches longues.

• Placer les aliments directement sur la tablette de la chaise haute ou dans une assiette munie de ventouses qui collent sur la tablette.

• Offrir peu d’aliments à la fois, surtout au début. Augmenter les quantités en fonction de la faim et des capacités de bébé à prendre les aliments. Cela limite le gaspillage.

• Laisser votre enfant manipuler une cuillère même s’il mange avec ses mains. Il développe tranquillement sa motricité. Après tout, la cuillère servira un jour !

Les bienfaits de la DME

Cette approche est stimulante pour les sens et les habiletés orales et motrices. Elle permet de bien respecter la faim et la satiété de bébé, facilite la préparation des repas, et grâce à elle les parents peuvent manger chaud, puisqu’ils n’ont pas à tenir la cuillère de leur enfant.

Mais pour que la DME ait véritablement des bienfaits, elle doit convenir à l’enfant et à ses parents et être bien menée. « Le recours aux réseaux sociaux est un bon moyen pour les parents d’échanger sur leur expérience, mais avant d’adopter cette approche, il faut consulter un professionnel de la santé, lire la documentation appropriée et suivre un atelier au besoin. Pour une DME sans risque, il est important d’être outillé sur le développement de bébé, la mastication, les allergies, etc.», explique Cosette Gergès.

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La DME n’est pas pour tous

On commence généralement la DME quand bébé a autour de six mois. Cependant, « la DME est une question d’habiletés, pas d’âge », nuance l’ergothérapeute Larissa Gaudreault. On sait que bébé est prêt lorsque :

• il s’intéresse aux aliments ;

• il est capable de porter des jouets à sa bouche, les ronge ou les mâchonne ;

• il peut demeurer assis droit dans une chaise haute pendant au moins 10 ou 15 minutes.

La DME convient aux bébés nés à terme, en santé et ayant un développement harmonieux. Elle est contre-indiquée pour les bébés ayant une malformation buccale, un trouble génétique ou neurologique ou un retard de développement.

L’avis d’un professionnel de la santé est nécessaire si on veut adopter la DME avec des bébés qui sont susceptibles de faire de l’anémie, comme les prématurés ou ceux qui étaient de petit poids à la naissance, les bébés nés d’une mère anémique ou qui ont commencé à boire du lait de vache.

Craintes justifiées ?

Les trois principales craintes des parents et de certains professionnels de la santé sont les étouffements, le manque de fer et les retards de croissance.

Étouffements. Il n’y a pas plus de risque qu’avec la méthode traditionnelle lorsqu’on prend les mêmes précautions : offrir des textures adaptées, éviter les aliments petits, durs, ronds et collants, asseoir bébé confortablement, et toujours être présent lorsqu’il mange.

« Les parents confondent souvent le réflexe nauséeux et l’étouffement », mentionne l’ergothérapeute Larissa Gaudreault, spécialisée en pédiatrie. Le réflexe nauséeux est très aiguisé chez les poupons et les protège en repoussant les aliments vers l’avant bien avant qu’ils atteignent les voies respiratoires.

Manque de fer. « C’est normal que ce soit une préoccupation », explique Cosette Gergès, qui rappelle que les besoins en fer à sept mois sont les mêmes que pour les ados. C’est d’ailleurs pourquoi on offre rapidement des aliments riches en fer aux bébés. « Les parents sont surpris de voir la viande parmi les premiers aliments ! Puis on utilise des céréales pour bébé [également riches en fer] de plusieurs façons : comme chapelure, dans des muffins, mélangées avec des fruits ou du lait maternel sur des craquelins », dit la nutritionniste, forte de son expérience pratique avec les parents.

Retard de croissance. Certains parents et professionnels ont peur que les bébés qui mangent par eux-mêmes manquent de nourriture. C’est vrai que bébé mange peu au début, et c’est normal. La qualité prime sur la quantité. Il est primordial de lui offrir à chaque repas des aliments nourrissants, riches en calories et en bons gras. Si votre enfant a un retard de croissance, il n’est pas le meilleur candidat pour la DME. Mais ceux qui grandissent bien continuent à se développer comme il se doit lorsque la DME est menée adéquatement.

Un menu bien adapté

Les repas que vous partagez avec votre bébé doivent être nourrissants. Composez-les d’aliments variés et, la majorité du temps, incluez-y :

• de la viande, du poisson, des œufs, des légumineuses, du tofu, etc. ;

• un aliment riche en matières grasses (ex. : avocat, beurre de noix, huile) ;

• un ou des légumes ;

• un féculent (ex. : pain, pâtes, pomme de terre) ;

• du lait maternel, une préparation lactée pour nourrissons ou un produit laitier ;

• un fruit.

Vous devez évaluer la qualité de l’alimentation sur plusieurs repas. S’il manque un élément à l’occasion, reprenez-vous plus tard sans culpabiliser.

Les aliments frits, salés ou ultratransformés du commerce ne conviennent pas aux bébés. S’ils figurent au menu de la famille, préparez autre chose pour le poupon.

À noter que les aliments potentiellement allergènes peuvent être intégrés dès l’âge de six mois. Toutefois, il est recommandé d’attendre de trois à cinq jours entre l’introduction de deux aliments allergènes, contrairement aux autres aliments. S’il y a des allergies dans la famille ou si votre enfant fait de l’eczéma, demandez conseil à un professionnel pour savoir comment procéder.

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Voici des aliments qui conviennent à bébé :

• des céréales pour bébé préparées avec du lait maternel ou avec une préparation lactée pour nourrissons ou encore mélangées à une purée de fruits, que vous mettrez sur un bon craquelin (le moins transformé possible et dont la texture convient à bébé) ;

• de la viande très tendre (ex. : cuite à la mijoteuse, cuisse de poulet, boulettes), de la viande sur l’os ou une lanière de steak tranchée dans le sens des fibres (pour que bébé la tète) ; attendre que les habiletés de bébé évoluent avant de lui offrir de la viande effilochée (en général vers sept ou huit mois) ;

• du poisson (arêtes ôtées) ;

• des haricots noirs ou rouges, des lentilles et d’autres légumineuses en purée ou incorporées dans les recettes ;

• du tofu râpé, en bâtonnets ou en gros cubes (au moins 3 cm) ;

* des légumes bien cuits (très tendres), en lanières, en bâtonnets ou en bouquets (ex. : carotte, brocoli, poivron, asperge) ;

• des fruits mous (ex. : banane, avocat, pêche, pomme cuite, cantaloup, poire) ; laissez une partie de la pelure aux fruits à pelure épaisse comme la banane et le melon, ou les rouler dans les céréales pour bébé afin de les rendre moins glissants ; retirer le cœur et le noyau des fruits ;

• de bons craquelins, des croûtes de pain ou du pain grillé, sur lesquels vous pouvez étendre du beurre d’amande, de graines de citrouille, d’arachide ou d’autres noix, du hummus, de l’avocat écrasé, de la purée de légumineuses ou de l’huile d’olive ;

• des pâtes cuites ;

• du fromage râpé ou en gros cubes.

Ressources

Par l'intermédiaire de ces sites web, des nutritionnistes et des ergothérapeutes spécialisés guident les parents dans l’introduction de la DME :

jessicacoll.com (cours « DME en ligne »)

• nutritionnistesenpediatrie.com

parentsaujourlejour.com

Vous pouvez aussi consulter le livre Petites mains, grande assiette. La diversification alimentaire menée par l’enfant, d’Annie Talbot, Evelyne Bergevin et Marie-Ève Richard, aux Éditions La Semaine (2016).

Cet article est extrait de notre guide pratique «Spécial bébé» disponible dans notre boutique.

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Commentaires 1 Masquer

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  • Par GENEVIèVE BROUSSEAU | 09 décembre 2018

    Avec ma fille, nous avons adopté cette méthode car nous n'avions pas le choix. Elle refusait d'être nourrie à la cuillère. Elle détournait la tête, fermait la bouche ou crachait. En adoptant la méthode DME, ce fut un succès très rapide et maintenant, elle a développé une bonne motricité fine et n'est pas une enfant difficile. Mon garçon au contraire a mangé des purées et on a eu beaucoup de misère à le faire passer aux morceaux, il ne voulait que des purées lisses et boudait toute autre chose. Il a commencé la vraie nourriture assez tard, alors que ma fille à 6 mois mangeait déjà des morceaux! Et ils se salissaient les 2 tout autant, purée, pas purée.