Quand peut-on affirmer qu'on souffre d'une allergie alimentaire?

Par Rémi Leroux Mise en ligne : 31 août 2017

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Les symptômes qui suggèrent une allergie sont nombreux (rougeurs, picotements, nausées, urticaire, etc.) et certains sont plus fréquents que d’autres. Toutefois, ils ne permettent pas d’établir avec certitude qu’il s’agit d’une allergie.

Si celle-ci n’a jamais été diagnostiquée, il est essentiel de consulter son médecin de famille ou un allergologue afin de pousser plus avant les investigations et de confirmer ou non la présomption allergique.

Certains symptômes apparaissent à la suite de l’ingestion d’un aliment et peuvent laisser penser qu’il s’agit d’une allergie. Ces signes peuvent être cutanés: rougeur, démangeaison, picotement, urticaire, enflure. Les lésions les plus fréquentes sont situées sur les lèvres, le visage, aux yeux, à la gorge ou encore aux plis de flexion (bras, cou). Il peut également s’agir de manifestations gastro-intestinales: douleurs abdominales, diarrhée, nausées, vomissements. De l’anxiété, un sentiment de détresse ou une sensation d’oppression peuvent aussi être ressentis.

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Des signes plus graves peuvent nécessiter de se rendre aux urgences. Ils peuvent toucher les voies respiratoires ou atteindre le système cardiovasculaire et provoquer faiblesse et hypotension (choc anaphylactique). Une perte de conscience peut se produire. Certaines personnes peuvent également développer un œdème de Quincke. Il s’agit d’une réaction aiguë qui suit l’ingestion d’un allergène, des crevettes par exemple, et qui se manifeste par le gonflement rapide de la peau, des muqueuses et des tissus sous-muqueux. La personne touchée tousse, éternue, elle a des difficultés à respirer, à avaler et même à s’exprimer. Ses lèvres et sa langue gonflent.

L’anamnèse ou l’histoire du cas

Afin d’aider le médecin à diagnostiquer l’allergie, il est crucial d’essayer de se rappeler tous les aliments qui ont été consommés avant que se produise la réaction. La chronologie et les circonstances d’apparition des symptômes sont également importantes. On vous interrogera par exemple sur vos habitudes alimentaires : «Où prenez-vous vos repas? Combien de repas faites-vous par jour? Est-ce qu’il vous arrive de grignoter?»

Les antécédents personnels ou familiaux seront aussi abordés: «Les membres de la famille sont-ils allergiques, asthmatiques, font-ils de l’eczéma?» L’ensemble de ces éléments constitue l’anamnèse, ou l’histoire du cas, et aide les praticiens à décider quels tests prescrire. L’Association des allergologues et immunologues du Québec (AAIQ) rappelle qu’un praticien se sert de l’histoire pour décider des tests qu’il ou elle effectuera, car des tests faits sans une histoire claire sont difficiles à interpréter.

Allergie ou pseudo-allergie?

Certains signes ou symptômes décrits ci-dessus peuvent également se manifester dans le cas d’une pseudo-allergie ou d’une intolérance alimentaire, notamment les symptômes digestifs. S’il s’agit d’une première réaction, bénigne, il est impossible de déterminer si la personne souffre de l’une ou l’autre de ces affections.

Les tests

Il apparaît indispensable de réaliser des tests pour préciser le diagnostic. Il y a trois types de tests: cutanés, sanguin et de provocation. Généralement, les deux premiers permettent d’établir un diagnostic précis. Des zones grises subsistent parfois. Dans ces cas, on procède au test de provocation.

  • Les tests cutanés. Une infime quantité de divers allergènes est appliquée sous forme de gouttes sur la peau, généralement sur l’avant-bras. Une égratignure est faite là où chaque goutte a été déposée. Après une quinzaine de minutes, on vérifie la présence de mini-réactions allergiques. Elles peuvent être légères, modérées ou marquées. On appelle aussi ces tests «tests de scarification».
  • Le test sanguin. Il permet de doser la quantité d’anticorps de type IgE responsables des manifestations allergiques. On procède au dosage sanguin dans les cas où les tests cutanés s’avèrent impossibles à réaliser, par exemple si la personne présente des manifestations cutanées ou une sensibilité alimentaire trop importantes.
  • L’épreuve de provocation. Il s’agit du test ultime. Il consiste à ingérer l’aliment incriminé selon un protocole précis et sous la surveillance de personnel médical. Comme ce test comporte des risques, il se fait en milieu hospitalier uniquement. Il peut permettre de confirmer l’absence ou la disparition d’une allergie.

Comment expliquer l'apparition d'une allergie?

Les facteurs qui permettent d’expliquer l’apparition d’une allergie alimentaire sont divers et multiples, et il est difficile de les déterminer précisément pour chaque individu.

• Une prédisposition génétique: il existe une prédisposition familiale, ou terrain atopique, qui permet d’évaluer le risque de manifestation allergique chez les plus jeunes. Si aucun des deux parents n’est allergique, le risque que l’enfant le soit est faible, de l’ordre de 5 à 15 %. Si l’un des deux parents est allergique, le risque est de 20 à 40 %. Si les deux parents le sont, il peut atteindre 80 %.

• L’âge: les jeunes enfants sont plus susceptibles de développer une allergie alimentaire que les adultes. La plupart des allergies apparaissent pour la première fois avant l’âge de deux ans.

• L’environnement: la pollution atmosphérique, les techniques de production agroalimentaire, les modifications de nos régimes alimentaires, l’usage de différents produits cosmétiques comme les crèmes qui contiennent des dérivés alimentaires, l’amélioration de l’hygiène ou encore le tabagisme sont autant de facteurs qui ont, d’une façon ou d’une autre, un impact sur nos organismes et jouent un rôle dans l’augmentation du nombre de cas d’allergies alimentaires.

• L’hypothèse hygiéniste: il s’agit de l’hypothèse selon laquelle chez les jeunes enfants, l’exposition à différents agents infectieux, dont les bactéries et les parasites, stimulerait positivement leur système immunitaire et éviterait l’apparition des allergies. Certaines études ont démontré que les enfants qui vivent dans un environnement plus favorable à l’apparition de microbes (à la campagne ou dans des familles nombreuses, par exemple) développaient moins de manifestations allergiques que les autres. Une médicalisation dès le plus jeune âge – par antibiotiques, en particulier – aurait également un impact sur le système immunitaire et pourrait expliquer pourquoi il réagit différemment chez les personnes allergiques.

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D’autres facteurs interviennent, en particulier dans le cas des réactions anaphylactiques qui mettent en jeu le pronostic vital. L’asthme est l’un des principaux facteurs de risque de réactions d’allergies alimentaires sévères. D’autres facteurs aggravants ont été identifiés comme la prise de médicaments (aspirine, bêtabloquants, etc.), l’effort physique, le fait de manger à l’extérieur (restaurant, école, chez des amis), et les allergènes «cachés» (qui entrent dans la composition d'un ingrédient, comme une épice ou une saveur).

La réaction est fonction de la sensibilité allergique de chaque individu. Elle peut aller d’une «simple» réaction cutanée au choc anaphylactique qui paralyse plusieurs fonctions de l’organisme et peut entraîner la mort. Les manifestations allergiques peuvent évoluer de légères à très graves en quelques minutes.

À noter: Cet article a initialement été publié dans notre guide «Alimentation, régimes et allergies».

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