Régime sans gluten: pas pour tout le monde

Par Catherine Crépeau Mise en ligne : 22 août 2013

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Le régime sans gluten suivi sans supervision pourrait être dangereux pour votre santé selon le Collège des médecins et l’Ordre professionnel des diététistes.

Suivre un régime sans gluten sans avoir obtenu un diagnostic de maladie coeliaque pourrait entraîner des complications graves et provoquer des carences alimentaires, préviennent les médecins et les diététistes du Québec dans l’édition d’été 2013 du bulletin du Collège des médecins.

Pourtant, de plus en plus de gens disent souffrir d’intolérance au gluten et coupent pain, gâteau et pâtes de leur alimentation. «Le régime sans gluten est devenu une mode. De plus en plus de gens l’adoptent sans supervision et sans trop savoir ce que ça exige», déplore Bernard Lavallée, nutritionniste chez Extenso.

Face à cet engouement, l’Ordre des diététistes et le Collège des médecins du Québec ont senti le besoin de sensibiliser leurs membres et la population aux risques que présente l’adoption du régime sans gluten lorsqu’il est suivi sans la supervision d’un médecin ou d’un nutritionniste.

Un régime sévère

Seules les personnes ayant reçu un diagnostic de maladie coeliaque devraient se restreindre au régime sans gluten, car il est très restrictif. Il consiste à éliminer de son alimentation toutes les céréales contenant du gluten, les sous-produits de ces céréales et les produits fabriqués à partir de ces sous-produits, soit bon nombre de charcuteries, de sauces et d’assaisonnements. «C’est un régime monotone, très difficile à suivre. On finit par toujours manger la même chose. Je ne le recommande à personne, à moins d’être malade», souligne Bernard Lavallée.

De plus, des études ont montré que les aliments sans gluten étaient moins nutritifs que leur équivalent contenant du gluten, ce qui peut entraîner des carences nutritionnelles (fibres, vitamines et minéraux) ainsi que des risques de surconsommation alimentaire par compensation (sucre, gras, sel).

Dangereux sans diagnostic

Décider de couper le gluten de son alimentation sans l’avis d’un médecin parce qu’on a des crampes, des gaz ou des ballonnements après en avoir consommé peut avoir des conséquences sur la santé, et ce, même si on souffre réellement d’une maladie coeliaque. Car si vous ne respectez la diète qu’à moitié en ne coupant que les céréales et leurs sous-produits pour diminuer la quantité de gluten ingéré, vous réduisez vos chances d’obtenir un diagnostic. En effet, celui-ci s’obtient grâce à la présence d’anticorps réagissant au gluten.

En réduisant votre apport en gluten, les crampes et autres symptômes peuvent disparaître, mais la maladie continuera de progresser et d’endommager votre système digestif, entraînant des problèmes de malabsorption, une perte de poids involontaire, de l’anémie, une dénutrition, de l’ostéoporose ou des problèmes de fertilité.
Pour les personnes intolérantes au gluten, mais non diagnostiquées, suivre un régime sans gluten à l’aveugle présente en plus un risque de choc à la gliadine, la partie toxique du gluten, lors de sa réintroduction dans l’alimentation. Une maladie grave qui se manifeste d’abord par une aggravation des symptômes d’intolérance.

La tentation de la perte de poids

Plusieurs adoptent le régime sans gluten pour perdre quelques livres, car ils croient dur comme fer à l’idée fausse selon laquelle les féculents font grossir. «Les féculents ne font pas engraisser. Comme pour tout ce que l’on mange, c’est toujours la quantité qui est en cause. Manger trop fait grossir, mais il est évident qu’en coupant le pain et les pâtes, on mange moins, donc on perd du poids. Mais dès qu’on les réintroduit, on reprend les livres perdues, et même plus! Il y a des façons plus efficaces de maigrir, comme de diminuer les portions et de bouger davantage», rappelle Bernard Lavallée.

Consultez notre article sur les maladies inflammatoires

Le régime sans gluten a aussi beaucoup d'adeptes dans la communauté scientifique, notamment chez plusieurs nutritionnistes. Le débat est donc loin d'être terminé. Pour en savoir plus, consultez le dossier complet que nous avons publié sur ce sujet: Soigner les maladies inflammatoires par l'alimentation.

CORRECTION 27/08/2013: contrairement à ce que nous avions préalablement écrit, le riz ne fait pas partie des aliments à problème.

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