Tampons et serviettes jetables: risqués?

Par Catherine Crépeau Mise en ligne : 18 juillet 2017  |  Magazine : août 2017

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Matériaux inconnus, résidus de pesticides, ingrédients chimiques de synthèse… La composition des produits hygiéniques fait beaucoup parler depuis quelques années. Avec raison ?

En France, des associations de consommateurs et des groupes de femmes se battent pour obliger les fabricants à dévoiler ce qu’il y a dans leurs tampons. Les femmes veulent savoir ce qu’elles introduisent dans leur corps afin de mesurer les risques qu’elles prennent. Une pétition en ce sens, lancée en 2015, avait recueilli plus de 266 000 signatures au printemps 2017, sans faire bouger l’industrie.

Aux États-Unis, les militantes écologistes de Women’s Voices for the Earth (WVE) ont eu plus de succès en obtenant des manufacturiers, à l’automne 2015, qu’ils révèlent la composition de leurs produits. La plupart le font maintenant sur l’emballage, sinon sur leur site internet.

Ici, Santé Canada oblige les fabricants de tampons à afficher sur leurs emballages « les matériaux de fabrication, y compris les additifs, les désodorisants, les agents mouillants et les agents conservateurs ». En lisant les étiquettes, vous pouvez donc apprendre que vos tampons sont fabriqués à partir de coton et de rayonne (une matière artificielle absorbante obtenue à partir de la pâte de cellulose des arbres), de polyester, ainsi que de polyéthylène et de polypropylène, deux dérivés d’hydrocarbures.

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Dans le cas des serviettes hygiéniques, par contre, les fabricants ne sont pas tenus de lister les matériaux sur l’emballage. Pourtant, les produits jetables utilisés lors des menstruations ne sont pas inoffensifs. La gynécologue Sylvie Dodin confirme que certaines de ses patientes présentent des symptômes d’intolérance ou d’irritation, des démangeaisons ou encore des infections vaginales à répétition en lien avec ces articles.

L’emballage des tampons doit aussi fournir des informations sur le syndrome du choc toxique (SCT), le principal risque avéré associé au tampon. Rare, il est dû à des toxines libérées par une bactérie – le staphylocoque doré – présente naturellement dans le vagin de 20 à 30 % des femmes. Au début des années 1980, des centaines de Nord-Américaines en ont souffert et une dizaine en sont mortes. Les fibres synthétiques utilisées dans les tampons très absorbants – disparus des tablettes depuis – de même que le port prolongé de ceux-ci auraient favorisé le développement des toxines.

Coton, rayonne et pesticides

Autre préoccupation : les résidus chimiques. En 2013, un rapport de WVE révélait que les articles d’hygiène féminine peuvent renfermer, entre autres, des traces de dioxines, de furanes et de pesticides – des composés associés au cancer, à des troubles de la reproduction et du système endocrinien ainsi qu’à des réactions allergiques.

Au printemps 2017, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, en France, révélait quant à elle la présence de faibles concentrations de dioxines et de furanes, des contaminants environnementaux, dans les six marques de tampons testés, ainsi que la présence, dans 10 des 16 marques de serviettes et de protège-dessous analysés, d’hydrocarbures aromatiques polycycliques, qui sont des constituants du charbon et du pétrole. L’organisme ne signalait toutefois pas de danger grave et immédiat.

Santé Canada ne s’en inquiète pas davantage. S’il y a des quantités résiduelles de dioxine dans les tampons, elles se situent autour du seuil de détection. « Et dans la population générale, les quantités reçues via l’exposition au tampon n’ajoutent pas au risque cumulatif pour la santé », nous a répondu par courriel un porte-parole du ministère. La Société canadienne du cancer souligne pour sa part qu’aucune preuve scientifique n’établit de lien clair entre certains cancers féminins et le port de protections hygiéniques.

Sauver la planète, un tampon à la fois

Malgré le bruit entourant la composition des produits jetables, c’est surtout pour la planète que les femmes les délaissent, remarque la directrice générale du Centre de santé des femmes de Montréal, Anne-Marie Messier. Selon le livre Flow : The Cultural Story of Menstruation, au cours de sa vie, chaque femme enverra au dépotoir environ 125 kg (275 lb) de serviettes, tampons, applicateurs, etc. « Il y a une certaine prise de conscience, surtout chez les jeunes femmes, explique Mme Messier. On en voit de plus en plus qui utilisent des méthodes alternatives, dont la coupe menstruelle, parce qu’elles trouvent ça plus naturel et qu’elles ont l’impression de moins polluer. »

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