Acheter près d’une autoroute: un pensez-y-bien

Mise en ligne : 05 septembre 2012

Acheter pres autoroute pensez-y-bien

La maison que vous convoitez est parfaite… sauf qu’elle est située à 100 mètres d’une autoroute. Y a-t-il des risques pour votre santé?

Les gens qui vivent près d’une autoroute achalandée courent plus de risques de souffrir d’asthme, de bronchite chronique, de maladies cardiovasculaires ou d’un cancer du sein.

La raison? «Les habitants des maisons situées à moins de 200 mètres d’une autoroute achalandée sont exposés à un plus haut niveau de polluants atmosphériques», affirme la Dre Mélissa Généreux, médecin-conseil au Service de la protection de la santé publique de l’Estrie et professeure à l’Université de Sherbrooke. Les personnes âgées, les femmes et les enfants sont particulièrement vulnérables aux conséquences néfastes de ces polluants.

Le cocktail toxique émis par les véhicules comprend des oxydes d’azote, des composés organiques volatils, ainsi que des monoxydes et dioxydes de carbone. Les murs antibruit ne peuvent rien contre ces polluants puisque ceux-ci passent aisément par-dessus. «Le bruit circule de façon linéaire, alors que les contaminants sont plus diffus dans l’air», explique la Dre Généreux.

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Enfants à risque

Les enfants sont vulnérables devant la pollution, et cela commence avant même la naissance. En effet, les femmes de l’île de Montréal qui habitent dans les 200 premiers mètres aux abords d’une autoroute courent un risque 14 % plus élevé que les autres femmes d’accoucher d’un enfant prématuré, et un risque 17 % plus élevé d’accoucher d’un bébé de petit poids, a démontré une étude de la Dre Généreux publiée en 2008 dans le Journal of Epidemiology and Community Health.

Quant aux femmes qui vivent dans les 50 premiers mètres, les risques sont encore plus grands. L’étude était la première du genre réalisée dans la métropole québécoise, mais l’exercice a été effectué ailleurs en Amérique, avec des résultats semblables.
Puisque les enfants sont petits et que leur rythme respiratoire est plus rapide que celui des adultes, la dose de polluants qu’ils respirent par rapport à leur surface corporelle est plus élevée.

«Les enfants qui souffrent d’asthme sont particulièrement vulnérables aux polluants», prévient le Dr Louis Drouin, responsable du secteur Environnement urbain et santé de la Direction de santé publique de Montréal. Plusieurs enfants asthmatiques habitant à l’intérieur de ces fameux 200 mètres ont des crises plus graves, plus fréquentes et prennent davantage de médicaments que les autres enfants de leur âge.

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Utilisation de filtres à air

Le Dr Drouin reconnaît que l’utilisation à la maison de filtres à air de type HEPA (filtres à très haute efficacité) peut avoir un impact positif pour les individus en bonne santé habitant près d’une route passante.

Toutefois, son opinion est sans équivoque: «Ce que l’on recommande, à la Direction de la santé publique de Montréal, c’est de ne pas construire des bâtiments susceptibles d’abriter des enfants, des personnes âgées ou des personnes malades dans un rayon de 200 mètres autour d’une autoroute.»
Pollution sonore

Sur la majorité des autoroutes, les voitures continuent d’affluer, même la nuit. «Les études démontrent globalement qu’il y a un lien entre le bruit, l’hypertension et la perturbation du sommeil», explique le Dr Drouin.
Conseiller municipal à la Ville de Pointe-Claire, Paul Bissonnette habite près de l’autoroute 20, dans l’ouest de l’île de Montréal. Selon lui, le bruit est si constant dans sa cour arrière qu’il n’y pose jamais le pied.
L’ancien directeur-gérant des Nordiques, Maurice Filion, demeure près de l’autoroute Laurentienne dans l’arrondissement de Charlesbourg, à Québec. «On a une piscine et on reçoit des gens, mais lorsqu’on se parle, il faut crier. C’est désagréable. On est en juillet, et je n’ai pas encore mangé dehors cette année», déplore-t-il. Sans parler de la poussière qui tombe dans la nourriture. De guerre lasse, les citoyens de son secteur ont décidé en 2009 d’intenter un recours collectif contre le ministère des Transports du Québec (MTQ). 

Promesses électorales

Un mur antibruit, Maurice Filion se l’est fait promettre à quelques reprises depuis 1985 par les différentes administrations qui se sont succédé à la Ville de Charlesbourg, et à Québec après la fusion des deux villes. En juin 2012, le MTQ a finalement annoncé la mise en place d’un mur végétal à cet endroit. Mais les citoyens du quartier ne prennent pas de chance, souligne Maurice Filion: «Pour l’instant, nous ne retirons pas notre recours collectif.»
Le 31 juillet dernier, Québec a annoncé la mise sur pied d’une nouvelle politique sur la qualité de l’air, de même que la venue cet automne d’une vaste consultation sur le sujet. Le lendemain de cette annonce, le gouvernement libéral déclenchait les élections.

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