Par Stéphanie Perron Mise en ligne : 17 novembre 2016

Pour mousser la vente de ses spas, Club Piscine en gonflait le prix afin de faire croire à ses clients qu’ils bénéficiaient d’un rabais de 4 000 $.

La Loi sur la protection du consommateur interdit formellement les représentations trompeuses sur les prix, incluant les rabais et les soldes. Lorsqu’un détaillant affiche un pourcentage de rabais qui réfère à un prix régulier, celui-ci doit représenter le «vrai» prix payé par les consommateurs lorsque l’article n’est pas en solde.

L'entreprise Club Piscine Plus Québec a enfreint cette loi en faisant croire aux consommateurs que les spas offerts dans ses publicités étaient assortis d’une réduction de 40 %.

Une publicité du détaillant proposait par exemple un «rabais» de 4 000 $ sur un spa dont le prix régulier annoncé était de 9 999 $. Une autre promotion offrait elle aussi une «économie» de 4 000 $ sur un spa en liquidation dont le prix courant s’élevait supposément à 7 999 $. «Or, l’Office a démontré que, dans les 12 mois précédant nos vérifications, ces modèles de spas n’ont jamais été vendus au prix de référence affiché», affirme le porte-parole de l’Office de la protection du consommateur, Charles Tanguay.

Les publicités trompeuses de Club Piscine ont été diffusées en 2012 dans des circulaires, dans des publicités publiées dans Le Journal de Montréal et La Presse ainsi dans les magasins franchisés Club Piscine Super Fitness à Laval, à Pierrefonds et à Pointe-aux-Trembles. Le détaillant a plaidé coupable à dix chefs d’accusation et devra payer une amende de 122 600 $.

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Le constat d’infraction du Directeur des poursuites criminelles et pénales indique que les publicités de Club Piscine «constituent un leurre pour les consommateurs». À titre de facteur aggravant, le document mentionne le grand nombre de consommateurs lésés (même si on ne peut le déterminer avec précision), l’importance de la distribution de ces publicités à l’échelle nationale, la renommée de Club Piscine dans le domaine ainsi que les profits réalisés par l’entreprise.

Une véritable épidémie

Club Piscine n’est pas le seul détaillant à offrir de fausses promotions pour vendre des spas. L’an dernier, une enquête de l’Office de la protection du consommateur a permis de condamner le détaillant Magasins Trévi inc. pour avoir gonflé des prix courants dans ses établissements de Dorval, Boucherville, Laval (Fabreville) ainsi qu’à l’Entrepôt TréviDirect.com, lui aussi à Laval. L’entreprise a été condamnée à payer une amende de 82 514 $.

Le problème des faux rabais est très répandu dans le commerce de détail. Pour mesurer l’ampleur du phénomène, l’organisme Option Consommateurs a relevé, en 2011, les prix de biens offerts dans 16 magasins sur une période d’un an. L’organisme de défense des consommateurs avait alors constaté que de nombreux détaillants affichaient systématiquement de faux rabais. «Cette pratique nuit à la concurrence puisque les concurrents malhonnêtes attirent les consommateurs au détriment des commerçants honnêtes, mentionne le rapport de recherche. Annoncer de faux soldes est si nuisible à l’économie que la pratique a été jugée comme étant criminelle au Canada.»

Difficile à démontrer

Le plus difficile, c’est de prouver la supercherie, ajoute Élise Thériault, avocate et conseillère juridique chez Option consommateurs. «Pour démontrer la mauvaise intention du détaillant, il faut suivre le prix de certains items pendant très longtemps afin de constater les variations de prix, ce qui nécessite beaucoup de ressources», déplore-t-elle. Pour illustrer l’absurdité de cette pratique, l’avocate précise avoir déjà vu un centre de liquidation qui vendait des matelas… à un prix plus élevé que ceux des détaillants traditionnels!

Charles Tanguay affirme que de plus en plus de consommateurs réussissent à flairer les fausses aubaines, notamment parce qu’il est facile de comparer les prix sur Internet. Il invite d’ailleurs les gens à porter plainte auprès de l’Office de la protection du consommateur lorsqu’ils sont témoins de tactiques douteuses ou de publicités trompeuses. «Le consommateur n’en tirera pas de bénéfice direct, mais cela lui permettra de contribuer à corriger ce genre de pratique», dit-il.

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Malheureusement pour les clients de Club Piscine, l’Office peut poursuivre un commerçant afin que des amendes lui soient imposées, mais l’organisme provincial ne peut obliger le détaillant à rembourser ses clients. Ceux qui veulent être dédommagés parce qu’ils ont acheté un spa en croyant bénéficier d’un important rabais doivent entreprendre leurs propres démarches, par exemple poursuivre Club Piscine à la Cour des petites créances, voire même se regrouper afin de déposer un recours collectif contre le commerçant. Ils peuvent aussi contacter le détaillant afin de tenter de conclure une entente à l’amiable.

Au moment de publier cet article, Club Piscine n’avait pas donné suite à notre demande d’entrevue.

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