Par Catherine Crépeau Mise en ligne : 28 juillet 2016

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Après la police, c’est au tour d’organismes de protection des enfants de craindre pour la sécurité des jeunes chasseurs de Pokémon, vulnérables aux mauvaises rencontres.

Le Centre canadien de protection de l’enfance (CCPE) a émis une série de recommandations à l’intention des parents et des enfants qui utilisent le jeu de réalité augmentée mettant en vedette les personnages popularisés dans un dessin animé à la fin des années 1990. L’organisme sans but lucratif voué à la sécurité des enfants craint notamment les accidents liés au manque d’attention à leur environnement des jeunes qui se déplacent les yeux rivés sur leur téléphone, entièrement concentrés sur la recherche de Pokémon.

Il craint aussi que ceux-ci croisent sur leur chemin des personnes mal intentionnées. Le CCPE suit ainsi l’exemple de la National Society for the Prevention of Cruelty to Children, un organisme de protection de l’enfance du Royaume-Uni.

Sortie au Canada depuis une dizaine de jours, l’application Pokémon Go amène les joueurs à chercher des Pokémon virtuels dans de véritables lieux (parcs, trottoirs, etc.) afin de les capturer, de les chasser et de faire éclore leurs œufs. Les Pokémon peuvent surgir à chaque coin de rue. Il suffit de les viser avec le capteur photo d’un téléphone et de leur lancer un Pokéball, le seul outil pouvant les attraper et les relâcher.

Le jeu de réalité augmentée permet aussi aux joueurs de placer eux-mêmes des appâts, qui s’affichent dans des Pokéstop, pour y attirer Pokémon et autres utilisateurs. Une particularité du jeu qui pourrait être utilisée par des prédateurs sexuels ou d’autres personnes malveillantes pour attirer de jeunes joueurs dans un endroit isolé, souligne René Morin, porte-parole du CCPE.

«Avec la réalité augmentée, le joueur est tellement concentré qu’il peut facilement perdre la notion de ce qui l’entoure. Il pourrait, par exemple, être suivi par un individu sans s’en rendre compte», explique-t-il. D’ailleurs, aux États-Unis, la fonction de géolocalisation a déjà été utilisée par des voleurs voulant s’assurer que leurs victimes étaient bien à la chasse aux petits monstres, loin de leur domicile.

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Le CCPE recommande donc aux parents de s’assurer que leur enfant joue toujours avec un compagnon. «À deux ou en groupe, les jeunes sont moins vulnérables, notamment s’ils se retrouvent dans un endroit peu fréquenté. C’est aussi une façon de diminuer les risques de trop s’éloigner du domicile, de se retrouver dans des endroits inconnus, de trébucher ou de se faire frapper par une automobile. Il y a eu plein d’accidents de ce type», rappelle René Morin.

Risques d’accidents

Ces dangers ont aussi été évoqués par de nombreux corps policiers, dont la Gendarmerie royale du Canada et la Sûreté du Québec, qui ont publié des avertissements pour proscrire la chasse aux Pokémon au volant et demander aux joueurs de respecter les lois en vigueur. Les automobilistes qui jouent à Pokémon Go s’exposent à une amende de 80 $ ainsi qu’à quatre points d’inaptitude.

De son côté, la page Facebook de la Société de transport de Montréal indique: «Dans votre chasse frénétique au Oddish, au Pikachu ou au Petilil, n’oubliez pas de garder un œil sur le quai et les pieds loin de la voie!», alors que le zoo de Granby invite les visiteurs à suivre les sentiers et à combattre dans l’une des deux arènes qui se trouvent sur son site.

Même le concepteur du jeu, Niantic (une filiale de Google dans laquelle Nintendo a une participation), invite les joueurs à la prudence chaque fois qu’ils lancent l’application. Les conditions d’utilisation stipulent que les utilisateurs doivent aussi s’engager à ne pas pénétrer sur un terrain privé sans autorisation. Niantic a publié un avis de non-responsabilité en cas de blessure, de dommage matériel ou même de décès qui pourraient survenir lors de l’utilisation de son application mobile.

Malgré ces mises en garde, des joueurs absorbés par leur chasse se sont aventurés jusque sur des terrains privés ou des cimetières. À Québec, deux policiers ont subi des blessures mineures lorsqu’une voiture qu’ils voulaient intercepter (conduite par un chasseur de Pokémon) s’est mise à reculer, entrant en collision avec leur véhicule de patrouille dans un stationnement.

Fixer des limites

Le CCPE invite les parents à délimiter clairement un territoire sécuritaire où le jeu est permis et à spécifier à leur enfant à quelle distance il peut s’éloigner du domicile. Et comme pour tous les jeux vidéo et applications, les parents devraient d’abord en faire l’essai pour prendre conscience des risques auxquels leur enfant peut être confronté et fixer un temps d’utilisation, ajoute le CCPE.

Gratuit, mais…

Bien que l’application soit téléchargeable gratuitement, les joueurs ont la possibilité d’acheter des Poképièces pour progresser. Les parents seraient donc avisés de vérifier les paramètres du téléphone et du compte de leur enfant pour empêcher ces achats ou les limiter, afin d’éviter une note salée.

Le jeu se montre aussi très curieux en matière de données personnelles. Pour chasser le Pokémon, on doit créer un compte ou se connecter avec un compte Facebook ou Google. Dans tous les cas, l’application a accès au nom, prénom, courriel, numéro de téléphone, adresse IP et numéro d’identification du téléphone de l’utilisateur. On peut toutefois demander que ces données soient gardées confidentielles. Et sachez que si vous partagez une image de votre partie sur les réseaux sociaux, le concepteur pourra la réutiliser à sa guise, comme il l’indique dans sa politique de confidentialité.

Une invitation à bouger

Le jeu a aussi de bons côtés. Les joueurs parcourent parfois des kilomètres à la recherche d’un Pokémon rare, augmentant ainsi leur niveau d’activité physique. Aussi, la chasse aux Pokémon pourrait améliorer l’humeur grâce au lien social qui se crée entre les joueurs. Selon des études, ces deux paramètres contribuent à diminuer l’anxiété et la dépression et à améliorer les fonctions immunitaires.

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