Par Agnès Delavault Mise en ligne : 28 janvier 2010

Arsenic dans la nourriture doit on s’inquieter Shutterstock

De nouvelles études confirment les risques pour la santé d'une exposition au bisphénol A (BPA).

À tel point que la Federal Drug Administation (FDA) des États-Unis se déclare désormais «préoccupée» du potentiel toxique de cette substance chimique. Le BPA se présente dans de nombreux récipients alimentaires en plastique (polycarbonate) ainsi que dans le revêtement interne des boîtes de conserve. Les nouveau-nés et les femmes enceintes seraient particulièrement vulnérables.

En France, des chercheurs de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) ont montré que l’exposition au BPA, à des doses 10 fois inférieures aux doses journalières admissibles (DJA) pour l’homme, réduit la perméabilité de l’intestin, ce qui peut favoriser la rétention d’eau. Les chercheurs ont également constaté un impact sur la réponse inflammatoire dans le côlon, rendant l’intestin plus sensible à la douleur. Chez les rats nouveau-nés, l’exposition in utero et durant l’allaitement accroît le risque de développer une inflammation intestinale grave à l’âge adulte.

Le développement du foetus

À la faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke, l’équipe du Dr Aziz Aris, chercheur en obstétrique-gynécologie, a de son côté mis en évidence la toxicité du BPA pour le placenta, pouvant créer des complications durant la grossesse (2). L’étude conduite sur des cellules souches vivantes exposées une très faible concentration de BPA a permis de constater que le bisphénol A compromet les échanges entre le foetus et sa mère. Il s'ensuivrait un risque accru de prééclampsies (élévation de la tension artérielle et atteinte aux reins durant la grossesse), de problèmes de croissance du foetus, de fausses couches ou encore de naissances prématurées.

Risque accru de maladies cardiovasculaires

Selon une étude britannique réalisée par des chercheurs de l’Université d’Exeter et de la Peninsula Medical School, l’exposition au bisphénol A accroîtrait le risque de maladies cardiovasculaires (3). Après une première étude menée en 2008, les chercheurs ont confirmé ces résultats grâce à de nouvelles données recueillies auprès d’un échantillon plus large de la population. Néanmoins, si le lien est démontré, des analyses supplémentaires seront nécessaires pour savoir comment le BPA agit sur le système cardiovasculaire.

Dans un communiqué, la FDA rappelle que les tests de toxicité précédants avaient démontré l'innocuité des faibles niveaux d'exposition au BPA chez l'homme. À la lumière de ces nouvelles études, la FDA s'engage à réduire l'exposition aux BPA. De son côté, l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) a elle aussi déclaré en octobre dernier qu’elle allait rouvrir le dossier du BPA. Jusque là, cette dernière estimait la DJA suffisante pour garantir l’absence de risque pour la santé.

Rappelons que le Canada est le seul pays interdisant l’importation, la vente et la publicité de biberons contenant du BPA, au nom du principe de précaution. Pour reconnaître un produit contenant du BPA, recherchez le chiffre de recyclage 7 suivi des lettres PC.

(1) Les résultats de cette étude sont publiés dans l’édition en ligne de PNAS du 14-18 décembre 2009: Impact of oral Bisphenol A at reference doses on intestinal barrier function and sex differences after perinatal exposure in rats pnas.org
(2) Les résultats de cette étude ont été publiés dans la revue Toxicology and Applied Pharmacology
(3) Les résultats de cette étude ont été publiés dans un article sur le site de PloS One: Association of Urinary Bisphenol A Concentration with Heart Disease: Evidence from NHANES 2003/06 plosone.org

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