Par Stéphanie Perron Mise en ligne : 09 juin 2011

Musées, mode, spectacles: profitez-en pour pas cher! Shutterstock

Les entreprises de revente de billets n'ont qu'à bien se tenir. Il leur sera bientôt interdit d'acheter des billets de spectacle afin de les revendre à un prix plus élevé.

Le gouvernement du Québec compte modifier la loi sur la protection du consommateur de façon à empêcher la surenchère des billets de spectacles, d'événements sportifs et culturels, d'expositions ou de tout autre divertissement.

L'une des premières personnalités à avoir décrié ce phénomène est l'humoriste Louis-José Houde, qui avait publiquement dénoncé, lors du gala de l’ADISQ l'automne dernier, les entreprises qui achètent des billets afin de les revendre aux consommateurs en gonflant les prix. Et pour cause. Les sites de revente sont si omniprésents que lorsqu'on cherche de l'information sur un spectacle, les sites comme Billets.ca et 514-Billets apparaissent généralement dans les premiers sites Web suggérés.

Avec le projet de loi 25, le gouvernement désire mettre fin à la pratique qu'il considère comme étant un effet de rareté artificiel créé afin de revendre des billets à un prix anormalement élevé. «Le plan de match, c'est que le projet soit adopté dans l'année où Louis-José Houde a fait [sa sortie publique], donc avant le prochain Gala de l'ADISQ l'automne prochain», a annoncé le ministre de la Justice et ministre responsable de l'Office de la protection du consommateur, Jean-Marc Fournier. C’est l’Office de la protection du consommateur qui sera responsable de faire appliquer la nouvelle loi, et les contrevenants s'exposeront à des amendes variant de 2 000 $ à 100 000 $ par chef d'accusation. Important: la loi visera les entreprises, mais pas les particuliers qui se vendent des billets entre eux. 

La ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine de la culture, Christine St-Pierre, croit que la revente des billets représente un enjeu de développement culturel important. «Si un consommateur a tel budget par année pour s'offrir des loisirs et que les 3/4 de son budget passent dans l'achat d'une paire de billets, il n'ira pas voir d'autres activités culturelles.» Le propriétaire du site 514-Billets, Frank Leith, croit tout de même que son entreprise est au service des consommateurs. «On obtient pour nos clients des billets qu'ils n'auraient pas réussi à avoir parce qu'ils auraient été achetés par quelqu'un d'autre.»

Facile, la revente

Il faut dire que depuis quelques années, les activités de ceux qu'on appelle parfois «scalpers virtuels» sont en pleine expansion, notamment parce que le Web permet d’acheter et de revendre rapidement, avec des frais d'exploitation peu élevés. «Pourtant, le spectacle n'est pas meilleur assis dans le siège B-23 que dans le siège B-25, même si le billet a coûté 100 $ de plus», croit le ministre Fournier. L'Association québécoise de l'industrie du disque (ADISQ) a réagi par voie de communiqué à la présentation du projet de loi, félicitant le gouvernement de s'attaquer au dossier. «Il était temps que l'on mette en place des mesures pour que les consommateurs cessent d'être bernés et de faire les frais de cette pratique», croit le président de l'ADISQ, Claude Larivée.

Propriétaire du site Billets.ca, le plus gros revendeur de la province, Éric Bussières réplique que jamais aucune plainte de consommateur n'a été déposée contre son entreprise, alors que 2 millions de visiteurs visitent annuellement le site. M. Bussières croit que le prix plus élevé des billets qu'il vend se justifie. «Nous sommes la seule billetterie Québec qui offre un remboursement sans condition, jusqu'à 30 jours avant l'événement [...] Ça nous a pris des années avant que les acheteurs cessent de faire affaire avec des gens louches qui vendent des billets dans la rue. Et là, on va tout remettre ça sur le marché noir!» À noter que l'entreprise concurrente 514-Billets offre également un service de remboursement.

Marché québécois

Rappelons qu'en décembre 2010, l'ADISQ  avait déclaré la guerre (PDF) aux revendeurs virtuels en les accusant de s'approprier des places disponibles «avec l’objectif de les revendre à un tarif supérieur établi sans fondement». L'argumentaire avait été appuyé par la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC), l'Office de protection du consommateur et par le ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine.

Éric Bussières souligne que sur les 700 000 billets vendus par Louis-José Houde, Billets.ca en a vendu seulement 1 000. «On se fait dire qu'on s'accapare tous les billets et que les prix grimpent à cause de nous, mais nous possédons une infime part de marché. Mis à part quatre ou cinq humoristes populaires, les artistes québécois comme Ima ou Bruno Pelletier ne remplissent pas totalement leurs salles, alors les consommateurs peuvent acheter leurs billets ailleurs.» Quant aux billets d'événements sportifs, Éric Bussières croit que son entreprise rend service à ceux qui, par exemple, n'ont pas les moyens de se payer des billets de saison à 8 000 $ au Centre Bell et qui veulent acheter une paire de billet pour un seul match. «Où pourront-ils se procurer ces billets?» se demande-t-il.

Selon Éric Bussières, plus de la moitié du chiffres d'affaire de Billets.ca proviendrait d'acheteurs qui désirent revendre leurs billets. Le prix est déterminé par la personne qui vend, et l'entreprise ajoute 15 % au montant. Malgré l'aspect pratique que peut apporter un site permettant de revendre des billets pour un événement auquel on ne peut plus assister, il va de soi que l'activité principale de Billets.ca consiste tout de même à se procurer des billets auprès de consommateurs et producteurs afin de les revendre à profits.

Commerce bientôt illégal

C'est bien beau une loi empêchant la surenchère de billets, mais le gouvernement pourra-t-il contrôler les contrevenants qui hébergeront leur site ailleurs qu'au Québec? À cette question, le ministre Fournier répond que la nouvelle loi permettra de faire savoir aux consommateurs que la surenchère existe et qu'elle est illégale. «Par ailleurs, la Loi sur la protection du consommateur s'applique dès que le commerçant fait des affaires au Québec, que ce soit par le biais d'une boutique ou d'un site Web, que le commerçant soit situé au Québec, au Canada ou ailleurs dans le monde.» Le projet de loi sera débattu en commission parlementaire l'automne prochain.

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