Par Simon Diotte Mise en ligne : 03 avril 2017

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Il existe trois choses incontournables dans la vie: la mort, le fisc et les frais de transactions financières. Peu importe la méthode que vous choisirez pour faire vos achats à l’étranger, vous devrez payer des frais pour les transactions et les conversions en devises étrangères. Voici comment tirer son épingle du jeu.

Les voyageurs passent un temps fou à magasiner en ligne afin de dénicher les meilleurs prix pour les billets d’avion et les hôtels dans le but d’économiser quelques dizaines ou centaines de dollars, mais la plupart des globe-trotters se penchent peu sur la meilleure manière d’effectuer leurs paiements à l’étranger. Pourtant, les transactions en devises étrangères peuvent faire grimper de façon inattendue le coût d’un périple. Frais de transaction, frais de conversion, taux de change et autres frais multiples: chaque mode de paiement réserve son lot de surprises.

Carte de débit, carte de crédit, chèques de voyage, dollars américains: quel est le meilleur outil pour effectuer des achats à l’étranger? À cette question simple, pas de réponse simple. En fait, les modes de paiement sont complémentaires et répondent à des besoins différents. Par exemple, vous allez sûrement payer votre repas pris au marchand sur le coin de la rue au Vietnam en argent comptant, mais votre chambre d’hôtel au Japon avec votre carte de crédit. Cela dit, il existe des trucs et des pièges à éviter pour ne pas perdre au change à l’étranger.

Depuis l’apparition des guichets automatiques, la majorité des voyageurs attendent d’être arrivés à destination avant de se procurer de l’argent en devise locale, souvent directement à l’aéroport. Or, vous devez faire attention. «Les bureaux de change dans les aéroports ont la réputation d’exiger des frais de conversion nettement supérieurs à ceux du marché», affirme Annie Gauthier, porte-parole de Voyages CAA-Québec. En d’autres termes, ce sont des pièges à touristes.

>> À lire aussi sur notre site: Comment cacher son argent lorsqu’on voyage à l’étranger

Même chose si vous effectuez un retrait dans des guichets automatiques affiliés à un cambiste international, de plus en plus nombreux dans les terminaux européens. Même s’ils annoncent des transactions sans frais, ils se rattrapent en utilisant des taux de change qui dépassent nettement ceux des cartes de crédit. En théorie, vous devriez vérifier le taux de change en vigueur sur le marché, par exemple sur le site de la Banque du Canada, pour voir si on ne tente pas de vous passer un sapin. Mais qui a vraiment envie, en voyage, de tout calculer à la cenne près?

Lynne Santerre, agente de relation avec les médias à l’Agence de la consommation en matière financière du Canada, suggère d’emporter plusieurs outils de paiement avec soi: carte de débit, carte de crédit et argent liquide en devise locale. «Ainsi, si vous arrivez dans une localité où, par exemple, il n’y a pas de guichet automatique, vous ne serez pas pris au dépourvu», dit-elle.

Vous pouvez vous procurer des devises étrangères avant votre départ auprès de votre institution financière ou dans un bureau de change. Vous pouvez aussi faire affaire avec un bureau de change en ligne, qui vous livrera vos devises étrangères par la poste, une bonne option si vous habitez loin des grands centres.

Qui offre les meilleurs taux? Difficile de le savoir, car le marché des devises fluctue continuellement. Même si les bureaux de change affichent «aucuns frais ni commissions», ça ne veut rien dire, puisque le coût de vos devises dépendra du taux de change offert. Vous devez comparer le prix final de plusieurs cambistes et institutions financières pour savoir qui vous en offre le plus pour vos dollars canadiens. «En vous y prenant d’avance, vous aurez le temps de magasiner et de trouver le meilleur taux et le meilleur prix final», explique Annie Gauthier, porte-parole de Voyages CAA-Québec.

Vous devez contacter la succursale locale de votre bureau de change ou de votre institution bancaire avant de vous y présenter pour obtenir la quantité de devises dont vous avez besoin. En raison de l’augmentation du nombre de paiements par cartes, certaines institutions financières – la Banque Laurentienne, notamment – ne vendent plus de devises étrangères, à l’exception des dollars américains.

«La disponibilité des devises étrangères dépend aussi de la saison. Par exemple, on a des devises de la Thaïlande et du Vietnam en succursale en février, mais pas nécessairement le reste de l’année», explique Andrea Bueno, du bureau de change Globex 2000, qui possède six succursales dans la grande région de Montréal. Certains bureaux de change, dont Globex 2000, rachèteront vos billets étrangers en surplus à certaines conditions après votre retour de voyage, ce qui peut être intéressant si vous craignez de revenir avec un surplus de devises.

Une fois à l’étranger, vous pouvez retirer de l’argent supplémentaire en devises locales dans les guichets automatiques, selon vos besoins. «Aujourd’hui, on trouve des guichets automatiques même dans les endroits les plus reculés de la planète», a constaté Jonathan Custeau, grand voyageur ayant réalisé un tour du monde en 2012.

Avant de partir

Si votre carte de guichet ou de crédit comporte un NIP (numéro d’identification personnel) à cinq chiffres, vous devriez envisager de le modifier. «Dans certains pays, les NIP à plus de quatre chiffres ne sont pas acceptés», explique Jason Christiano, coach régional des ventes à la Banque Royale du Canada. Vous pouvez modifier votre NIP au guichet automatique ou au comptoir de votre institution financière.

Vérifiez si vous devez avertir les émetteurs de vos différentes cartes bancaires de vos déplacements afin d’éviter qu’ils «gèlent» vos cartes parce qu’ils suspectent des transactions frauduleuses. Cependant, la Banque Laurentienne n’exige plus de le faire, grâce « à nos systèmes perfectionnés de détection de fraude », explique Benjamin Cerantola, conseiller en communications de l'institution financière.

«Il est également important de noter les numéros de vos cartes et les numéros de téléphone de leurs émetteurs afin de les avoir sous la main en cas de perte ou de vol», rappelle Lynne Santerre, agente de relation avec les médias à l’Agence de la consommation en matière financière du Canada.

À destination

Voici les avantages et les inconvénients des divers modes de paiement à l’étranger.

Carte de débit

  • Lors d’un retrait hors du Canada, vous payez des frais d’accès au réseau Plus (relié à Visa) ou Cirrus (MasterCard). Ces frais sont généralement de 3 $ aux États-Unis et de 5 $ dans le reste du monde et s’ajoutent aux services courants. Des frais supplémentaires peuvent être exigés par le propriétaire du guichet local (montant variable). Vous payez ensuite les frais de conversion en devises étrangères, un pourcentage qui s’applique sur la totalité du montant retiré, généralement de 2,5 %. Donc, afin de limiter ses frais de transaction, il vaut mieux retirer de grosses sommes d’argent à la fois plutôt que d’effectuer plusieurs petits retraits.
     
  • Vous pouvez économiser sur les frais de transaction à l’étranger en utilisant un guichet d’une institution partenaire de votre institution bancaire. Par exemple, les clients de la Banque Scotia retirent sans frais des fonds dans les distributrices du réseau Alliance GAB Mondiale, présent dans 40 pays, et les clients de Desjardins font des transactions gratuites dans les guichets automatiques du Crédit Mutuel-CIC en France.
     
  • Votre forfait de compte bancaire peut inclure les frais de transaction à l’étranger.
     
  • Informez-vous, avant votre départ, de la protection concernant les transactions non autorisées de votre carte de débit. «Les modalités diffèrent d’une institution financière à une autre alors qu’en matière de cartes de crédit, les protections sont plus uniformes», explique Lynne Santerre, agente de relation avec les médias à l’Agence de la consommation en matière financière du Canada.
     
  • À destination, vous pouvez repérer les guichets automatiques Visa ou MasterCard à l’aide de ces outils de localisation: Localisateur Visa et Localisateur MasterCard

Vous pouvez utiliser l’Outil de sélection de compte en ligne de l’Agence de la consommation en matière financière du Canada pour déterminer les comptes qui sont plus avantageux à l’étranger.

Carte de crédit et carte de crédit prépayée

L’utilisation de la carte de crédit comporte de nombreux avantages. En plus de ne pas avoir à transporter une liasse d’argent, vous pouvez effectuer des réservations en ligne, profiter d’une garantie de satisfaction, obtenir une assurance pour la location de voiture, etc. Qui plus est, les cartes offrent souvent des programmes de récompense, ce qui rend leur utilisation plus attrayante.

  • Lorsque vous payez avec une carte de crédit, on vous facture des frais de conversion en devises étrangères, généralement de 2,5 %, (cartes American Express, Banque Scotia, Desjardins, etc.). Quelques cartes exigent des frais de 1 % seulement (carte Affirm Mastercard) et d’autres de 2,9 %. Le taux de change applicable est celui émis par Visa et MasterCard au moment de la transaction. Vous pouvez consulter les taux en vigueur sur les sites suivants Visa et MasterCard.
     
  • Quelques cartes de crédit ne facturent aucuns frais de conversion en devises étrangères. Au moment de notre recherche en janvier 2017, c'était notamment le cas des cartes Visa Récompenses Amazon.ca, Visa Premier Marriott Rewards et MasterCard Services financiers Sears. Les utiliser peut s’avérer un choix judicieux si vous partez souvent ou longuement en voyage. Cela dit, vous devez aussi comparer les frais annuels et les avantages liés à chacune de ces cartes.
     
  • Si vous retirez de l’argent au guichet avec votre carte de crédit, il s’agit d’une avance de fonds. Dans la majorité des cas, les frais de transaction oscillent entre 2 et 7 $ ou correspondent à un pourcentage du montant de la transaction (de 1 à 3 %). Vous devez aussi payer des frais d’accès au réseau Plus ou Cirrus (de 3 à 5 $). De plus, le propriétaire du guichet local peut vous facturer des frais. Attention: les intérêts se mettent à courir immédiatement après la transaction – vous ne bénéficiez pas du délai de grâce accordé pour vos achats avec la carte de crédit –, et leurs taux sont souvent plus élevés que pour les achats.
     
  • Les cartes de crédit prépayées possèdent les mêmes caractéristiques que les cartes classiques. Cela dit, vous devez faire attention: les frais d’activation, de conversion et de recharge en argent diminuent la valeur de la carte, ce qui peut vous jouer des tours lorsque vous tentez d’évaluer le montant exact encore stocké dans votre carte.

Vous pouvez utiliser le comparateur de carte de crédit de Protégez-Vous réalisé en collaboration avec RateHub ou l’Outil de sélection de carte de crédit en ligne de l’Agence de la consommation en matière financière du Canada pour comparer les caractéristiques des cartes de crédit, notamment les frais de conversion et les frais d’avance de fonds.

Chèque de voyage

Ce mode de paiement à l’étranger est en voie de disparition. Certaines institutions financières, dont la Banque Laurentienne et Desjardins, n’en vendent plus. À la Banque Laurentienne, on ne les encaisse plus non plus. Les chèques de voyage présentent peu d’avantages aujourd’hui, à l’exception qu’ils peuvent être remplacés en cas de vol ou de perte (vous devez noter les numéros de série des chèques et le numéro de téléphone à appeler).

Attention à la conversion dynamique des devises

Lors d’un achat à l’étranger, le terminal de transaction du commerçant peut déterminer l’origine de votre carte bancaire. Ce terminal peut alors vous proposer de payer votre achat en dollars canadiens, ce qui vous permet de connaître la valeur de votre transaction dans la devise qui vous est familière. Ce service, qu’on appelle «conversion dynamique des devises», ajoutera toutefois souvent des frais de conversion de 5 % ou plus à votre facture si vous l’utilisez. Il s’agit donc d’un service coûteux qui présente peu d’avantages pour le consommateur – mais qui s’avère très profitable pour le commerçant!

Conseils de pros

«Dans les pays en développement, je paye tout en argent liquide. Je limite ainsi les risques de fraude et de clonage et il m’est plus facile de m’en tenir à mon budget», dit Jonathan Custeau, voyageur aguerri ayant fait un tour du monde en 2012.

Elzéar Belzile, un géologue minier qui a parcouru la planète, part toujours avec deux cartes de crédit (une Visa et une MasterCard), une carte de débit et 200 $ en dollars américains, devise acceptée à peu près partout dans le monde. «Ainsi, je n’ai jamais été pris au dépourvu, même quand une de mes cartes a été clonée», dit-il. Ses cartes bancaires et son argent sont répartis dans plusieurs de ses poches. Il utilise aussi une ceinture porte-billets, qui se glisse sous ses vêtements.

Cet article a été réalisé grâce à un partenariat entre Protégez-Vous et l’Office de la protection du consommateur, dans le cadre de leur mission d’information et d’éducation des consommateurs.

PRÉCISION 12/04/2017: pour éviter toute confusion et étant donné que les émetteurs de cartes de crédit sont susceptibles d'en changer les conditions à tout moment, nous avons précisé que les exemples de cartes sans frais de conversion que nous donnons dans cet article ont été relevés en janvier 2017.

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