Par Annick Poitras Mise en ligne : 15 décembre 2015

L’année 2016 apportera-t-elle un vent d’austérité dans votre portefeuille? Possible! Alors que le coût des services augmente, les salaires peinent toujours à suivre.

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Photo: Shutterstock

Nourriture, électricité, taxes municipales, frais de garde et de rentrée scolaire, services de santé, alouette… «Dans un contexte de ralentissement économique, de faiblesse du dollar canadien et d’endettement record, les augmentations de tarifs des services courants, qui s’accumulent année après année, deviennent difficiles à encaisser pour les consommateurs, particulièrement pour les travailleurs aux revenus modestes», signale Philippe Viel, responsable des communications à l’Union des consommateurs.

En effet, sauf exception, tout tendra à augmenter en 2016, y compris le taux d’inflation, lequel pourrait passer, selon les spécialistes, d’environ 1 % en 2015 à plus de 2 %, soit le taux visé par la Banque du Canada. Si c’est le cas, ce serait presque l’équivalent de l’augmentation moyenne des salaires envisagée pour l’année à venir par le Conseil du patronat du Québec, soit 2,6 %, un taux légèrement en baisse par rapport à 2015 (2,8 %).

En 2014, la rémunération hebdomadaire moyenne des salariés québécois était de 814 $, selon l’Institut de la statistique du Québec (ISQ). Les Québécois auront-ils plus d’argent dans leurs poches pour faire face à l’augmentation du coût de la vie? Ça reste à voir. Rappelons qu’en 2013, le pouvoir d’achat des ménages reculait pour la première fois depuis 1996 à cause de la faible croissance des salaires et de la diminution du revenu disponible, annonçait l’ISQ. Mais la situation pourrait changer; l’organisme publiera une mise à jour de cette étude en janvier 2016.

En attendant, voici les principales hausses et baisses de tarifs à inscrire à votre budget 2016.

Ce qui coûtera plus cher

1. Panier d’épicerie

De plus en plus chère depuis quelques années, la nourriture continuera à avaler une bonne part du budget des Québécois en 2016. C’est le poste budgétaire qui est le plus à la hausse, selon l’Indice des prix à la consommation. Et selon l’étude annuelle de l’Institut alimentaire de l’Université de Guelph, le panier d’épicerie pour une famille moyenne coûtera environ 350 $ de plus annuellement, soit près de 1 $ par jour, ce qui représentera une hausse globale située entre 2 et 4 %.

Viandes (+ 4,5 %), particulièrement le bœuf et le porc, fruits et noix (+ 4,5 %), légumes (+ 4 %) et poissons et fruits de mer (+ 3 %) seront les produits à acheter à rabais, si possible, pour contrer la hausse. Car en quatre ans, le prix de ces denrées a bondi de 15 à 20 %!

Si on sait que la combinaison de facteurs économiques et climatiques explique cette «inflation alimentaire», on apprend cependant que c’est au Canada qu’elle est la plus élevée, soit au-delà de 2,5 %. «Le Canada est un cas unique au sein des pays industrialisés», souligne Sylvain Charlebois, professeur en distribution et politiques agroalimentaires à l’Université de Guelph.

Deux raisons expliquent cette situation: la baisse importante de notre dollar, qui rend les importations de fruits et de légumes plus coûteuses, et la baisse de compétitivité dans le domaine de la grande distribution au pays. «Les distributeurs sont donc en mesure de maintenir les prix à un niveau de profitabilité intéressant pour plusieurs produits, précise Sylvain Charlebois. Mais bien que les prix augmentent, les ménages canadiens ont toujours accès à l’un des paniers d’épicerie les moins chers du monde.»

2. Électricité

Mince consolation pour les familles qui verront leur facture d’électricité augmenter: Hydro-Québec compte limiter sa demande de hausse tarifaire au niveau de l’inflation, soit à 1,7 %, pour 2016. Voici les montants approximatifs que représenterait cette hausse:

• Appartement de deux ou trois chambres: 16,68 $ de plus par an

• Petite maison: 30,36 $ de plus par an

• Maison de taille moyenne: 39,72 $ de plus par an

La Régie de l’énergie rendra sa décision en début d’année, pour une entrée en vigueur des nouveaux tarifs en avril 2016. Si cette requête est acceptée, les coûts d’électricité auront grimpé de 11 % au Québec depuis 2013.

3. Taxes municipales

Autre épine dans le pied des consommateurs: les taxes municipales, qui grimpent encore dans les régions urbaines. «Les propriétaires doivent vraiment inscrire cette dépense considérable à leur budget», conseille Philippe Viel. Voici les augmentations moyennes annoncées pour 2016: Montréal (+ 1,9 %), Longueuil (+ 1 %), Laval (+ 1,9 %), Québec (+ 1,9 %).

4. Frais de garde

Les célèbres «garderies à 5 $» sont chose du passé. En 2015, les tarifs pour services de garde subventionnés, maintenant de 7,30 $ par jour par enfant, sont désormais modulés pour les ménages dont le revenu familial annuel net est supérieur à 50 000 $. La contribution additionnelle quotidienne est établie et payable lors de la production de votre déclaration de revenus; c’est pourquoi le gouvernement conseille de faire des provisions durant l’année pour être en mesure d’acquitter cette somme le moment venu.

En tenant compte des 260 jours en garderie que comptera l’année 2016, le montant annuel à débourser représente 182 $ de plus par enfant si votre revenu familial net se situe entre 50 000 et 75 000 $. Pour ceux dont le revenu est plus élevé, le tarif augmente progressivement. Par exemple, il représente 1 157 $ de plus pour les familles qui gagnent 100 000 $, et 3 302 $ de plus pour celles qui gagnent 155 000 $.

5. Frais scolaires

Frais de rentrée scolaire, augmentation des tarifs pour services de garde lors des journées pédagogiques (jusqu’à 16 $ par jour), multiplication des activités payantes, frais de photocopies… Philippe Viel juge «inacceptable» la hausse des divers frais facturés aux parents par les commissions scolaires (CS). «Elles cherchent ainsi à combler leur déficit, causé par les coupes gouvernementales en éducation, dit-il. Or, ces frais, qui peuvent atteindre des centaines des dollars, diffèrent d’une école à l’autre et ne sont pas modulés selon le revenu des familles».

6. Services de santé

Le projet de loi 20, adopté cet automne, encadre et légalise désormais les «frais accessoires» pouvant être facturés par les médecins pratiquant en clinique (ex.: frais de médicaments et d’instrumentation, de substances anesthésiques, de stérilet, de matériel pour plâtre, attelle, etc.». Ces frais représentent une facture de 50 millions de dollars par an, laquelle, selon le milieu de la santé, sera refilée aux patients.

La couverture de plusieurs services offerts dans le programme de procréation assistée sera aussi réduite en 2016.

Quant au régime public d’assurance médicament, la prime annuelle maximale à payer lors de la production de la déclaration de revenus passera de 611 à 640 $, entre autres hausses applicables à ce régime.



Ce qui coûtera moins cher

7. Immatriculation et permis de conduire

La Société de l’assurance automobile du Québec baisse ses tarifs à la suite d’une amélioration du bilan routier. Le permis régulier coûtera 9,21 $ de moins et les frais d’immatriculation d’un véhicule de promenade seront réduits de 60,76 $.

Mais attention: l’immatriculation coûtera davantage si votre véhicule est énergivore. L’augmentation varie de 12 à 212 $ selon la capacité de votre moteur (4 à 7 L). S’ajoute une «prime à l’acquisition» lors de l’immatriculation initiale de véhicules énergivores variant de 50 $ pour un 4 L à 200 $ pour un 6 L et plus.

8. Assurance parentale


Parce que le Régime québécois d’assurance parentale profite de surplus, les taux de cotisation diminuent de 2 %. Ainsi, pour un revenu assurable maximal de 71 500 $, un salarié versera 391 $ (0,548 %) et un travailleur autonome 695 $ (0,973 %).



Les dépenses en mode «yoyo»

9. Essence

Étant donné la surabondance de pétrole sur le marché, entre autres facteurs, le prix du carburant à la pompe a plongé en 2014, puis s’est montré instable en 2015. Que réserve 2016 aux automobilistes? L’avenir le dira! À titre indicatif, une hausse de 2 ¢ du prix à la pompe représente 52 $ par an pour une voiture compacte «régulière» si vous faites le plein une fois par semaine.

10. Transport en commun dans la région métropolitaine

Après des hausses successives depuis 10 ans, la Société de transport de Montréal gèle ses tarifs jusqu’en juillet 2016. De son côté, l’Agence métropolitaine de transport (AMT) indexe les siens de 2 %.

Coupez dans le bon gras

«La nourriture étant plus chère, plusieurs familles coupent dans le panier d’épicerie pour équilibrer leur budget, ce qui affecte la qualité de leur alimentation et entraîne des effets sur leur santé», déplore Philippe Viel. Avant de couper dans les aliments sains, souvent plus chers, planifiez vos menus, surveillez les soldes, évitez le gaspillage et consommez moins de viande, désormais dispendieuse.

Renégociez aussi à la baisse vos services de télécommunication (cellulaire, Internet, câble, etc.), d’assurances auto et habitation, ainsi que vos frais bancaires. Au besoin, changez de fournisseur pour bénéficier des promotions offertes aux nouveaux clients.

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