Par Stéphan Dussault et Marie-Josée Boudreau Mise en ligne : 03 mai 2008

Photos de ce dossier: Réjean Poudrette

D'après nos tests, cette fameuse «boule» utilisée pour la lessive a une efficacité comparable à celle de... l'eau. Comment expliquer un tel succès?

Que diriez-vous d’un produit qui rend le linge éclatant, qui est bon pour l’environnement, qu’on remplace une seule fois par année et qui ne coûte que 60 $? C’est ce que propose la Boule Magik. Depuis son lancement, en juin 2007, plus de 35 000 Québécois se sont procuré cette fameuse boule.

Avec des ventes dépassant deux millions de dollars et, selon son distributeur, moins de 10 plaintes de consommateurs, on peut parler d’un succès commercial. Seule petite tache sur ce tableau presque immaculé: faire sa lessive uniquement avec de l’eau donne des résultats similaires à ceux de la Boule Magik. Protégez-Vous a cherché à comprendre ce phénomène de marketing et a analysé les principaux arguments de la publicité de la Boule Magik.

Maman Dion...
Pourquoi tant de Québécois ont acheté la boule? À cause de l’influence de la porte-parole, répond Stéphanie Kennan, présidente de l’agence de publicité Bang Marketing. «Ce produit ne se serait jamais vendu sans Mme Dion, dit-elle. Elle est la femme de maison parfaite. Avec une porte-parole aussi appropriée, on peut vendre n’importe quoi.» C’est d’ailleurs cette même maman Dion qui vantait les vertus d’une poudre de petit-lait censée aider à guérir du VIH et de certains cancers (voir Les grandes ambitions du petit-lait). Et pourquoi autant de clients se disent-ils satisfaits? Probablement parce que peu de gens savent qu’un lavage sans détergent a aussi une certaine efficacité.

«De toute façon, on n’a jamais dit que la Boule Magik battait le Tide», dit Sylvain Leblanc, responsable de la publicité chez FabMark, l’entreprise de Brossard qui distribue la boule au pays. D’ailleurs, M. Leblanc rappelle que, pour les saletés tenaces, le bon vieux chasse-taches est toujours de rigueur. Et que lorsqu’il s’agit de laver les chandails vert gazon de toute une équipe de soccer, ajouter un peu de détergent à lessive donne de meilleurs résultats. En entrevue téléphonique, M. Leblanc concède également que les preuves scientifiques d’efficacité affichées sur son site Web sont «incomplètes». C’est pourquoi il compte en publier de meilleures bientôt.

Gros succès
Les détaillants comme Brunet, Jean Coutu et Zellers n’ont pas attendu de résultats valables avant de mettre la Boule Magik sur leurs tablettes. «On est venu nous voir avec un produit qui avait connu un immense succès en Europe [300 000 ventes en France, selon FabMark] et un plan de marketing solide», se défend Hélène Bisson, directrice des relations publiques du Groupe Jean Coutu. «En plus, nous avons constitué un groupe de discussion et les gens se sont dits satisfaits», ajoute-t-elle.

Une chose est certaine, selon Paul Dion, directeur général de la Fondation maman Dion: «L’entente d’un an entre ma mère et FabMark ne sera pas renouvelée», nous a-t-il dit, avant d’ajouter que «nous avons besoin de gens comme vous pour tester les produits». Alors, la question à 60 $: comment un distributeur qui tapisse le Québec depuis près d’un an de publicités à la télévision, dans les magazines, sur le Publi-Sac et qui avoue ne pas avoir de preuves scientifiques solides que son produit fonctionne peut-il en vendre en toute impunité?

Que fait, par  exemple, le Bureau de la concurrence, un organisme fédéral qui, comme on peut le lire sur son site Web, «fait des enquêtes concernant des pratiques anticoncurrentielles» pour «permettre aux consommateurs de faire des choix éclairés»? «Nous n’avons pas jugé ce cas important à traiter, répond Madeleine Dussault, sous-commissaire adjointe de la concurrence. Nous recevons 15 000 plaintes par an. Nous devons faire des choix.» Il revient donc au citoyen de déterminer quel produit est vraiment «nouveau et amélioré», «lave plus blanc» et «préserve les couleurs».


NOUS AVONS ANALYSÉ CHAQUE ALLÉGATION DANS LES PUBLICITÉS DE BOULE MAGIK:



«Le lavage sans détergent... Du linge propre et éclatant»

Au-delà du charabia pseudo-scientifique qui décrit le fonctionnement de la Boule Magik, la question reste entière: est-elle efficace? C’est ce que nous avons vérifié en utilisant la même méthodologie que pour tester les détergents traditionnels: charge et taches normalisées, plusieurs répétitions et mesures par co­lorimétrie.

Les résultats sont sans équivoque: la Boule Magik est aussi efficace que l’eau seule — qui enlève 30 % des taches — et l’évaluation visuelle ne révèle aucune différence. Sans compter que les tissus standards blancs sont sortis crasseux de la laveuse, car aucun ingrédient n’em­pêche la saleté de se redéposer. Dans notre test de détergents, elle aurait obtenu la cote «Mauvais». Nous avons aussi testé un autre système aux prétentions extraordinaires vendu sur Internet, le Magnetic Laundry System. Verdict: ses résultats sont identiques à ceux de la Boule Magik.

 

De gauche à droite: les résultats avec la Boule Magik, l'eau, et six lavages avec un détergent populaire.


«[...] bien que votre linge ne conservera aucune odeur de parfum une fois lavé, les autres odeurs, elles, auront disparu»
Oui, tout comme l’eau, la Boule Magik a éliminé l’odeur de parfum et presque complètement celles de fumée et de sueur de vêtements qui en étaient exagérément imprégnés.

«Innovation scientifique testée»
Faire des tests, c’est bien beau, encore faut-il qu’ils soient pertinents. Le test présenté sur le site Internet de la Boule Magik ne nous renseigne en rien sur l’efficacité de nettoyage, puisqu’il évalue l’effet antibactérien des billes de céramique qui la composent.

Le site du Magnetic Laundry System, quant à lui, présente un test d’efficacité de nettoyage qui démontre un effet positif, mais sans faire de comparaisons avec d’autres produits ou avec l’eau; par contre, le test de décoloration révèle qu’il n’y a pas plus d’effet sur la couleur que l’eau seule. En somme, on fait de la comparaison sélective!


«En réduisant les détersifs qu’on retourne dans l’eau, un jour, de nouveau, les enfants de ton âge pourront se baigner dans les lacs et rivières, comme dans mon temps.»
Les interdictions de baignade dues à la prolifération des algues bleues auxquelles fait référence maman Dion sont en effet liées à la présence de phosphates. Il faut toutefois rappeler que la concentration de phosphates dans les détergents à lessive est limitée depuis 1972 à 2,2 % et que c’est la dénaturalisation des berges qui est la principale cause de la prolifération des algues bleues.


Conclusion
Si on peut économiser jusqu’à 200 $ de détergent par an en utilisant la Boule Magik ou le Magnetic Laundry System, pourquoi ne pas économiser 60 $ de plus en ne l’achetant pas? En faisant simplement la lessive à l’eau, on obtient des résultats similaires... tout en posant un «geste concret pour l’environnement»!

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