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Par Catherine Crépeau Mise en ligne : 09 octobre 2014  |  Magazine : novembre 2014

Tablette : un jouet comme les autres

Outil ludique et pédagogique, la tablette a désormais sa place dans le coffre à jouets de vos enfants. À la condition de ne pas en abuser.

À deux ans, Alice a déjà compris comment manipuler la tablette numérique de sa mère. Ses petits doigts glissent sur l’écran, faisant défiler les photos de son frère et de sa sœur et sélectionnant sa dernière comptine préférée. Parce que son utilisation est intuitive – il suffit de toucher pour obtenir une rétroaction –, les enfants l’adoptent facilement. Selon une étude sur les effets des médias et de la technologie sur les jeunes utilisateurs, menée en 2013 par l’association américaine à but non lucratif Common Sense Media, 38 % des enfants américains de moins de deux ans utilisent des tablettes ou des téléphones intelligents. Ils étaient 10 % seulement à le faire en 2011.

Au Québec, le nombre de foyers possédant une tablette numérique est passé de 26,5 % en 2013 à 44,7 % cette année, selon le CEFRIO, le Centre facilitant la recherche et l’innovation dans les organisations, à l’aide des technologies de l’information et de la communication. Ce pourcentage grimpe à 63,7 % dans les ménages comptant au moins un enfant. Mais devez-vous pour autant mettre une tablette entre les mains de vos tout-petits ? Pourquoi pas, disent les experts que nous avons rencontrés.

Nuisible ou éducative ?

La tablette étant relativement récente, ses effets sur le développement des enfants n’ont pas été mesurés. Ce n’est toutefois pas une raison pour ne pas l’utiliser, soutient la neuropsychologue Francine Lussier. Elle croit que les applications à vocation éducative et pédagogique, si elles sont bien élaborées, peuvent aider à développer l’imagerie mentale, la mémoire, la créativité et la logique des enfants. Annie Lussier, orthopédagogue et mère de famille, est convaincue que l’utilisation de la tablette a un effet positif chez les jeunes. « Comme rééducatrice, j’ai constaté que mes interventions étaient plus rapides avec la tablette et que j’avais le temps d’aborder davantage de matière dans une séance. J’ai aussi observé plus de motivation de la part de l’enfant », explique-t-elle. À la maison, elle a remarqué que son fils savait additionner et soustraire sans qu’elle le lui ait enseigné. « Pour moi, il est évident qu’il a appris en jouant sur la tablette familiale. »

La tablette offre aussi un espace de création grâce à des applications qui invitent les jeunes à raconter leur été ou à faire une vidéo, souligne Thierry Karsenti, professeur à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche sur les technologies de l’information et de la communication en éducation. Les applications de dessin ou de construction contribuent également à stimuler la créativité. « La première fois que j’ai vu Minecraft, je trouvais le graphique moche, sombre et peu élaboré. Mais j’ai compris que c’était justement pour laisser place à l’imagination de l’enfant », souligne Annie Lussier. L’orthopédagogue remarque que la tablette rend aussi la lecture plus intéressante, particulièrement pour les garçons, qui trouvent en général les livres un peu trop statiques. « Avec la tablette, l’enfant peut cliquer sur un mot, interagir avec le personnage, enregistrer sa voix, donner son opinion puis réécouter l’histoire avec ses nouvelles idées. Ça lui permet de vivre une nouvelle expérience par rapport à la lecture », ajoute-t-elle.

Les spécialistes s’entendent cependant pour dire qu’avant deux ans, la tablette procure peu de bénéfices aux tout-petits. Elle sert surtout à les tenir occupés et à les divertir pendant que papa et maman vaquent à leurs occupations. Entre deux et quatre ans, la tablette peut contribuer à l’éveil de l’enfant au même titre qu’un livre, un jouet ou un jeu de construction. Par la suite, elle peut offrir des jeux éducatifs et des histoires, pourvu qu’il ne s’agisse pas de jeux compulsifs, répétitifs ou qui amènent l’enfant à s’isoler.

Un complément au jouet

La tablette est intéressante, mais doit rester un outil complémentaire aux autres sources de stimulation des enfants, telles que les jouets de manipulation, les jeux de rôle, les livres et les sorties au parc, précisent les spécialistes rencontrés. « Il faut encadrer l’usage de la tablette de façon à trouver un équilibre entre les moments sans technologie, les moments de jeu et les moments où l’enfant fait l’acquisition de connaissances à l’aide d’applications éducatives », souligne Thierry Karsenti. Le professeur est cependant d’avis que la tablette numérique n’est pas une gardienne ; l’accompagnement des parents est essentiel pour maximiser les apprentissages. « Peu importe la qualité de l’application, les enfants ont besoin d’être guidés », dit-il.

Annie Lussier croit elle aussi que c’est aux parents de diriger leurs enfants vers des contenus adaptés et plus intéressants pour eux. Elle-même, par exemple, élimine les applications violentes au profit de celles qui encouragent l’interaction sociale et l’ingéniosité. Elle suggère également de verrouiller la tablette et de ne pas acheter d’applications devant l’enfant, qui pourrait être tenté d’imiter le geste.

Accès limité ?

Pour prévenir le développement des problèmes d’ordre social, il faut limiter le temps de jeu, croit la Dre Francine Lussier. Elle juge toutefois que le nombre d’heures d’utilisation doit être fixé en fonction de l’enfant et de son rapport aux écrans. « Les écrans, comme la tablette, ne sont pas de mauvais outils. C’est dans l’abus que se trouve le danger. Ça se transforme en problème quand la tablette devient le seul contact du jeune avec les gens ou quand elle l’empêche de s’épanouir. » La neuropsychologue conseille de rester à l’affût des signes pouvant présager une surconsommation technologique, tels que l’isolement, l’augmentation de l’agressivité ou l’humeur changeante.

Dans un document publié en 2013, la Société canadienne de pédiatrie déconseille toutes les activités à l’écran (télévision, ordinateur, jeux vidéo, tablette) pour les enfants de moins de deux ans et recommande de limiter le temps d’écran récréatif à un maximum de deux heures par jour pour les enfants d’âge scolaire.

« La tablette a un potentiel incroyable pour faire apprendre davantage de matière et développer les compétences des jeunes », croit Thierry Karsenti, professeur à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche sur les technologies de l’information et de la communication en éducation. Selon lui, si tous les élèves québécois avaient accès à cet outil, la société ferait un bond gigantesque sur le plan de l’apprentissage des jeunes. Il serait même possible de diminuer le décrochage puisque l’utilisation de la tablette en classe entretient leur motivation.

Une enquête réalisée par le professeur Karsenti à l’automne 2012 auprès de 6 057 élèves de la 6e année du primaire à la 4e année du secondaire et auprès de 302 enseignants du Québec a mis en évidence plusieurs avantages de l’iPad en contexte scolaire, parmi lesquels :
• la motivation accrue des élèves ;
• un meilleur accès à l’information ;
• l’annotation de documents PDF facilitée ;
• l’organisation du travail plus aisée ;
• la qualité des présentations réalisées par les élèves et l’enseignant améliorée ;
• la collaboration accrue entre les élèves, puis entre les élèves et l’enseignant ;
• une créativité soutenue ;
• une plus grande variété des ressources présentées (images, vidéos, applications, etc.) ;
• la possibilité d’aller à son rythme pour les élèves ;
• le développement de compétences informatiques chez les élèves et les enseignants ;
• l’expérience de lecture bonifiée.
Ces bénéfices identifiés par les élèves et les enseignants correspondent à ceux que Thierry Karsenti avait relevés dans une revue de 359 textes scientifiques effectuée avant son enquête, à une exception près, note-t-il : les participants de son enquête n’ont pas noté que la tablette leur avait permis d’apprendre plus. Élèves et enseignants ont même dit qu’elle pourrait avoir un impact négatif sur leur apprentissage à cause de la distraction qu’elle représente en classe.

Quand introduire la tablette ?

La tablette aurait sa place dès la maternelle. C’est du moins l’avis des quatre enseignantes qui ont participé au projet pilote du Service national du RÉCIT (RÉseau pour le développement des Compétences par l’Intégration des Technologies) à l’éducation préscolaire, de septembre 2011 à juin 2012. Les trois enseignantes de l’école Père-Marquette (Commission scolaire des Patriotes) et celle de l’école Bois-Joli (Commission scolaire de Saint-Hyacinthe) ont chacune utilisé et mis à la disposition de leurs élèves trois tablettes pour, entre autres, réécouter les histoires travaillées en classe, créer une encyclopédie des dinosaures, photographier et filmer des activités. Résultats : la tablette est intuitive, conviviale et plus facile à utiliser qu’une souris d’ordinateur. Elle intègre dans un seul outil photos, vidéos et musique, et offre aux enfants une rétroaction rapide.

Les enseignantes estiment toutefois que la tablette doit être considérée comme un outil complémentaire d’apprentissage et que les applications doivent être minutieusement choisies afin d’offrir à l’enfant des défis variés suscitant la créativité et la coopération. Ce qui demande du temps et de la formation pour les professeurs, comme le souligne le professeur Karsenti en conclusion de son enquête.

*****

15 minutes par jour, c’est le temps moyen passé par les enfants américains de 0 à 8 ans sur une tablette numérique en 2013. Deux ans plus tôt, ils l’utilisaient pendant 5 minutes seulement. Source : Common Sense Media.

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