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Par Jesse Caron, CAA-Québec Mise en ligne : novembre 2016

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L’alcool et la conduite ne font pas bon ménage, mais pour certains conducteurs, toutes les raisons sont bonnes pour prendre quand même le volant. Voici cinq croyances démythifiées une fois pour toutes.

1. «J’ai bu une bière à l’heure, je suis correct.»

Qui n’a jamais entendu cette affirmation à la fin d’une soirée entre amis? Sachez-le: cette règle a ses limites. D’abord, elle ne fonctionne que pour les personnes qui ont un taux d’élimination de l’alcool largement supérieur à la moyenne. Une consommation type – une bouteille de bière à 5 % d’alcool, un verre de vin de 142 ml (5 oz) ou un verre de spiritueux de 43 ml (1,5 oz) – apporte environ 25 mg d’alcool/100 ml de sang chez un homme de taille moyenne, et 35 mg/100 ml chez une femme de gabarit moyen. Or, la plupart des gens éliminent environ 15 mg/100 ml d’alcool à l’heure (ce taux varie selon la stature et les habitudes de consommation de chacun).

Le calcul est donc simple: après six verres en autant d’heures, un homme montrerait un taux d’alcoolémie d’environ 60 mg/100 ml, ou 0,06. Une femme afficherait le même taux après seulement trois verres en trois heures. Voilà qui s’approche dangereusement du fameux «.08»: un ou deux petits shooters au cours de la soirée, et les jeux seraient faits.

2. «La poutine que j’ai mangée a absorbé tout l’alcool.»

La nourriture n’efface pas l’alcool et n’accélère pas son élimination. Elle en retarde simplement l’absorption! Autrement dit, tout alcool consommé trouvera inévitablement son chemin jusque dans le sang, et il s’éliminera à un taux relativement stable pour une même personne dont les habitudes de consommation changent peu.

Ainsi, avaler un gros souper avant de boire ou s’arrêter au resto du coin en sortant d’un bar ne permet pas de prendre le volant plus vite, même si vous vous sentirez probablement mieux que si vous aviez le ventre vide.

3. «Je bois de la bière légère, ça tape moins.»

Choisir une bière à 4 % d’alcool plutôt qu’à 5 % réduit réellement de 20 % la quantité d’alcool ingéré, tandis que le taux d’élimination, lui, reste le même. Il est donc normal que vous ressentiez moins d’effets lorsque vous consommez de la «légère». Toutefois, vous pouvez facilement vous laisser tenter d’en boire plus et plus vite, ce qui risque d’annuler une partie des «gains» lors de l’élimination. Il vaut mieux ne pas vous fier à cette béquille pour vous permettre de conduire après une soirée.

4. «J’ai pris mon dernier verre il y a deux heures, je me sens prêt.»

Attention: voilà l’une des erreurs les plus faciles à commettre après avoir un peu trop bu. Une fois le pic d’alcoolémie atteint, vous sentez vite que vous commencez à dégriser. En quelque sorte, le cerveau «s’habitue» à votre nouvel état et compense les effets cognitifs de la consommation. Vous avez donc la fausse impression de reprendre assez rapidement vos esprits et toutes vos facultés.

La réalité est tout autre: une fois que le taux d’alcoolémie a dépassé la limite de 80 mg/100 ml (0,08), il met plusieurs heures avant de redescendre à zéro. Les cobayes de notre évaluation d’alcootests ont tous vécu ce phénomène. Après avoir fait grimper leur alcoolémie jusqu’à 140 ou 150 mg/100 ml, les responsables ont cessé de les faire boire à midi. Or, lorsque les participants ont quitté la salle à 18 h, aucun n’était encore revenu à 0 mg/100 ml. Pourtant, tous se seraient sentis à l’aise de conduire à partir de 15 h, parfois plus tôt – et à ce moment, la majorité de nos six participants dépassaient encore la limite légale.

5. «Je suis à 0,06, je peux conduire.»

Théoriquement et légalement, c’est vrai... mais plusieurs conditions s’imposent. Premièrement, l’alcoolémie doit être mesurée avec un appareil fiable et bien calibré (voyez notre évaluation de 10 alcootests). Ensuite, vous devez avoir cessé de boire depuis un moment: le taux d’alcoolémie peut continuer d’augmenter jusqu’à 90 minutes après la dernière gorgée, surtout si vous avez bu vite et que vous avez mangé en même temps. Enfin, rappelez-vous qu’un taux de 60 mg/100 ml (0,06) peut être légal, mais qu’il n’empêche pas les facultés d’être affaiblies, et de manière assez notable.

À l’occasion de notre test, nous avons soumis quatre détenteurs de permis de conduire à une évaluation «en boisson» sur le simulateur de conduite CAA-Québec. Verdict: aucun de nos automobilistes n’aurait songé à prendre le volant à des taux de 80 ou de 120 mg/100 ml (0,08 ou 0,12), et seulement un l’aurait fait à 50 mg/100 ml (0,05). L’expert en éducation routière de CAA-Québec présent sur place, Augustin Boutin, a d’ailleurs observé des faiblesses notables dans la conduite des quatre participants à partir de 50 mg/100 ml (0,05).

Le hic, c’est que vous percevez les effets de l’alcool beaucoup plus clairement dès la première consommation qu’après le sixième verre! En clair, plus la soirée progresse, moins vous percevez les signes de l’ivresse… même si celle-ci s’amplifie, lentement mais sûrement.

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