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Par Julien Amado (journaliste) et Clémence Lamarche (chargée de projets), en partenariat avec la Fondation CAA-Québec Mise en ligne : 23 novembre 2016

Seulement quatre des 10 alcootests que nous avons mis à l’essai ont fourni des mesures semblables à celles de l’appareil témoin de la Sûreté du Québec (SQ) que nous avons utilisé. Vous les procurer n’est cependant pas une si bonne idée.

Les alcootests ayant offert les meilleures performances de notre test sont le MobileBreathalyzer BT-M5 de BACtrack (140 $) et le i Alco Supreme d’Alco Prevention Canada (160 $), qui fonctionnent à l’aide d’une application à télécharger sur son téléphone intelligent, ainsi que l’APC-90 d’Alco Prevention Canada (180 $) et le S80 de BACtrack (170 $), qui possèdent leur propre écran. Ces quatre alcootests sont dotés d’une pile électrochimique, une technologie dont bénéficie également l’éthylotest employé par la SQ.

Si ces produits sont aussi précis que l’appareil de la SQ, pourquoi ne les recommandons-nous pas? D’abord, parce que ces alcootests doivent être calibrés pour bien fonctionner. Dans leur guide d’utilisation, les fabricants recommandent de procéder au calibrage de leur alcootest une fois par année (ou plus en cas d’utilisation intensive). Notre test montre toutefois qu’il est également important d’effectuer cette étape avant le premier usage. Un des alcootests évalués – qui figure parmi les produits les plus fiables de notre test – n’a pas très bien performé lors de notre test préliminaire. Nous l’avons calibré, puis nous avons acheté un deuxième appareil identique. Les deux alcootests ont offert des résultats cohérents et similaires. Le calibrage coûte une cinquantaine de dollars et nécessite que vous envoyiez l’appareil au fabricant ou au distributeur.

De plus, les résultats de tels alcootests ne sont pas admissibles en cour. «Vous ne pouvez les utiliser pour prouver que vous respectiez la limite légale de 80 mg d’alcool par 100 ml de sang [0,08] au moment de votre arrestation», affirme Marco Harrison, directeur de la Fondation CAA-Québec.

Par ailleurs, comme le rappelle Me René Verret, porte-parole du Directeur des poursuites criminelles et pénales du Québec: «Vous pouvez être accusé de conduite avec les capacités affaiblies en vertu du Code criminel même si votre taux d’alcoolémie ne dépasse pas la limite légale. Votre capacité à conduire peut en effet être affectée par la prise d’alcool et de drogue, par exemple. Les médicaments, la fatigue et le stress peuvent aussi amplifier les effets de l’alcool.»

APC-90 d’Alco Prevention Canada (180 $)

S80 de BACtrack (170 $)

Mobile Breathalyzer BT-M5 de BACtrack (140 $)

i Alco Supreme Alco de Prevention Canada (160 $)

Ces quatre appareils ont fourni des mesures semblables à celles de l’éthylotest de la Sûreté du Québec. Cependant, leurs résultats ne sont pas admissibles en cour.

Des résultats inquiétants

D’autres produits évalués ont offert de si piètres performances qu’il s’avère carrément dangereux de les utiliser. Par exemple, le Digital Breath Alcohol Tester vendu sur les sites d’achats groupés Groupon et Tuango (et dont le fabricant est inconnu) est très peu précis, et ses résultats ne sont pas constants d’une utilisation à l’autre. Dans le tiers des cas, l’appareil a sous-estimé de plus de 30 % le taux d’alcool dans le sang de nos volontaires. Par exemple, il a indiqué 50 mg/100 ml (0,05), donc en deçà de la limite légale de 80 mg (0,08), pour un de nos participants qui avait pourtant une alcoolémie de 115 mg/100 ml.

Le Digital Breath Alcohol Tester, vendu 20 $ en ligne sur les sites d’achats groupés Groupon et Tuango, a offert l’une des pires performances de notre test. Impossible de savoir qui est le fabricant de ce produit puisque l’information n’est pas inscrite sur son emballage.

Les résultats des produits jetables que nous avons testés, soit l’Éthylotest à usage unique d’Alcootech Canada (l’un des deux alcootests vendus à la SAQ) et l’Alcograd d’Alco Prevention Canada, sont si mauvais que ces éthylotests sont inutiles. Ils fonctionnent comme suit : vous soufflez dans un petit tube rempli de cristaux censés changer de couleur selon votre taux d’alcoolémie. Or, même en laboratoire, il était difficile d’interpréter les résultats correctement. Imaginez dans un bar, à la fin de la soirée!

Interrogée sur le sujet, la SAQ dit exiger un certificat de conformité du fournisseur du produit qu’elle vend, certificat qui n’a toutefois aucune valeur en cour. «Nous n’avons pas la prétention d’être un détaillant spécialisé dans ce domaine, explique Linda Bouchard, responsable des relations de presse à la SAQ. Nous croyons tout de même qu’il vaut mieux proposer un outil qui, sans être le plus performant sur le marché, agit comme un indicateur qui pourra sensibiliser la clientèle à une consommation responsable.»

L’Éthylotest à usage unique d’Alcootech Canada et l’Alcograd d’Alco Prevention Canada sont des alcootests jetables. Vendus respectivement 4 et 5 $, ils sont faciles à trouver à la SAQ (pour ce qui est du produit d’Alcootech Canada) et dans certaines pharmacies Jean Coutu, Uniprix et Familiprix. Leurs piètres performances rendent toutefois leur achat inutile.

Finalement, nous avons aussi mis à l’essai un alcootest commercial, le AL 4000 d’Alcootech Canada. Cet appareil, que les propriétaires de bars et d’hôtels installent parfois à l’entrée de leur commerce et qui peut être loué lors d’un party ou d’un festival, par exemple, est facile à utiliser. Il vous suffit de payer 2 $ et de souffler à l’intérieur de l’appareil à l’aide d’une paille. Cet appareil n’a pas très bien réussi lors de nos essais. Il a parfois surestimé la quantité d’alcool dans le sang de nos volontaires. Par exemple, l’appareil a indiqué 108 mg/100 ml de sang – donc au-delà de la limite légale de 80 mg – pour un de nos participants qui avait pourtant une alcoolémie de 77 mg.

Vous avez vu cet appareil à l’entrée du bar ou de l’hôtel où vous passez la soirée? Sachez que le AL 4000 d’Alcootech Canada a parfois surestimé la quantité d’alcool dans le sang de nos volontaires, lors de nos essais.

Alcootests évalués : nos résultats complets

* Modèle vendu sur les sites d’achats groupés Groupon et Tuango.
ALCOOTECH CANADA AL 400: le prix indiqué est celui par utilisation (et non pas pour la location de l’appareil).

PRÉCISION 05/12/2016 : Un de nos lecteurs nous a demandé à quoi faisait référence la cote de performance. En fait, elle représente la capacité des appareils à donner des mesures exactes. Quant à la facilité d'utilisation, elle fait référence par exemple au niveau de difficulté rencontré pour souffler correctement dans l'appareil ou encore pour lire le résultat. Par ailleurs, la note globale prend en compte la performance et la facilité d’utilisation mais pas le prix de l’appareil.

L’éthylotest de la SQ : une valeur sûre
 
Pour évaluer la précision des alcootests, nous avons comparé leurs résultats avec ceux obtenus avec un éthylotest de référence, soit l’Alco-Sensor IV RBT-IV, utilisé par la Sûreté du Québec (SQ). Les résultats de cet appareil sont fiables et sont admissibles en cour, à titre de preuve, contrairement à ceux des alcootests personnels que nous avons évalués.
 
Les résultats de l’Alco-Sensor IV RBT-IV sont donc reconnus par la loi et présentent une incertitude maximale de 5 mg d’alcool par 100 ml de sang. Cela signifie que pour un taux d’alcool réel de 100 mg/100 ml, l’appareil peut afficher une valeur comprise entre 95 et 105 mg/100 ml.
 
Cette même incertitude s’applique aux appareils de détection utilisés par les policiers lors d’un contrôle routier. Dans ce cas, toutefois, les éthylotests n’affichent pas un chiffre précis, mais fonctionnent avec un message. L’appareil affiche une mise en garde si la lecture est comprise entre 50 et 100 mg/100 ml, ou avise d’un échec pour toute valeur supérieure à 100 mg/100 ml. 
 
Vous devrez peut-être refaire le test au poste de police même si vous n’avez pas échoué au test du contrôle routier, car le policier peut aussi tenir compte de votre comportement. 

L’épreuve du simulateur de conduite

Vous croyez ne pas avoir trop bu et décidez de prendre le volant? Ce choix n’est pas sans risque et pourrait être fatal pour vous ou pour autrui.

Pour évaluer la capacité des automobilistes à conduire après avoir consommé de l’alcool, nous avons soumis quatre personnes à un test de conduite. Après avoir bu de l’alcool dans un environnement contrôlé jusqu’à atteindre un taux d’alcoolémie de 50 mg/100 ml (0,05), les participants étaient invités à s’asseoir au volant du simulateur de conduite de CAA-Québec.

Tous les conducteurs ont roulé à tour de rôle sur un parcours identique. Avec un taux de 0,05, un seul des participants se sentait capable de conduire. En situation réelle, les trois autres auraient attendu un peu avant de prendre le volant. Aucun des conducteurs n’a eu d’accident, mais les évaluateurs ont toutefois décelé une légère baisse des facultés et quelques imprécisions notamment dans les virages.

À 80 mg/100 ml (soit 0,08, la limite maximale permise), les conducteurs étaient unanimes: ils sentaient que leurs réflexes étaient très affectés par l’alcool. Ils considéraient eux-mêmes qu’ils n’étaient pas en état de conduire. Au volant du simulateur, le temps de réaction des participants était plus long, les freinages, tardifs, et la vitesse de conduite, trop lente ou un peu trop rapide.

Enfin, à 120 mg/100 ml (0,12), tous les participants ont eu de la difficulté à réaliser l’exercice. Leur conduite est devenue imprécise; ils avaient tendance à osciller au lieu de conserver une trajectoire bien droite. Sans même s’en rendre compte, un des participants a presque atteint la vitesse de 130 km/h ! Un autre n’a jamais regardé derrière lui avant de changer de voie, et il y en a même un qui était persuadé d’avoir réalisé tous les changements de direction demandés par le simulateur alors qu’il en avait oublié presque la moitié.

Avis important
 
L’évaluation des alcootests, réalisée par Protégez-Vous en collaboration avec le Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale du ministère de la Sécurité publique du Québec, a été rendue possible grâce à un partenariat avec la Fondation CAA-Québec.
 
Cet exercice a été motivé par le fait que ces appareils sont en vente libre et que leurs résultats ne sont pas admissibles en cour à titre de preuve de respect de la limite légale de 80 mg d’alcool par 100 ml de sang (0,08).
 
En outre, un conducteur de véhicule à moteur peut être accusé de conduite avec les capacités affaiblies en vertu du Code criminel même si son alcoolémie ne dépasse pas la limite légale. En effet, la capacité de conduire peut être affectée par l’effet combiné de l’alcool et d’une drogue. Il ne faut jamais oublier que même si la prise d’autres substances (drogues ou médicaments), la fatigue et le stress ne font pas augmenter le taux d’alcoolémie, ils amplifient ses effets. C’est pourquoi CAA-Québec et Protégez-Vous tiennent à rappeler à tous les conducteurs que lorsqu’on boit, on ne conduit pas.

 

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