Déjà inscrit ou abonné ? Connectez-vous ici

Accédez à cet article gratuitement

Il suffit de vous inscrire à nos infolettres

Vous recevrez maintenant nos infolettres par courriel. Sachez que vous pouvez vous désabonner en tout temps en suivant le lien "Me désabonner" dans le bas d'une infolettre.

D'où viennent les fleurs que vous achetez?

Par Catherine Mainville-M. Mise en ligne : 15 janvier 2014

D ou viennent les fleurs que vous achetez

Il est probable que vous ignoriez tout de l’origine des fleurs que vous achetez et de leurs modes de production. Probable aussi que vous ayez du mal à trouver des fleurs certifiées équitables, qui proviennent de producteurs étrangers assurant de bonnes conditions de travail à leurs employés.

Vos fleurs proviennent probablement d’Amérique centrale, d’Amérique du Sud, d’Afrique ou d’Europe. Quelques-unes auront vu le jour en Ontario, qui fait pousser une grande part des 327 millions de fleurs coupées produites chaque année au Canada.

La concurrence étrangère fait mal aux entrepreneurs québécois, qui, dorénavant, ne sont plus qu’une poignée à produire en serre des fleurs coupées. À ce nombre s’ajoutent quelques entreprises qui en cultivent dans les champs durant la belle saison.

Fleurs coupées: poussée de décroissance

Au Québec, la culture en serre de fleurs coupées a connu de meilleurs jours.

Matin de grisaille à Drummondville. Dans la boutique aux tons de vert de Rose Drummond, il y a plus d’employés que de clients. Rien à voir avec ce qui s’y passe autour de la Saint-Valentin: environ 4 000 clients s’y précipitent alors pour acheter un bouquet de roses, de gerberas ou d’alstroemerias, les trois variétés de fleurs qui, derrière le magasin, poussent dans des serres plus vastes qu’un terrain de football.

Jean-Denis Lampron, propriétaire de l’entreprise, ne porte pourtant pas la fête des amoureux dans son cœur. Cette journée met beaucoup de pression sur l’équipe, parfois pour si peu. «Il suffit d’une tempête de neige pour que les clients ne viennent pas !» dit-il, encore marqué par les intempéries du 14 février 2011. «Le lendemain, on avait dû jeter des milliers de roses…»

Un fiasco difficile à digérer, d’autant plus que pour répondre à la demande suscitée par la Saint-Valentin, Rose Drummond doit importer des roses. Une pratique courante dans la province. «Les deux tiers des fleurs coupées vendues au Québec proviennent désormais de l’étranger», affirme Michel-Antoine Renaud, directeur général de l’Alliance canadienne de l’horticulture ornementale.

Au Québec, les ventes des producteurs en serre sont passées de 11,5 millions de dollars en 1990 à 4,7 millions en 2011, selon Statistique Canada. Or, souligne Louis Dionne, directeur général du Syndicat des producteurs en serre du Québec, les résultats d’un récent sondage révèlent plutôt des ventes faméliques d’environ 500 000 $. Les revenus déclarés, qui pourraient inclure d’autres types de productions, expliqueraient cette différence, précise-t-il.

Des fleurs voyageuses

Les importations de fleurs coupées connaissent un boum depuis les années 1990, en raison de la mondialisation. Les roses, oeillets, lys, chrysanthèmes et fleurs exotiques vendus ici ont pour la plupart poussé sous le soleil de la Colombie et de l’Équateur, mais aussi aux États-Unis – en Californie surtout –, aux Pays-Bas, au Costa Rica, au Pérou, au Chili et en Israël, entre autres.

«Les producteurs canadiens n’ont pas réussi à concurrencer les fermes établies dans les pays ayant un climat propice à la floriculture et qui n’ont pas de serres à éclairer et à chauffer à grands frais», explique Michel-Antoine Renaud, directeur général de l’Alliance canadienne de l’horticulture ornementale. De plus, la main-d’oeuvre y est moins chère, et l’utilisation de pesticides interdits au Canada réduit les coûts de production, et donc le prix des fleurs.

Du coup, les marchands occidentaux se les arrachent…

«Le marché canadien de la floriculture a été transformé par les importations, nuisant particulièrement à l’industrie de la rose», poursuit Michel-Antoine Renaud. Entre 1995 à 2000, ce type de production a chuté de 20 % au pays.

Et la dégringolade continue: de 58 millions de roses en 2000, le Canada n’en produit plus que 10 millions. Au Québec, Rose Drummond est le seul grand producteur de roses, avec ses quelque 40 000 rosiers en serre. Mais ce n’est plus suffisant pour assurer la rentabilité de l’entreprise, qui a dû diversifier ses activités pour joindre les deux bouts. Depuis 2011, la moitié des serres sont réservées à la culture de légumes. L’entreprise a aussi ouvert un café et une boutique de produits du terroir.

Les bas prix ont un coût

Les fleurs que vous offrez pour la Saint-Valentin sont-elles empoisonnées? Pour certaines personnes qui les cueillent, oui. Malheureusement, les travailleurs des fermes floricoles étrangères, celles d’Amérique du Sud notamment, font souvent les frais des méthodes visant à diminuer les coûts de production, rappelle Annick Girard, chargée de projet en éducation pour Équiterre. «Il s’agit d’emplois précaires dépourvus d’avantages sociaux. Les travailleurs gagnent environ un dollar américain pour 12 heures passées dans les champs ou dans les serres.»

La main-d’oeuvre, surtout des femmes et des enfants, est aussi exposée à des pesticides, des fongicides et des engrais chimiques. «Comme ils ne disposent pas d’équipement pour se protéger de ces produits nocifs, les travailleurs s’intoxiquent, explique Annick Girard. La manipulation des fleurs entraîne des problèmes de santé comme des maux de tête, des étourdissements, des maladies sanguines et respiratoires, voire des cancers.» En Équateur notamment, les produits chimiques utilisés polluent les cours d’eau avoisinants, menaçant la santé des populations, affirme le Centre de recherches pour le développement international. Cette contamination affecterait le développement des enfants, entre autres.

Une travailleuse colombienne cueille en moyenne 400 oeillets par jour. Cette quantité double à l’approche de la Saint-Valentin ou de la fête des Mères; la cadence et le nombre d’heures de travail sont alors augmentés. (Source: Oxfam)

Des fleurs voyageuses

Les importations de fleurs coupées connaissent un boum depuis les années 1990, en raison de la mondialisation.

Les roses, oeillets, lys, chrysanthèmes et fleurs exotiques vendus ici ont pour la plupart poussé sous le soleil de la Colombie et de l’Équateur, mais aussi aux États-Unis – en Californie surtout –, aux Pays-Bas, au Costa Rica, au Pérou, au Chili et en Israël, entre autres.

«Les producteurs canadiens n’ont pas réussi à concurrencer les fermes établies dans les pays ayant un climat propice à la floriculture et qui n’ont pas de serres à éclairer et à chauffer à grands frais», explique Michel-Antoine Renaud, directeur général de l’Alliance canadienne de l’horticulture ornementale.

De plus, la main-d’oeuvre y est moins chère, et l’utilisation de pesticides interdits au Canada réduit les coûts de production, et donc le prix des fleurs. Du coup, les marchands occidentaux se les arrachent…

«Le marché canadien de la floriculture a été transformé par les importations, nuisant particulièrement à l’industrie de la rose», poursuit Michel-Antoine Renaud. Entre 1995 à 2000, ce type de production a chuté de 20 % au pays. Et la dégringolade continue: de 58 millions de roses en 2000, le Canada n’en produit plus que 10 millions.

Au Québec, Rose Drummond est le seul grand producteur de roses, avec ses quelque 40 000 rosiers en serre. Mais ce n’est plus suffisant pour assurer la rentabilité de l’entreprise, qui a dû diversifier ses activités pour joindre les deux bouts. Depuis 2011, la moitié des serres sont réservées à la culture de légumes. L’entreprise a aussi ouvert un café et une boutique de produits du terroir.

Fleurs équitables: rares mais abordables

Des producteurs étrangers ont choisi de cultiver des fleurs équitables. Les connaissez-vous?

Vérifications indépendantes à l’appui, ces certifications attestent que les travailleurs bénéficient d’un salaire égal ou supérieur à la moyenne nationale, d’avantages sociaux (soins de santé, services de garde, etc.) et qu’ils ont le droit de former un syndicat. Le travail forcé et le travail des enfants sont habituellement interdits dans les entreprises certifiées, et des normes permettent de diminuer les dangers pour la santé des travailleurs.

Au Québec, vous pouvez trouver des fleurs certifiées Fairtrade, Rainforest Alliance, Veriflora et Florverde. Reste que dix ans après leur arrivée, elles ne fleurissent qu’une vingtaine de commerces dans la province, selon Annick Girard, chargée de projet en éducation pour Équiterre.

Pourquoi si peu? Les consommateurs ignorent souvent l’existence des fleurs équitables et, par conséquent, ne les recherchent pas en magasin, croit Louise Gadoury, coordonnatrice marketing chez Sierra Flower, une entreprise montréalaise qui importe des fleurs coupées, dont 40 % sont équitables. Ces «écofleurs» sont vendues sous la marque Sierra Eco.

Peu de différence de prix

Les fleurs équitables, qui manquent de visibilité, souffrent aussi du silence des fleuristes, même de ceux qui sont pourtant favorables à la cause.

Au Marché aux fleurs à Saint-Bruno, entre 85 et 90 % des fleurs sont certifiées équitables. Or, la propriétaire Marie Brunelle, qui en offre depuis le début des années 2000, a cessé d’en faire la promotion. «Pour nous, vendre équitable est simplement devenu une habitude.»

À la Boîte à fleurs de Laval, où près de 90 % des fleurs sont équitables, les logos de certification brillent aussi par leur absence. «Nous l’affichions davantage au début, mais nous avons arrêté car la clientèle est désormais au courant», explique Stéphanie Joly, responsable de la division fleuriste.

Par ailleurs, les fleurs équitables demeurent difficiles à distinguer. Sierra Flower a étudié la possibilité d’étiqueter chacune d’elles pour faciliter leur repérage, puis a rejeté cette option, jugée trop coûteuse. Seuls les bouquets Fairtrade portent le logo de cet organisme international.

Ainsi, la meilleure façon de trouver des fleurs équitables est d’en discuter avec votre fleuriste, qui en tient peut-être sans s’en vanter.

Notez que les fleurs équitables, dont celles certifiées Fairtrade, peuvent être un peu plus chères, puisque l’importateur verse une prime au producteur. «Mais pour 80 % des écofleurs Sierra Eco, le prix est le même, affirme Louise Gadoury. Sinon, c’est un maximum de 10 à 15 % de plus.» Un écart infime, croit Annick Girard, qui estime normal de payer plus pour que les travailleurs et les producteurs soient rémunérés à juste prix.

Rien n'est parfait

Certifiée équitable ou non, toute fleur importée fait un long voyage avant d’atterrir dans votre vase: transportées par avion jusqu’au Canada ou aux États-Unis, elles poursuivent leur chemin en camion jusqu’ici. Ce périple génère beaucoup de gaz à effet de serre (CO2), une des sources du réchauffement climatique.

Moins «polluantes», les fleurs d’ici demeurent toutefois énergivores, car les serres nécessitent d’être chauffées et éclairées. Et si l’utilisation de produits chimiques est moindre au Québec, elle n’est pas nulle. Heureusement, environ 90 % des producteurs en serre misent désormais sur les produits biologiques pour contrer les insectes nuisibles, selon Michel-Antoine Renaud, directeur général de l’Alliance canadienne de l’horticulture ornementale.

CORRECTION: une correction a été apportée à la suite du commentaire d'une lectrice nous apprenant l'existence de l'entreprise La marchande de roses, située dans les Laurentides. Celle-ci cultive des roses en serre durant toute l'année. La version précédente du texte affirmait qu'«au Québec, seule Rose Drummond cultive encore des roses de serre». Au cours de notre recherche, deux organismes représentant l'industrie nous avaient indiqué que Rose Drummond était le dernier producteur de roses en serre dans la province, soit le Syndicat des producteurs en serre du Québec et l'Alliance canadienne de l’horticulture ornementale. Avec ses quelque 40 000 rosiers et une production annuelle de 500 000 à 700 000 roses, Rose Drummond est le dernier grand producteur au Québec. Des producteurs plus petits peuvent toutefois exister ailleurs dans la province, mais il n'a pas été possible de les répertorier.

Ajouter aux favoris
Ajouter aux favoris

Pour suivre toutes les mises à jour et nouveautés sur cet article, vous devez être connecté.

Argent

Commentaires 12 Masquer

L'envoi de commentaires est un privilège réservé à nos abonnés.

  • Par Jacques Poulin | 12 février 2015

    Considérant les surplus d'électricité du et les tarfications préférentièles comme celles accordées à certaines grandes allumineries, je proposerais ceci:
    Un tarif préférentiel d'électricité pour les producteurs en serres de fruits ,de légumes ou de fleurs du Québec afin d'augmenter notre autonomie alimentaire . Ce type de production est très énergivore et nous ne pourrons jamais envisager (avec la température que nous connaissons) de compétitionner avec les producteurs de tomate du Mexique à moins d'alléger le fardeau énergétique de nos producteurs locaux. En fait se servir de notre hydroélectricité pour compenser notre manque d'ensoleillement....Non ?

  • Par DIANE Croteau | 24 septembre 2015

    Il n'y a pas que Rose Drummond qui cultive des roses en serre au Québec. Il y encore moi, La Marchande de roses, aidée de mon précieux conjoint.
    Mes serres sont à Lantier, dans les Laurentides. Deux serres jumelées qui abritent 1 500 rosiers qui produisent des roses 12 mois par année.
    C'est la qualité de nos roses qui nous permet tout de même de survivre. Les roses du sud sont rarement parfumées et n'ouvrent pratiquement jamais.
    La plupart des nôtres, au contraire, sont parfumées et ouvrent complètement avant de terminer leur vie.
    De plus, nous avons un grand respect pour l'environnement et aucun produit chimique n'est utilisé pour la culture.
    Malheureusement, le coût du chauffage qui n'arrête pas d'augmenter d'année en année devient un sérieux handicap à la survie de notre entreprise.
    La marchande de roses des Laurentides

    Par DIANE Croteau | 06 mars 2014

    Aucun marchand ne distribue mes roses. Nous faisons la livraison, lorsque la distance le permet.
    819- 324-0346

  • Par gilles boucher | 24 septembre 2015

    je préfère de loin encouragé les producteurs d'ici quitte a payé un peu plus cher

  • Par ANGELE MARINEAU | 12 février 2015

    Chez quel marchand etes vous distribué?
    Bravo

  • Par PIERRE GUÉRIN | 11 février 2014

    En quoi cesser d'acheter des fleurs produites par ces travailleurs étrangers les aidera-t-il? Ne doit-on pas présumer que s'ils acceptent ces conditions de travail, c'est parce que ce sont les meilleures qui leur sont accessibles? Ne doit-on pas présumer que plein d'autres personnes vivant dans des conditions encore pires accepteraient volontiers de remplacer ces travailleurs aux mêmes conditions de travail?
    Si c'est la lutte aux mauvaises conditions de vie qui importe, ne serait-il pas plus logique de commencer par s'attaquer aux pires plutôt que de simplement condamner les un peu moins pires et de proposer des actions ne pouvant que les empirer?
    Si c'est plutôt la lutte contre la concurrence étrangère qui vous importe, suggérer de ne pas acheter de fleurs importées est évidemment une bonne idée.

    Par DIANE Croteau | 21 février 2014

    Votre commentaire est très pertinent, mais si Personne ne fait rien, il n'y aura jamais de changement !
    Il est vrai que Protégé-Vous attaque 2 volets en même temps.
    Le premier, si les gens s'opposent à l'achat de fleurs cultivées dans des conditions aussi déplorables pour les travailleurs qui les cultivent, les propriétaires de ces entreprises se verront certainement obligés d'améliorer leur sort.
    Et le deuxième suivra au premier, ce qui améliorera le sort, financier, naturellement, des producteurs d'ici.