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Nouveaux arrivants et finances : guide de survie

Par Mise en ligne : 16 mai 2018  |  Magazine : juin 2018

Ouvrir un compte bancaire, apprivoiser le crédit, acheter une maison, planifier sa retraite, faire ses impôts… voilà bien des défis auxquels font face les nouveaux arrivants. Besoin d’un coup de pouce? Suivez le guide.

Des taux d'intérêt de 20 % sur une carte de crédit ? Ana Auguste ne savait même pas que ça existait quand elle a quitté sa France natale pour venir s’installer au Québec, en 2009. « Je ne voulais pas de carte de crédit, raconte-t-elle. Mais comme on me demandait partout mon historique de crédit [voyez « Votre dossier de bon payeur »], je n’ai plus eu le choix. »

Parce qu’elle en comprenait mal le fonctionnement, de fil en aiguille, elle s’est retrouvée avec un solde de 20 000 $. Même les paiements minimaux la prenaient à la gorge. La mort dans l’âme, elle a dû déposer une proposition de consommateur [les mots en gras sont expliqués dans le lexique]. La jeune femme est aujourd’hui tirée d’affaire, mais elle déplore le manque d’information dans ce domaine. « Je suis entrée dans le système sans savoir le gérer et cela a été la catastrophe », conclut-elle.

Selon Statistique Canada, le Québec accueille en moyenne 50 000 immigrants chaque année, venus principalement de France, d’Haïti, d’Algérie, du Maroc et de Chine. Et comme, d’un pays à l’autre, les pratiques financières varient presque autant que celles entourant la gastronomie, l’acclimatation peut être difficile. André Lacasse, planificateur financier et conseiller en sécurité financière pour Services financiers Lacasse, donne l’exemple de clients originaires d’Afrique de l’Ouest, pour qui le principe d’épargne-retraite est un non-sens. « Dans leur culture, ce sont les enfants qui, une fois adultes, subviennent aux besoins de leurs parents âgés », dit-il.

Vous êtes nouvellement établi au Québec et tentez d’apprivoiser le monde des comptes bancaires, des cartes de crédit, de l’épargne, de la fiscalité, de l’immobilier et de la retraite ? Protégez-Vous a concocté ce dossier pour vous épauler dans vos démarches.

OUVRIR UN COMPTE BANCAIRE

Comme nouvel arrivant, vous n’aurez aucun problème à ouvrir un compte, que ce soit dans une banque ou une caisse Desjardins. La plupart des institutions s’emploient à faciliter vos démarches avant même votre arrivée au pays.

Chez Desjardins, par exemple, une équipe se concentre exclusivement sur l’accompagnement des immigrants. « Ceux-ci peuvent ouvrir un compte depuis leur pays d’origine », dit Pierre-Franck Honorin, directeur pour la clientèle des nouveaux arrivants. Desjardins présente aussi, sous forme d’ateliers et de conférences, les notions de base en matière de transactions financières, comme les différents comptes bancaires, les notions de débit et de crédit, etc.

Sur le site de RBC Banque Royale, une section « nouveaux arrivants » permet aussi aux étrangers de faire une première demande d’ouverture de compte à partir de leur pays d’origine. « Nous contactons ensuite la personne par courriel ou par téléphone pour finaliser le tout, explique Anick Dionne, conseillère experte en services bancaires et en services destinés aux non-résidents à cette institution financière. La RBC offre ses services dans plus de 200 langues et accompagne ses nouveaux clients dans leur apprentissage du système bancaire canadien. »

C’est que certains aspects de ce système peuvent en désarçonner plusieurs. « Beaucoup de nouveaux arrivants sont surpris que des dépôts puissent être gelés pendant quelques jours, ou que la gestion d’un compte engendre des frais », souligne Isabelle Dauphin, conseillère budgétaire à l’ACEF de l’Est de Montréal.

Pour procéder à l’ouverture d’un compte, la plupart des institutions ne réclament qu’une pièce d’identité (passeport ou permis de conduire délivré au Québec) et une preuve de résidence permanente, ou alors la preuve que la démarche est en cours. Il n’est pas nécessaire d’avoir un emploi ni même d’effectuer un dépôt – sauf dans le cas des caisses populaires Desjardins, où il faut verser une part sociale de 5 $. Certaines institutions, comme la Banque Nationale, RBC Banque Royale et Desjardins, proposent même des comptes exempts de frais de gestion pendant quelques mois.

Choisir le bon compte

Pour déterminer quel produit répondra à vos besoins, l’Agence de la consommation en matière financière du Canada a mis sur pied un outil qui permet de comparer les caractéristiques de divers comptes. Vous pouvez en faire l’essai sur son site.

Lexique

Courtier hypothécaire: professionnel qui vous aide à analyser votre situation financière et trouve le prêt hypothécaire le mieux adapté à vos besoins. Il agit en tant qu’intermédiaire entre vous et le prêteur, par exemple une institution financière.

Mise de fonds: portion du prix d’achat d’une propriété (maison, duplex, etc.) qui provient de vos économies. Plus elle est importante, moins le prêt à contracter sera élevé.

Prêt hypothécaire: type de prêt utilisé pour acheter une propriété.

Proposition de consommateur: processus légal supervisé par le Bureau du surintendant des faillites, un organisme fédéral, et pour lequel vous devez consulter un syndic autorisé en insolvabilité. Ce dernier propose à vos créanciers le remboursement d’une partie de vos dettes seulement, qu’il évaluera en fonction de votre capacité à payer.

Syndic autorisé en insolvabilité: professionnel autorisé à administrer les procédures d’insolvabilité réglementées par le gouvernement (propositions de consommateur, faillites, etc.) qui peuvent vous libérer de vos dettes.

Sources : Agence de la consommation en matière financière du Canada, Association professionnelle des notaires du Québec, Bureau du surintendant des faillites, Organisme d’autoréglementation du courtage immobilier du Québec.

APPRIVOISER LA CARTE DE CRÉDIT

Débit ? Crédit ? La différence n’est pas toujours facile à saisir pour les nouveaux arrivants. Une nuance de taille, pourtant… Dans de nombreuses cultures, le crédit est considéré avec méfiance. « Les cartes de crédit telles qu’on les retrouve ici n’existent pas en France, dit Jeffrey Cognard, qui est arrivé au Québec en 2014. Là-bas, le débit sur le compte bancaire est immédiat ou différé de quelques jours. » À Cuba non plus, la carte de crédit n’existe pas, raconte Yansulier Garcia, qui vit au Québec depuis 2013. « Ici, elle est indispensable pour effectuer des achats sur Internet ou louer une voiture, par exemple. J’en ai donc obtenu une, mais je m’en sers très rarement. Cet argent ne m’appartient pas ! »

Le premier défi pour tout nouvel arrivant consiste à comprendre le fonctionnement du crédit pour garder le contrôle sur ses finances, estime Delphine Folliet, directrice générale de l’organisme Immigrant Québec. « Les taux d’intérêt liés aux cartes de crédit sont très élevés [jusqu’à 20 % pour les cartes conventionnelles ; plus encore pour celles des magasins], dit-elle. On peut rapidement se retrouver dans une situation très délicate. »

Les dérapages sont faciles et nombreux, ajoute Fouad Zerhouni. Directeur général et fondateur du Mouvement fraternité multi-ethnique, un organisme communautaire de l’arrondissement de Saint-Léonard, à Montréal, il voit régulièrement des immigrants piégés dans la spirale de l’endettement. « Plusieurs d’entre eux en viennent à considérer qu’ils sont pris pour des vaches à lait dans ce système, qu’il s’agit là d’une forme d’esclavage moderne », témoigne-t-il.

En matière de crédit, comment faire les bons choix, alors ? Tout passe par la littératie financière, estime Sussy Galvez. Économiste originaire du Pérou, elle est aujourd’hui planificatrice financière auprès d’une institution financière québécoise et donne des ateliers sur la planification de la retraite au Cégep Marie-Victorin. Elle conseille aux nouveaux arrivants de se renseigner auprès d’organismes neutres, comme une ACEF ou l’Autorité des marchés financiers (voyez l’encadré sur les ressources web), pour bien saisir les enjeux. « Préparez ensuite une liste de questions pointues sur les taux d’intérêt des cartes de crédit et sur les différents véhicules d’épargne-retraite, et posez-les au conseiller de votre institution financière », suggère-t-elle.

Choisir la bonne carte de crédit

Notre comparateur de cartes de crédit  vous permet d’étudier les produits offerts par Visa, MasterCard et American Express de plusieurs banques afin de choisir la carte qui correspond à votre profil

- Les taux d’intérêt liés aux cartes de crédit sont très élevés [jusqu’à 20 % pour les cartes conventionnelles ; plus encore pour celles des magasins]. On peut rapidement se retrouver dans une situation très délicate. » - Delphine Folliet, directrice générale de l’organisme Immigrant Québec

ACHETER UN CONDO OU UNE MAISON

Une fois que les immigrants se sont familiarisés avec leur nouvel environnement, l’achat d’une maison ou d’une copropriété  devient rapidement une priorité pour beaucoup d’entre eux. Arrivée du Liban avec mari et enfants en 2014, Josiane Hajjar a acheté une maison en banlieue de Montréal deux ans plus tard. « Mon conjoint et moi avions un emploi et disposions d’une mise de fonds, dit-elle. Nous avons obtenu un prêt hypothécaire assez facilement. Maintenant, l’objectif, c’est de le payer ! »

Vous êtes en attente de votre résidence permanente (ou en voie de l’obtenir) ? Vous pouvez accéder à la propriété même si vous n’avez pas d’antécédents de crédit ici. « Pour valider la solvabilité de l’emprunteur, l’institution financière se base sur l’historique des 12 derniers mois de paiement du loyer et d’autres obligations, comme les factures d’électricité ou de câblodistribution », explique Ramzi Haddad, conseiller hypothécaire aux Centres hypothécaires Dominion.

Plusieurs programmes destinés aux nouveaux arrivants peuvent vous aider à contracter un prêt hypothécaire qui sera assuré par Genworth Canada ou la Société canadienne d’hypothèques et de logement. La mise de fonds minimale exigée varie de 5 à 10 % pour une maison unifamiliale ou un duplex, et elle est de 10 % pour un triplex ou un quadruplex. Vous pouvez vous prévaloir de ces programmes si vous avez immigré au Canada depuis un an au minimum et 60 mois au maximum, et si vous travaillez au pays depuis au moins trois mois. Néanmoins, rappelez-vous que les règles hypothécaires ont été resserrées au cours des derniers mois, et qu’il faudra vous soumettre à un test de simulation de crise pour évaluer votre capacité de remboursement advenant une hausse des taux d’intérêt.

Toutes les institutions bancaires ne proposent pas ces programmes, et un courtier hypothécaire demeurera votre meilleur allié, non seulement pour dénicher celles qui les offrent, mais pour vous accompagner tout au long de votre démarche d’accès à la propriété. « Pour chaque client, nous établissons un plan d’action qui lui permettra, à terme, d’acquérir un logement, dit Ramzi Haddad. Nous lui offrons des conseils sur les meilleures façons d’épargner la mise de fonds nécessaire ou de se préqualifier pour un prêt, par exemple. »

Reste que le système de prêt hypothécaire canadien en surprend plus d’un. En France, d’où il est arrivé en janvier 2015, notre collègue Nacer Temimi aurait pu contracter un prêt sur 25 ans, lui assurant une mensualité identique pour toute la durée d’amortissement. Bien pratique pour planifier un budget… Or, ce n’est pas le cas au Canada, où vous devez renégocier à la fin de chaque terme de votre contrat, qui peut s’étirer d’un à 10 ans. « Au Québec, la fluctuation des taux d’intérêt a un effet direct sur les mensualités, constate Nacer Temimi. On ne sait jamais à l’avance ce que l’on va devoir payer. »

Êtes-vous admissible à un prêt hypothécaire?

Pour le savoir, l’Agence de la consommation en matière financière du Canada propose un outil pour vous aider à déterminer si vous vous qualifierez pour un prêt, d’après votre revenu et vos dépenses .

Des immigrants qui sont arrivés de 2006 à 2015 et qui étaient présents au Québec en janvier 2017 se sont établis dans la région métropolitaine de Montréal.
Source : Présence et portraits régionaux des personnes immigrantes admises au Québec de 2006 à 2015, ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, novembre 2017.

PENSER À LA RETRAITE

- Les rentes gouvernementales

Les retraités canadiens ont droit à une rente de chacun des deux ordres de gouvernement. Au provincial, le Régime de rentes du Québec (RRQ) est un régime d’assurance public et obligatoire, qui assure une protection financière de base à la retraite. Tout travailleur québécois y cotise dès que ses revenus dépassent 3 500 $ par an.

« Le travailleur sera admissible à une rente s’il a cotisé au moins un an au RRQ, explique Frédéric Lizotte, porte-parole de Retraite Québec. Le montant est calculé en fonction de ses revenus de travail inscrits ainsi que de l’âge auquel il commence à la percevoir. »

Il est possible de demander votre rente auprès de Retraite Québec à partir de 60 ans. Mais comme des pénalités s’appliquent lorsque vous la réclamez avant 65 ans, il pourrait être préférable de patienter jusqu’à cet âge. Tout dépend de votre situation. Consulter un conseiller en services financiers peut vous aider à prendre les bonnes décisions. « Inversement, la rente sera bonifiée si vous la percevez après 65 ans », indique Yves Gratton, conseiller en sécurité financière indépendant. Par ailleurs, si vous avez travaillé dans un autre pays, vous pourriez recevoir une pension issue du régime étranger (voyez « Vos deux pays [d’origine et d’adoption] s’entendent-ils ? »).

Au fédéral, quiconque a cotisé durant sa vie active peut toucher une pension de la Sécurité de la vieillesse (SV) à partir de 65 ans. Ce programme ne s’applique qu’aux personnes qui ont vécu au Canada pendant 10 ans (consécutifs ou non) après l’âge de 18 ans. Sachez que vous pouvez remettre à plus tard le versement de votre pension (jusqu’à vos 70 ans maximum). Vous recevrez alors un montant plus élevé de 0,6 % pour chaque mois où vous l’aurez reporté. Enfin, les Canadiens à faible revenu – le seuil maximal est établi annuellement, et il est d’environ 17 800 $ en 2018, excluant la pension de la SV – peuvent également prétendre au Supplément de revenu garanti (SRG), un montant non imposable (contrairement aux deux autres rentes).

« Les rentes gouvernementales sont toutes indexées ; leur montant augmente donc progressivement au fil des ans. L’indexation varie de à 1 à 2 % et peut être ajustée chaque trimestre », souligne Yves Gratton. Pour une personne célibataire qui a pris sa retraite à 65 ans, par exemple, le montant mensuel maximal de la rente du RRQ est de 1 134,17 $ en 2018. Celui de la SV s’élève à 874,48 $ et celui du SRG, à 233,22 $.

- L’épargne retraite personnelle

Les rentes ne représenteront qu’une proportion des revenus gagnés durant la vie active. Mieux vaut prévoir des placements  qui vous permettront de compenser le manque à gagner. Le régime enregistré d’épargne-retraite (REER) et le compte d’épargne libre d’impôt (CELI) ont été créés à cette fin. Le REER permet de déduire de vos revenus le montant de votre cotisation. Vous ne paierez l’impôt sur ce montant qu’au moment du retrait. D’ici là, les montants accumulés et les rendements fructifieront à l’abri de l’impôt. Le CELI, quant à lui, est un compte d’épargne dont les intérêts que vous en tirez ne sont pas imposables.

Consultez un conseiller pour savoir quel outil est le plus approprié à votre situation et de quelle façon procéder pour le retrait. Une fois que c’est fait, la meilleure stratégie pour économiser est de participer au programme REER de votre employeur (si l’option est offerte). Votre cotisation sera prélevée directement sur chacune de vos paies et l’économie d’impôt, appliquée à mesure. Sinon, dès que vous avez un emploi et que votre situation financière est stabilisée, optez pour des virements mensuels automatiques vers un REER ou un CELI à partir de votre compte bancaire.

Un bon conseil pour économiser sans (trop) vous priver : établissez un budget et tenez-vous-y. Une fois les factures payées, ce qui reste pourra être mis de côté pour constituer un fonds d’urgence, puis être épargné en vue de la réalisation d’un projet (comme l’achat d’une maison) ou de la planification de la retraite.

Choisir un REER ou un CELI

Pour bien saisir les différences entre les deux et connaître les avantages de chacun, voyez la courte vidéo préparée par Protégez-Vous.

Votre dossier de bon payeur

Sans historique de crédit, il vous sera très difficile d’obtenir un prêt personnel, un prêt auto ou une marge de crédit. Cet historique repose sur votre dossier de crédit, qui est un résumé de vos antécédents dans ce domaine, compilé par les deux principales agences au Canada : Equifax et TransUnion.

Votre dossier regroupe toutes les informations qui ont été transmises à ces agences par les prêteurs et créanciers (émetteurs de cartes de crédit, institutions financières, etc.) : les sommes dues, le respect des échéances, les retards de paiement et chèques sans provision, les faillites et propositions de consommateur, etc. Ces données servent à établir votre cote de crédit (calculée selon une formule mathématique), qui reflète votre conduite en tant qu’utilisateur du crédit. Pour établir votre solvabilité, les prêteurs et les institutions financières consulteront votre dossier avant de vous consentir un prêt.

Mais comment constituer ce précieux historique si vous venez d’arriver au Canada ? Pierre Fortin, syndic autorisé en insolvabilité et président de Jean Fortin Réorganisation financière, suggère de procéder par étapes. « Commencez par demander une carte de crédit avec une petite limite – de 1 500 à 2 000 $ au maximum –, qui sera généralement octroyée sans difficulté. Utilisez-la comme instrument de paiement et remboursez la totalité du solde chaque mois, afin d’apprivoiser la notion de crédit et d’éviter l’endettement », conseille-t-il. Le but est de démontrer que vous êtes un emprunteur responsable et fiable.

PAYER VOS IMPÔTS : VOTRE DEVOIR

Plusieurs immigrants interviewés pour les besoins de ce dossier estiment que les régimes fiscaux québécois et canadien sont relativement simples. Jeffrey Cognard, par exemple, prépare ses déclarations de revenus lui-même avec un logiciel d’impôts. « C’est assez facile, dit-il. Comme je suis salarié, l’impôt et les cotisations sont prélevés directement de mon chèque de paie. Ça évite les mauvaises surprises. »

Mais si vous venez d’arriver, il ne sera peut-être pas si aisé d’apprivoiser le système de la double déclaration de revenus du Québec et du Canada. C’est la raison pour laquelle de nombreux nouveaux immigrants préfèrent recourir aux services d’un comptable.

La règle de base : pour chaque année financière, vous devez, au plus tard le 30 avril qui suit, produire une déclaration de revenus auprès du gouvernement fédéral et une autre auprès du gouvernement provincial, et ce, même si vous n’avez été présent au pays que durant une partie de l’année considérée, et même si vous n’avez pas travaillé.

Vos deux pays (d’origine et d’adoption) s’entendent-ils ?

Le Canada et le Québec ont conclu des accords sur la fiscalité ou la retraite avec de nombreux pays : c’est le cas, entre autres, avec l’Allemagne, l’Autriche, la Slovaquie, la Barbade et la France. En vertu des ententes de sécurité sociale, par exemple, vous pouvez recevoir ici une rente de retraite d’un autre pays si vous avez travaillé et cotisé à l’étranger. C’est le Bureau des ententes de sécurité sociale de Retraite Québec qui gère ce type de dossiers. Et, bonne nouvelle, une pension ou une rente payée par un pays étranger ne réduit en rien celle versée par le Régime de rentes du Québec.

Quant aux ententes fiscales, elles visent à éviter qu’un même revenu soit imposé deux fois, en plus de lutter contre l’évasion fiscale. Le Canada en a conclu avec plusieurs pays, dont le Royaume-Uni, Israël et la Belgique.

Ententes conclues entre le Québec et d'autres pays
Ententes fiscales conclues entre le Canada et d'autres pays
Entente conclue entre le Québec et la France

immigrants sur les 496 490 admis de 2006 à 2015 étaient encore présents au Québec en janvier 2017, ce qui correspond à un taux de présence de 74,2 %.
Source : Présence et portraits régionaux des personnes immigrantes admises au Québec de 2006 à 2015, ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, novembre 2017.

PERCEVOIR CRÉDITS, DÉDUCTIONS ET ALLOCATIONS : VOTRE DROIT

« Tout nouvel arrivant doit envoyer sa déclaration, qu’il ait ou non de l’impôt à payer, mais aussi s’il a droit à un remboursement ou à certains crédits sociaux ou fiscaux, comme le crédit pour la TPS [taxe sur les produits et services] ou le crédit d’impôt pour solidarité », explique le fiscaliste Jean-René Sénéchal, associé à l’emploi de Barricad Fiscalistes. Vous aurez droit aux mêmes crédits et déductions que tous les Canadiens, mais certains d’entre eux – notamment le montant personnel de base – varient selon le temps passé au pays pendant l’année financière.

Un crédit d’impôt remboursable, par exemple pour frais de garde ou pour solidarité, est un montant qui peut vous être octroyé même si vous n’avez pas d’impôt à payer. Un crédit d’impôt non remboursable (frais médicaux, frais de scolarité, dons…) correspond à un montant qui réduit l’impôt que vous avez à payer. La déduction fiscale (pour REER, pour dépenses d’emploi, etc.), quant à elle, est une somme soustraite du revenu, avant le calcul de l’impôt.

Vous vous installez ici en famille ? Vous pouvez alors percevoir l’Allocation canadienne pour enfants. Pour ce faire, vous devez remplir aussitôt que possible le formulaire RC66, que vous trouverez sur le site de l’Agence du revenu du Canada. Le Soutien aux enfants accordé par le Québec doit quant à lui être demandé en remplissant le formulaire LPF-800, accessible en ligne sur le site de Retraite Québec. Le montant de ces prestations est calculé en fonction de vos revenus déclarés dans la déclaration d’impôts de l’année précédente et, le cas échéant, dans celle réalisée dans le pays d’accueil.

- «Tout nouvel arrivant doit envoyer sa déclaration, qu’il ait ou non de l’impôt à payer, mais aussi s’il a droit à un remboursement ou à certains crédits sociaux ou fiscaux, comme le crédit pour la TPS [taxe sur les produits et services] ou le crédit d’impôt pour solidarité. » - Jean-René Sénéchal, fiscaliste et associé à Barricad Fiscalistes

Selon Statistique Canada, le Québec accueille en moyenne 50 000 immigrants chaque année, venus principalement de France, d’Haïti, d’Algérie, du Maroc et de Chine. Et comme, d’un pays à l’autre, les pratiques financières varient presque autant que celles entourant la gastronomie, l’acclimatation peut être difficile.

VOS REVENUS ET VOS BIENS À L’ÉTRANGER

La fiscaliste Chantale Couture, de chez Tremblay Guertin CPA, explique qu’il est obligatoire de déclarer tous vos revenus, qu’ils soient de source canadienne ou étrangère. Une partie ou la totalité de ceux qui sont issus d’un autre pays pourrait toutefois être exonérée de l’impôt canadien, en vertu de la convention fiscale signée avec le pays d’origine (voyez l’encadré sur les conventions fiscales internationales).

De plus, si vous détenez des biens à l’étranger – immeubles, placements, etc. – dont la valeur est supérieure à 100 000 $, il vous faudra également produire chaque année, au moment de remplir votre déclaration de revenus, un Bilan de vérification du revenu étranger (formulaire T1135, accessible sur le site de l’Agence du revenu du Canada). « Une résidence détenue dans son pays d’origine, mais dont on ne tire pas de revenus, sera toutefois exclue du bilan », précise Chantale Couture.

D'autres ressources pour vous aider

Voici quelques liens incontournables pour partir du bon pied en matière financière au Canada et au Québec.

L’Autorité des marchés financiers
L’Autorité a élaboré plusieurs guides particulièrement utiles, dont L’essentiel des finances personnelles – Programme pour nouveaux arrivants au Québec. Institutions financières, crédit, assurances, budget, investissement : l’essentiel y est ! Consultez aussi Gérer ma première carte de crédit ou encore 99 trucs pour économiser sans trop se priver. Tous ces outils, et plusieurs autres, se trouvent dans la section des publications destinées au grand public sur le site web de l’organisme.

L’Agence du revenu du Canada
Sur son site, vous trouverez des capsules et des vidéos pour vous guider lors de votre première déclaration de revenus.

Revenu Québec
Vous pouvez télécharger en ligne une brochure  qui dresse un portrait général des obligations fiscales des nouveaux arrivants au Québec.

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