Les gouvernements de plusieurs pays ont Facebook et Google à l’œil, alors que les usagers manifestent de plus en plus leur mécontentement.
En décembre dernier, Facebook a invité ses usagers à ouvrir leur profil au monde entier, rendant certaines informations publiques par défaut. L’entreprise partage aussi de plus en plus d’information avec des tiers, parfois sans obtenir un consentement éclairé de la part de ses usagers.
Le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada talonne de près Facebook, lui demandant plus de transparence quant à la cueillette et au partage d’informations de ses usagers. Selon le Wall Street Journal, la Federal Trade Commission des États-Unis suivrait aussi la situation de près.
Développement tentaculaire
Au fil des années, Facebook a élargi la masse d’informations des usagers rendue publique par défaut, comme on peut le constater dans ce graphique.
Les réglages que les utilisateurs doivent faire pour protéger leur vie privée deviennent de plus en plus complexes et la politique de confidentialité s’allonge, comptant aujourd’hui plus de mots que la Constitution américaine.
Consciente de la grogne qui monte contre elle, Facebook songe à simplifier ses réglages de vie privée. En attendant, les usagers peuvent utiliser l’outil créé par ReclaimPrivacy.org.
D’après un sondage de la firme de sécurité informatique Sophos, 60 % des utilisateurs de Facebook songent à quitter ce réseau en raison d’inquiétudes face au respect de leur vie privée. Plus de 11 000 usagers ont joint le mouvement Quit Facebook Day; s’ils tiennent promesse, ils effaceront tous leur compte le 31 mai prochain.
Google dans l’eau chaude
Ces dernières années, Google a parcouru les villes du monde pour alimenter en photos son outil Google Street View. Le hic: en plus de prendre des photos, l’entreprise a aussi collecté de l’information sur les réseaux sans fil résidentiels et commerciaux.
Les autorités réglementaires britanniques et irlandaises responsables de la vie privée ont demandé à Google d’effacer de ses disques durs l’information collectée au sujet des réseaux sans fil de leurs citoyens. En Allemagne, Google fait l’objet d’une enquête et pourrait s’exploser à des poursuites au criminel.
«Internet n’est pas un laboratoire»
La commissaire à la protection de la vie privée du Canada, Jennifer Stoddart, était de passage à Montréal mercredi pour tenir une consultation au sujet de la vie privée sur Internet. Des intervenants intéressés par cette question sont venus partager leurs points de vue.
L’approche d’entreprises comme Google et Facebook, qui procèdent par essai et erreur avant de corriger le tir au besoin, a été vivement critiquée. «Ces compagnies doivent considérer la protection de la vie privée plus tôt dans le développement de leurs produits, affirme Elizabeth Denham, commissaire adjointe à la protection de la vie privée au Canada. Lancer des produits en version bêta ne permet pas aux entreprises de contourner la loi.»
Jean-Marc Dinant, directeur de recherche au Centre de recherches informatique et droit de l’Université de Namur, abonde dans le même sens: «Internet n’est pas un laboratoire. Je suis agacé par ces entreprises qui essaient des produits, puis font marche arrière. Elles doivent être punies.»
Plusieurs intervenants ont souligné la difficulté, pour des gouvernements nationaux, d’imposer des règles à ces entreprises basées aux États-Unis. Pour pallier à ce problème, les organismes réglementaires nationaux collaborent de plus en plus pour former un front commun. Le mois dernier, les dix autorités de protection des données ont écrit à Google pour critiquer la façon dont son réseau social Google Buzz a été mis en place, au détriment de la vie privée de ses utilisateurs.
Gratuité illusoire
Google et Facebook ont misé sur une stratégie de développement assez semblable. D’abord, attirer un maximum d’utilisateurs avec des services gratuits et sans publicité. Ensuite, intégrer de la publicité ciblée. Twitter, qui en est maintenant à cette étape de monétisation, compte attirer des centaines d’annonceurs.
«Les services gratuits ne le sont pas. Les consommateurs paient avec leurs informations personnelles», croit Lisa Campbell, avocate au Commissariat à la protection de la vie privée du Canada. «Les renseignements personnels sont le nouvel or noir et les internautes répandent ce pétrole sur Internet», illustre Robert Bond, avocat britannique spécialisé en protection des renseignements personnels.
Révision de la loi
Les consultations de la commissaire à la vie privée du Canada lui permettront de faire des recommandations lors des commissions parlementaire sur la révision de la Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques, qui aura lieu en 2011.
La prochaine consultation de la commissaire portera sur l’informatique dans les nuages et aura lieu le 21 juin à Calgary. Les internautes pourront la suivre en webdiffusion.
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