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Qu'est-ce que la zoothérapie?

Par Catherine Meilleur

Mise en ligne : janvier 2012

 | 

Magazine : février 2012

Emmanuelle Fournier Chouinard, enseignante au Cégep de La Pocatière
Photo: Michel Tremblay du centre Humanimal

Depuis que le psychiatre américain Boris M. Levinson a jeté les bases de la zoothérapie dans les années 1950, les approches se multiplient. Si l’on vous propose une zoothérapie, il faut creuser: dans certains cas, il s’agit d’une simple activité, plutôt que de thérapie. La Delta Society, un organisme américain qui travaille depuis une vingtaine d’années à standardiser cette discipline, encourage l’usage des termes «activités assistées par l’animal (AAA)» et «thérapie assistée par l’animal (TAA)» pour distinguer les deux champs d’intervention de la discipline. Les AAA, appelées zoo-animations dans le jargon de la Corporation des zoothérapeutes du Québec, visent surtout à motiver, à divertir ou à éduquer, sans présenter d’objectif d’intervention. La TAA se veut plutôt une intervention dirigée, comme celle dont a bénéficié Flavie Lavoie.

Établir une relation humain-animal
Cette dernière méthode concorde avec la vision de la psychologue Emmanuelle Fournier Chouinard, qui pratique la thérapie assistée par l’animal. «Cela suppose la présence de trois acteurs: une personne qui a besoin d’aide, un animal sélectionné pour ce travail et un intervenant formé dans le domaine. La prochaine étape sera de mettre la table pour qu’une belle relation entre un humain et un animal se tisse, mais ce n’est pas une fin en soi. Le but, c’est d’utiliser cette relation humain-animal pour atteindre des objectifs d’intervention.»

Les données scientifiques prouvant l'efficacité manquent
Même dans les cas de la maladie d’Alzheimer et de l’autisme, les données font défauts.. «Les données sont surtout anecdotiques. Il y a beaucoup de témoignages, mais peu d’études comprenant des mesures comparatives», atteste Régine Hétu, qui s’est penchée sur les effets de la zoothérapie sur la démence chez les personnes âgées dans le cadre de sa maîtrise en psychoéducation. Néanmoins, pendant son stage de deux ans à Zoothérapie Québec, elle a pu constater que les gens âgés atteints de démence (à des degrés divers) manifestent davantage de comportements sociaux en contexte de zoothérapie.

La zoothérapie en aide aux autistes
Chez les enfants autistes, les effets de la zoothérapie ne se manifestent pas clairement, ajoute le Dr Laurent Mottron, titulaire de la Chaire de recherche Marcel et Rolande Gosselin en ­neurosciences cognitives fondamentales et appliquées du spectre autistique et professeur titulaire au département de psychiatrie de l’Université de Montréal. Or, bien que la zoothérapie ne modifie pas la façon dont l’autisme se manifeste, une simple interaction avec un animal pourrait avoir des effets insoupçonnés, selon une étude publiée en 2010 par une ­équipe de chercheurs de l’Université de ­Montréal. Dans le cadre de cette recherche, la Fondation a prêté 42 chiens à des familles d’enfants autistes pendant quatre semaines. Des analyses de salive ont montré que les enfants avaient un taux de cortisol (une hormone de stress qui influence les zones du cerveau liées à l’apprentissage, à la mémoire et aux émotions) considérablement plus bas au terme de l’expérience que deux semaines avant et deux semaines plus tard. Ces résultats ont par ailleurs incité la Fondation Mira à mettre au point un nouveau programme destiné aux enfants souffrant d’un trouble envahissant du développement (TED).

Emmanuelle Fournier Chouinard, qui a aussi consacré son mémoire de maîtrise en psychologie à la zoothérapie, confirme qu’il y a encore peu d’explications. «On en est à l’étape de discriminer quels sont les ingrédients actifs de la zoothérapie. Est-ce que c’est la simple présence de l’animal ? Est-ce que c’est le fait d’inscrire ça dans une thérapie traditionnelle qui a fait ses preuves et que l’intégration de l’animal rend encore plus puissante?»

« Rien ne nous permet de dire que l’animal a “des compétences de thérapeute”, la capacité de décoder l’émotion, par exemple », ajoute Rose-Marie Charest, présidente de l’Ordre des psychologues du Québec. «Je ne nie pas que les animaux puissent être sensibles aux émotions humaines, mais de là à en déduire que tel comportement d’un animal a tel sens pour telle personne dans tel contexte, ce serait exagéré.»

Bon pour le corps aussi?
En réadaptation physique, la présence d’un animal peut favoriser la motivation. «Avec les enfants, on s’installe dans le couloir pour lancer la balle au chien. Sans chien, l’enfant aurait peut-être refusé de faire quelques fois le mouvement, tandis que là, il recommence en riant», raconte Marie-Chantal Picard, ergothérapeute qui pratique la thérapie assistée par l’animal en pédiatrie à l’Institut de réadaptation en déficience physique de Québec (IRDPQ). Un adulte qui réapprend à marcher progressera plus rapidement en thérapie avec un chien en laisse, puisque l’exercice sera plus naturel qu’avec une canne, même quadripode, affirme Marie-Chantal Picard.

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