D'autres points de vue
Pourtant, malgré le manque d’informations crédibles et l’absence d’effets vérifiables sur le plan scientifique, il semble que l’utilisation de calques et de verres colorés soit parfois bénéfique.
«Je ne sais plus trop quoi penser, avoue un optométriste établi en Abitibi. Quand je vois la manière dont l’évaluation est faite par le représentant d’Irlen, je ne peux qu’être sceptique. Sauf que, d’après les parents et les professeurs, cela donne de bons résultats sur certains enfants, notamment au niveau de la lecture. Une adulte qui avait été évaluée m’a aussi déclaré: "Depuis que je porte mes lunettes, c’est le jour et la nuit." Effet placebo ou pas, il se passe donc quelque chose.»
Orthopédagogue à l’école Notre-Dame-de-Fatima, à Val-d’Or, Nancy Delorme estime que 5 % des 325 élèves de l’établissement ont recours à la méthode d’Irlen: «En général, ceux qui commencent très tôt ne peuvent plus s’en passer. Mais attention, le fait d’utiliser les calques ou les lunettes n’élimine pas d’un coup de baguette magique toutes les difficultés d’apprentissage!»
Et avant de se tourner vers cette méthode alternative, tout enfant qui éprouve des difficultés est automatiquement envoyé chez un optométriste pour subir un examen de la vue, insiste-t-elle.
«Nous obtenons d’excellents résultats, confirme Ginette Palin, orthopédagogue à l’école Les Explorateurs, à Malartic. Bien sûr, ce n’est pas ça qui apprend à lire aux élèves, mais le calque posé sur une feuille blanche fait qu’ils sont plus calmes et donc davantage concentrés pour améliorer leur lecture.»
Examen obligatoire
Ces témoignages ne troublent pas Langis Michaud.
«Chacun est libre de croire ou pas au syndrome d’Irlen. Ce que je sais, c’est qu’au Québec de 10 à 20 % des enfants de moins de cinq ans souffrent de problèmes visuels, affirme-t-il. Malheureusement, les deux tiers d’entre eux rentrent à l’école sans avoir subi d’examen complet de la vue qui seul permettrait de savoir s’ils possèdent les outils de base pour apprendre à lire et à écrire. Si l’on veut éviter que les parents ne soient tentés d’avoir recours à des solutions simplistes et sans fondement scientifique, il faut que les pouvoirs publics légifèrent pour rendre obligatoire un tel examen. La santé et la réussite scolaire de nos enfants sont à ce prix», indique-t-il.

«Les verres d’Irlen n’ont rien à voir avec les problèmes dont souffrent les enfants. Jusqu’à preuve du contraire, cette pratique est purement commerciale et s’apparente à du charlatanisme.»
Langis Michaud,
École d’optométrie de l’Université de Montréal