Que fait l'industrie?
La pression se fait de plus en plus forte sur l’industrie alimentaire afin qu’elle réduise significativement la quantité de sel dans ses produits.
- Au Canada, le programme Visez Santé de la Fondation des maladies du cœur a révisé ses critères à la baisse : à partir de novembre 2010, la limite de sodium acceptable dans le cas du pain passera de 480 à 360 mg par portion, alors que pour le jus de tomate ou de légumes, elle sera de 480 mg au lieu de 650 mg par portion.
- Pour sa part, Santé Canada a mis sur pied un groupe de travail chargé d’élaborer une stratégie de réduction du sodium dans l’alimentation. Ce groupe, composé de professionnels de la santé, de membres de l’industrie et de représentants du gouvernement, devrait remettre son rapport en 2010.
Ailleurs sur la planète, des autorités sanitaires ont déjà adopté des politiques nationales à ce sujet.
- Au Royaume-Uni, la Food Standards Agency vise une importante diminution dans 80 catégories de produits d’ici à 2012.
- En se basant sur les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé, l’Union européenne a aussi développé un programme – le National Salt Initiatives – qui promeut une réduction substantielle du sel dans le régime alimentaire des Européens.
- Aux États-Unis, les nouvelles recommandations alimentaires, dont la publication est prévue pour le mois prochain, devraient viser également une réduction importante du sodium.
Résistance... et changements
Sans équivoque, le sel est devenu l’ennemi public numéro 1 pour les professionnels de la santé. Certains d’entre eux le considèrent même comme plus dommageable que le gras trans et pressent les instances décisionnelles ainsi que l’industrie alimentaire d’agir promptement afin d’en réduire la quantité dans nos aliments. «L’industrie alimentaire doit agir tout de suite», insiste Bill Jeffery.
Mais le lobby du sel, et son principal représentant, le Salt Institute, résiste fortement au changement en invoquant le manque de sérieux des études et la faiblesse du lien entre les programmes de réduction du sel et le déclin de la mortalité.
Les deux clans se livrent d’ailleurs une guerre féroce, s’accusant mutuellement d’utiliser des arguments fallacieux pour défendre leur point de vue.
Malgré tout, lentement mais sûrement, les fabricants répondent à l’appel. La compagnie Campbell a été l’une des premières à agir en réduisant de 10 à 25 % la teneur moyenne en sodium de la plupart de ses soupes.
Au printemps 2009, c’était au tour de la multinationale Unilever, qui gère notamment les marques Knorr, Lipton, Hellmann’s et Becel, d’annoncer qu’elle mettrait moins de sel dans 22 000 de ses produits.
Et, donnée encourageante pour l’industrie, une diminution graduelle du sel dans les aliments serait imperceptible pour les consommateurs. C’est du moins la conclusion d’une récente étude australienne au cours de laquelle un groupe de personnes a reçu du pain de moins en moins salé pendant quelques semaines et n’y a vu que du feu !
« De plus, ceux qui s’habituent à manger moins salé n’apprécient plus du tout les aliments salés par la suite », renchérit Bill Jeffery.