Toujours plus de radiations
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En octobre dernier, le prestigieux Cedars-Sinai Medical Center, à Los Angeles, a admis que 206 personnes ayant passé un scanner pour une perfusion cérébrale avaient reçu des doses de radiation huit fois supérieures à la normale.
Circonstance aggravante, il a fallu 18 mois avant que le problème ne soit découvert à la suite d’une plainte d’un patient qui avait perdu une partie de ses cheveux. Explication de l’hôpital : l’appareil en cause avait été mal reconfiguré par ses techniciens.
Cet incident pose une fois de plus la question des risques de cancer liés à l’irradiation à des fins diagnostiques. En effet, les doses de rayonnement ionisant délivrées dans le cadre médical augmentent partout dans le monde à cause de l’utilisation de plus en plus fréquente de la tomodensitométrie (TDM, ou scanner) et de la médecine nucléaire.
La raison ? Ces techniques sophistiquées permettent aux médecins d’établir un diagnostic plus précoce, plus précis et plus rapide qu’avec des méthodes classiques. Les patients, eux, se sentent rassurés par leur aspect « non invasif » et high-tech.
Toutefois, les doses reçues au cours d’un tel examen peuvent être élevées puisqu’un scanner de l’abdomen délivre en moyenne 10 millisieverts (mSv), ce qui équivaut à 500 radiographies du thorax.
Toujours plus de radiations
Aux États-Unis, un récent rapport du Conseil national de la protection et des mesures des radiations (NCRP) indique que l’exposition de la population aux radiations ionisantes a été multipliée par sept entre 1980 et 2006.
Résultat, l’irradiation d’origine médicale chez nos voisins du Sud est à présent égale à la radioactivité naturelle, qui varie grosso modo de 2 à 4 mSv par an selon l’endroit du globe où l’on se trouve.
La tendance est également à la hausse au Canada, où l’utilisation du scanner progresse de 10 % par an – la tomodensitométrie représente environ 15 % des actes de radiologie, mais contribue pour près de 70 % à la dose reçue par la population canadienne.
Cependant, on n’y pratique encore « que » 103 examens de TDM pour 1000 habitants, contre 207 aux États-Unis. « La situation ici est plus saine, notamment parce que notre médecine relève d’abord du secteur public et qu’on n’effectue aucun examen sans indication médicale préalable. Par exemple, nos hôpitaux ne proposent pas de “ full body scan ”, une TDM de dépistage de tout le corps qui délivre une très forte dose d’irradiation, comme cela se fait aux États-Unis », souligne Lysanne Normandeau, chef du service de radioprotection du Centre hospitalier de l’Université de Montréal et porte-parole de l’Association québécoise des physiciens médicaux cliniques.
« Qui dit médecine privée dit aussi médecine défensive sur le plan médico-légal, c’est-à-dire que les médecins étasuniens ont tendance à prescrire plus facilement certains examens pour éviter d’éventuelles poursuites », explique le Dr Jacques Lévesque, vice-président de l’Association canadienne des radiologistes (ACR).
Autre raison du « retard » canadien, la relative pénurie d’appareils d’imagerie médicale au pays. « Dans les grandes villes des États-Unis, précise le Dr Lévesque, si vous présentez des signes neurologiques évoquant une sclérose en plaques, on commence par vous faire passer un scanner, puis une imagerie par résonance magnétique. À Montréal ou à Toronto, vous passerez seulement une résonance magnétique, qui n’émet aucun rayonnement. Parce que les listes d’attente sont si longues que les radiologistes ont pris l’habitude de choisir le meilleur examen pour le patient. »
Un rapport de la Commission européenne publié en 2008 conclut que l’irradiation moyenne d’une population est d’autant plus élevée que l’offre de services radiologiques est importante, qu’il existe un avantage commercial à pratiquer des examens et que le contrôle gouvernemental est déficient.