Les autorités étasuniennes pourraient très prochainement autoriser la vente d’une variété de saumon transgénique.
Photo: www.aquabounty.com
Selon l’Administration des produits alimentaires et pharmaceutiques (FDA), le saumon génétiquement modifié AquAdvantage est en tous points semblable à son cousin de l’Atlantique.
Conclusion de la FDA : il existe une « certitude raisonnable » que sa consommation ne pose aucun risque pour la santé.
Ce poisson d’un nouveau genre pourrait donc très vite se retrouver sur les tablettes des supermarchés chez nos voisins du Sud.
Un plus pour la chaîne alimentaire…
La FDA a prévu de statuer sur le cas de cette nouvelle variété de saumon d’ici à quelques semaines. Si les autorités de régulation sanitaires donnent leur feu vert, ce sera la première fois qu’un animal génétiquement modifié va pénétrer dans la chaîne alimentaire humaine.
De son côté, Santé Canada se borne à répéter que « à l’heure actuelle, la vente d’aliments provenant d’animaux génétiquement modifiés n’est pas autorisée au Canada ». Mais le ministère prend soin de préciser qu’« il est impossible de dire, à ce stade-ci, si la vente de tels aliments sera autorisée ». Avant qu’une telle décision puisse être prise, souligne-t-il, « il faudrait procéder à une évaluation scientifique complète de leur innocuité et de leur qualité nutritionnelle ».
Élaboré par la compagnie étasunienne AquaBounty Technologies, le saumon AquAdvantage a été modifié génétiquement de façon à arriver à maturité deux fois plus vite que ses congénères sauvages. Ce qui permet de le commercialiser au bout de 16 à 18 mois au lieu de trois ans. La firme assure également que son nouveau produit permettra de répondre à la demande croissante des consommateurs tout en soulageant les populations actuelles de saumons sauvages. « Je pense que cette technologie peut aider à soutenir une chaîne alimentaire sûre et pérenne », affirme son directeur général, Ronald Stotish.
… ou une menace pour l’environnement ?
La vaste majorité des associations de protection de l’environnement et de défense des consommateurs sont d’un tout autre avis. Au total, plus d’une trentaine de groupes, dont le Center for Food Safety, le Food and Water Watch et la Consumers Union, ont demandé à la FDA qu’elle rejette le saumon AquAdvantage.
Ils estiment en effet qu’il représente une grave menace potentielle pour l’environnement. Et spécialement une menace de « pollution génétique » au cas où quelques spécimens de saumons s’échapperaient dans la nature et concurrenceraient leurs congénères.
Ainsi, une étude publiée aux États-Unis indique que si 60 saumons modifiés génétiquement se retrouvaient dans l’océan, cela pourrait mener à l’extinction d’une population de 60 000 saumons sauvages en moins de 40 générations.
Plusieurs spécialistes s’inquiètent aussi du manque de transparence de la FDA en ce qui concerne l’impact des aliments modifiés génétiquement sur la santé humaine et l’environnement. Dans un article publié en juin dans le New York Times, Margaret Mellon, responsable des questions d’alimentation et d’environnement à l’Union of Concerned Scientists, déplore le fait que « personne n’a accès aux données complètes ».
La porte ouverte à d’autres OGM
La situation est identique de ce côté-ci de la frontière. Selon Lucy Sharratt, porte-parole du groupe Canadian Biotechnology Action Network, AquaBounty « s’apprête à demander à Santé Canada d’approuver à son tour son saumon transgénique ». Or, poursuit-elle, « ni les régulateurs canadiens ni leurs homologues étasuniens ne possèdent l’expertise nécessaire pour évaluer s’il représente ou non un risque en matière de sécurité ».
Santé Canada est déjà en train d’évaluer la sécurité d’un porc transgénique nommé Enviropig, dont les consommateurs et la plupart des éleveurs ne veulent pas, précise Lucy Sharratt, qui se dit « très préoccupée ». Si la FDA, puis Santé Canada approuvent la commercialisation de ce nouveau saumon, ce sera la porte ouverte à la production et à la vente d’autres espèces au patrimoine génétiquement modifié, soutient-elle.
Quel étiquetage ?
Pour sa défense, AquaBounty certifie qu’elle a pris des mesures de sécurité draconiennes en vue d’éviter que ses poissons high tech entrent en contact avec leurs congénères sauvages, notamment en les élevant uniquement dans des bassins situés sur la terre ferme et en choisissant une variété dont les femelles sont stériles.
« Nous savons tous que le saumon suscite un énorme engouement parmi les consommateurs, explique le biologiste Jonathan Rosenfield, président de la fondation SalmonAID. Cependant, la solution n’est pas d’élever des variétés génétiquement modifiées pour en avoir plus, mais de travailler à accroître les populations de saumons sauvages. »
Si les experts de la FDA approuvent la requête d’AquaBounty Technologies, ils devront également se prononcer sur l’épineuse question de l’éventuel étiquetage de l’AquAdvantage, qui serait alors l’unique moyen pour les consommateurs de l’identifier.
Pour en savoir plus
FDA - Veterinary Medicine Advisory Committee
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