Quelques conseils «alternatifs»
« Le TDAH n’est pas une maladie, mais une simple étiquette apposée sur une foule de comportements chez des enfants jugés trop turbulents », estime David Cohen. Professeur au College of Public Health and Social Work de l’Université internationale de Floride, cet ex-directeur du Groupe de recherche sur les aspects sociaux de la santé et de la prévention (GRASP) à l’Université de Montréal voit aussi dans le trouble d’attention « une leçon d’histoire » : « La société occidentale du XIXe siècle, vouée à l’utopie du progrès matériel, faisait travailler les enfants pauvres dans ses usines. Aujourd’hui, les croyants de l’utopie de la performance veulent s’assurer que les enfants sont “ performants ”. La première mode est passée, non sans avoir causé des ravages. La seconde passera aussi. »
Selon David Cohen, les conseils traditionnels prodigués aux parents par le corps médical ne sont pas forcément pertinents. Au contraire, « ils risquent de renforcer le sentiment de handicap et de déficit chez les enfants » et font que l’enfant et ses parents « pénètrent dans le cycle du handicap et de la médication ».
Ses arguments ? « L’enfant TDAH est d’abord un enfant. On ne doit pas le traiter comme un petit malade et penser qu’il aura besoin d’aide toute sa vie, que ses buts et ses ambitions doivent être coupés en petits morceaux facilement réalisables, et que le moindre de ses gestes dérangeants doit susciter des réactions particulières. »
Pour aider les parents aux prises avec un enfant jugé « difficile », ce spécialiste des médicaments psychotropes et de la prévention en toxicomanie, également clinicien auprès d’enfants et de familles, propose plutôt les conseils suivants.
• Faites-lui passer un examen médical complet. Des douzaines de vraies maladies peuvent provoquer des problèmes d’apprentissage et de comportement. Sans parler des multiples situations ou événements stressants dans la famille, à l’école ou ailleurs dans son milieu de vie.
• En l’absence de symptômes d’une maladie, votre enfant est normal. Le fait qu’il réussisse plus lentement ou moins bien que ses pairs sur des tests standardisés ou à l’école n’indique pas qu’il souffre d’un handicap ou d’un déficit quelconque, mais plutôt qu’il a un style cognitif particulier ou que ses tâches scolaires ne l’intéressent pas encore.
• Le diagnostic du TDAH repose entièrement sur deux perceptions subjectives des adultes. D’une part, qu’un enfant présente plus souvent que les autres des comportements communs à tous les enfants ; d’autre part, que ces comportements sont la cause de problèmes scolaires. Utilisez votre bon sens pour scruter le bien-fondé de chacune de ces perceptions. Si les problèmes surgissent à l’école, c’est probablement d’abord parce que le tempérament et le style de votre enfant ne correspondent pas aux exigences du système scolaire.
• Être parent est la tâche la plus difficile du monde ! Examinez et changez vos propres comportements s’ils s’avèrent inconsistants, colériques ou abusifs. Si vous n’arrivez pas à maîtriser vos frustrations, vous ralentirez la marche de votre enfant vers l’autonomie. Encouragez-le toujours à prendre des décisions lui-même, quitte à ce qu’il subisse les conséquences de ses actes, plutôt que de le contrôler.
• Réduisez le nombre d’heures de télévision pour toute la famille, ou même supprimez-la complètement. Et ne placez jamais un téléviseur dans la chambre d’un petit enfant.
• Assurez-vous qu’il fait au moins une heure d’activité physique vigoureuse chaque jour.
• Passez plus de temps avec lui. Prenez au moins un repas quotidien assis avec lui, lisez-lui une histoire par jour, idéalement à l’heure du coucher. Souvenez-vous qu’il a besoin d’au moins huit à 10 heures de sommeil par jour.
• Si son professeur affirme qu’il a des difficultés à l’école, contactez-le pour obtenir l’autorisation de l’observer vous-même en classe, afin de voir de quoi il s’agit. Tâchez de savoir qui sont ses copains et comment il se comporte avec eux.
• Si vous êtes opposé à toute intervention pharmacologique recommandée par un médecin, expliquez clairement et fermement votre position. En même temps, précisez bien que vous ferez tout ce qui est en votre pouvoir pour aider votre enfant et son professeur.
Facteurs de protection
Selon la Dre Stacey Bélanger, directrice de la Clinique du TDAH de l’Hôpital Sainte-Justine, à Montréal, seuls 50 % des enfants atteints du TDAH reçoivent une médication. Il s’agit des cas « lourds » – lorsque le trouble d’attention s’accompagne d’autres problèmes – et chez lesquels d’autres modes d’intervention (orthopédagogie, psychoéducation, psychologie, etc.) ont échoué.
« Dans les cas de TDAH simple, si l’enfant est intelligent et en bonne santé, des interventions en milieu scolaire et à l’extérieur de l’école (travail sur l’estime de soi et la socialisation, pratique d’activités physiques et de loisirs) sont souvent suffisantes. »
« Certains facteurs de protection font que ces jeunes peuvent ne pas avoir besoin de prendre un médicament, précise la Dre Bélanger. Par exemple, un potentiel intellectuel élevé, une bonne sociabilité, de bonnes relations avec l’autorité, un bon réseau de soutien social et familial, un bon rendement scolaire, une bonne intégration dans le groupe des pairs, un encadrement ferme, constant et sécurisant de la part du personnel enseignant et de l’école, un fonctionnement familial harmonieux, ainsi qu’un dépistage précoce. »