Selon un chercheur, tout le Canada devrait adopter la stratégie de prévention du VIH utilisée en Colombie-Britannique. Plusieurs experts québécois restent cependant prudents.
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La politique mise en place en Colombie-Britannique consiste à tester précocement le plus grand nombre de personnes séropositives possible et à les traiter afin de réduire les risques de contamination par le virus.
Traiter pour prévenir
La Colombie-Britannique fait la promotion active du traitement pour la prévention. «Les acteurs concernés vont directement chercher la population à risque, spécialement les toxicomanes, pour leur proposer un traitement», explique Ken Monteith, directeur général de la Coalition des organismes communautaires québécois de lutte contre le sida (COCQ-sida), à Montréal.
La politique adoptée dans la province de l’Ouest donne des résultats positifs: en 2010, 301 nouveaux séropositifs ont été recensés. On en dénombrait plus de 400 au début des années 2000 et plus de 700 en 1996. Ce qui a fait dire au directeur du centre d'excellence sur le VIH/sida de la Colombie-Britannique, le Dr Julio Montaner, que cette stratégie du traitement pour prévenir la transmission du VIH avait fait ses preuves et qu’il souhaitait la voir appliquée partout au Canada.
Plus de prudence au Québec
Au Québec, les patients sont traités pour les bénéfices de leur santé. «La personne atteinte du VIH courra moins de risques de le transmettre à quelqu'un d'autre si elle suit un traitement. En revanche, on n'est pas encore sûr des bénéfices personnels que les antirétroviraux apportent à un patient porteur du VIH qui a plus de 500 CD4 dans le sang [les CD4 sont des cellules qui jouent un rôle important dans les défenses immunitaires]», explique le Dr Jean-Guy Baril. D’où une certaine prudence quant à la recommandation de traiter toutes les personnes séropositives très tôt, comme en Colombie-Britannique.
La stratégie québécoise permet elle aussi de réduire le nombre de personnes nouvellement infectées. Selon le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, la moyenne de nouveaux diagnostics de VIH était de 338 par année pour la période 2007-2010, soit une diminution de 21 % par rapport à la période 2003-2006.
Une question d'éthique
«Au Québec, on ne recommande pas forcément le traitement au-delà de 500 CD4. On explique les risques et les bénéfices à la personne concernée. Certains optent tout de même pour un traitement et, dans ce cas, celui-ci sera administré», poursuit le Dr Baril. «Il s'agit d'une question d'éthique: va-t-on traiter quelqu'un pour protéger quelqu'un d'autre?», soulève Ken Monteith.
Le directeur général du COCQ-sida pense aussi aux effets secondaires des antirétroviraux. Dans les années 1990, ils étaient difficilement supportables pour les personnes traitées. «Nous disposons d'un recul de seulement cinq à dix ans par rapport aux nouveaux traitements, mais ils sont dorénavant mieux tolérés», précise le Dr Baril.
«Encourager le dépistage et le rendre plus accessible me semble être LA priorité actuellement au Québec», conclut le chercheur.
À lire
Clinique médicale Quartier latin
Portrait des infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS) au Québec- Année 2010 (et projections 2011) (PDF)
Stratégie québécoise de lutte contre l'infection par le VIH et le sida (PDF)
Centre d'excellence sur le VIH/sida de la Colombie-Britannique (site traduit en français)
Traitement préventif et traitement de prévention du VIH
Le
traitement préventif peut être administré à une personne exposée dans
les 72 heures après les faits: c'est la «prophylaxie post-exposition».
Il peut aussi être administré à une personne qui n'a pas le VIH, mais
qui peut y être exposée: on parle alors de «prophylaxie pré-exposition».
On peut enfin l'administrer dans le but de prévenir la transmission
(traitement de prévention), ce qui consiste à donner des antirétroviraux
à une personne atteinte du VIH pour réduire les risques de
contamination. On n’est pas toujours certain que le traitement apportera un bénéfice au patient traité mais dans la plupart des cas, cette stratégie aboutit à une diminution des risques de mortalité et de morbidité, c’est-à-dire que le patient court moins de risques de mourir du sida et moins de risques de tomber malade.
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