Illustration: Christine Roy
Le Canada paie ses médicaments 30 % plus cher que la moyenne des pays de l’OCDE.
Les Québécois achètent leurs médicaments d’ordonnance par l’entremise d’un système hybride d’assurances publiques et privées. Si ce système obligatoire garantit un meilleur accès aux médicaments que dans les autres provinces, il est inefficace pour contenir la croissance de leurs coûts.
Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et l’Institut canadien d’information sur la santé, le Canada arrive au second rang des pays où les médicaments prescrits sont les plus chers. C’est aussi le pays pour lequel le total des dépenses de médicaments augmente le plus vite, soit environ 10,5 % par an depuis 1985.
Le Canada les paie 30 % plus cher que la moyenne des pays de l’OCDE, et le Québec 8 % plus cher que la moyenne canadienne. Les médicaments prescrits constituent le poste ayant le plus contribué à l’augmentation de l’ensemble des dépenses de santé privées ou publiques au Québec, soit 22,2 % du total depuis 1985.
Le Québec fait donc piètre figure devant les pays qui ont implanté des régimes universels d’assurance médicaments, comme la France, le Royaume-Uni, la Suède, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Le prix de détail des médicaments dans ces pays est de 24 à 48 % moins élevé qu’ici et la croissance annuelle des coûts y est de deux à trois fois inférieure à celle de la province.
Chèque en blanc
La principale raison pour laquelle le système coûte si cher est la grande place que le Canada et le Québec accordent aux assureurs privés, beaucoup plus chers que leurs homologues publics. Les compagnies d’assurances déterminent normalement les primes à payer, soit leur revenu, en pourcentage des dépenses des assurés.
Elles n’ont donc aucun intérêt à réduire les coûts à rembourser, au contraire. Par exemple, elles vont encourager les employeurs à couvrir n’importe quels nouveaux médicaments, même s’ils sont parfois plus chers et moins efficaces que ceux qui existent déjà.
Or, une nouvelle molécule n’est pas meilleure parce qu’elle est nouvelle. On a simplement dû démontrer à Santé Canada qu’elle était thérapeutiquement plus efficace qu’un placebo. Les régimes publics d’assurance médicaments, eux, se sont dotés d’un système d’évaluation des nouveaux médicaments afin de ne rembourser que ceux dont le bénéfice thérapeutique justifie le coût. Cela sert non seulement à faire des économies, mais à améliorer les résultats en santé.
Rapport de forces
Un régime public universel offrirait un meilleur rapport de forces pour négocier le prix des médicaments auprès des compagnies, comme le fait par exemple la Nouvelle-Zélande.
Une telle politique d’achat, tout en améliorant les choix thérapeutiques et en éliminant le gaspillage lié à l’assurance privée, permettrait aux Canadiens d’épargner jusqu’à 10,7 milliards de dollars (43 % du total des dépenses de médicaments prescrits). À eux seuls, les Québécois économiseraient plus de 2,8 milliards.
Pour le travailleur moyen, l’impact serait simplement de remplacer une retenue à la source (primes d’assurances) par une autre moindre (retenue fiscale), ce qui accroîtrait son revenu disponible tout en éliminant les franchises et quotes-parts.
Les chiffres sont clairs: un régime public universel d’assurance médicaments procurerait des économies importantes à tous les Québécois tout en améliorant les résultats en santé. Le principal obstacle à sa mise en place reste le manque de volonté politique face aux puissants lobbys de l’industrie pharmaceutique et de l’assurance. Pendant ce temps, les Québécois continuent d’accepter sagement de payer la note.
Marc-André Gagnon est professeur à l’Université Carleton, à Ottawa, chercheur pour le Centre d’éthique de l’Université Harvard et le Consortium de recherche en politiques pharmaceutiques.