Bulletin et alertes Fils RSS Facebook Twitter Suivez-nous

Texte normal Texte moyen Texte grand

  • Imprimer
Fermer

Penser et dépenser

Par Claude Boutin, psychologue et auteur. Directeur – Programme jeu pathologique, Maison Jean Lapointe

Mise en ligne : décembre 2011

 | 

Magazine : janvier 2012

Illustration

Illustration: Christine Roy

Loto-Québec et ses filiales génèrent chaque année des revenus de plus de deux milliards de dollars. Combien y avez-vous laissé l’an dernier?

Il est vrai que l’offre de jeu se diversifie et que les tentacules du plaisir de Loto-Québec­ se font alléchants pour le joueur en mal d’intensité, en quête de rêve ou d’un gain aisé.

Or, l’orchestration entourant la création d’un produit de jeu et sa mise en marché n’est jamais laissée au hasard, elle provoque parfois son lot de heurts chez les joueurs vulnérables ou mal informés des risques.

En 2010, les chercheurs Kairouz et Nadeau ont établi que la population générale du Québec comptait 0,7 % de joueurs pathologiques probables et 1,3 % de joueurs à risque modéré de le devenir. En clair, dans cette étude, plus de 120 000 Québécois souffraient des conséquences négatives liées au jeu.

Cela dit, depuis l’avènement d’Internet et de la libre circulation d’information sur les risques du jeu, comment Loto-Québec parvient-elle encore à faire ses choux gras des mises répétées de consommateurs pour la plupart responsables?

Sans atténuer la part de responsabilité de Loto-Québec quant à son devoir d’informer les Québécois et de leur proposer des jeux sécuritaires, tentons plutôt de décrypter l’enjeu psychologique que cache chaque mise en apparence banale.

Nous aussi avons une responsabilité de consommateurs, nous pouvons cesser de nous faire limer béatement les crocs. Mais pour cela, il faut comprendre la dynamique d’un joueur et percer le mystère qui entoure les pensées qui le font dépenser.

Conception biaisée
Le joueur en situ_tion de jeu intègre de l’inform_tion p_rtielle que son cerveau tr_ite et complète _fin qu’elle devienne cohérente _vec son expérience de joueur. De la même façon, chaque lecteur vient de donner un sens complet à la phrase précédente en y ajoutant les «a» manquants!

En situation de jeu, ce phénomène provoque cependant la montée de pensées erronées qui guideront inexorablement les mises du joueur tant qu’il ne les remettra pas en question.

Par pensée erronée, on entend toute conception biaisée du jeu, allant de la pensée magique – «je suis une bonne personne, la chance me sourira» – aux erreurs de logique concernant le jeu lui-même – «après plusieurs tours de jeux, l’appareil de loterie vidéo est plein, donc il me paiera bientôt».

Aussi, l’erreur de pensée la plus répandue est celle qui porte le joueur à croire que le jeu qui le passionne est un jeu d’adresse, oubliant du coup la part de hasard. Ce joueur développe une fausse perception de compétence à prédire l’issue du jeu.

Il finit par confondre hasard et adresse au détriment des pertes d’argent qui s’accumulent. Robert Ladouceur, professeur émérite de l’Université Laval, et ses collaborateurs ont démontré qu’environ 85 % des pensées des joueurs en situation de jeu étaient erronées. Ils ont même démontré que plus un joueur ressent de l’excitation à jouer, plus il entretient de telles pensées.

Victimes impuissantes?
L’industrie du jeu s’évertue à développer des produits toujours plus accrocheurs et divertissants. De notre côté, prenons l’habitude d’observer nos pensées avant de miser. Les pensées dictent silencieusement nos actes.

Si le voleur ne peut attribuer la cause du vol qu’il vient de commettre au sac à main – «c’est la faute du sac!» –, le joueur qui perd sa mise peut-il davantage faire porter le blâme tout entier aux caractéristiques du jeu auquel il s’adonne ou à sa mise en marché – «c’est la faute de la machine à sous et de Loto-Québec!»?

Les pensées erronées de tout acabit constituent un puissant facteur de risque de sombrer dans un problème de jeu. Tel un locataire indésirable, chaque pensée erronée tend à s’agripper aux parois de nos cerveaux de joueurs.

Toutefois, nous n’en sommes pas les victimes impuissantes. Nous pouvons les en déloger en les considérant pour ce qu’elles sont, des pensées erronées, rien de plus.

N’hésitez pas à contacter la ligne Jeu: aide et référence au 1-866-SOS-JEUX. L’aide est gratuite pour les joueurs et leurs proches.

Le jeu: chance ou stratégie? Choisir librement la place du jeu dans votre vie, Claude Boutin, Éditions de l’Homme, 2010.

Commentaires

6

Réagissez!

Fermer
Connexion
 

L'envoi de commentaires est réservé à nos abonnés web.

Vous êtes abonné? Connectez-vous ici. Pas encore abonné? Voyez nos offres ici.

Commentaires du plus récent au plus ancien

  • 30 janv. 2012
    Fermer
    Participation de Michel Guérin

    Commentaires publiés : 1

    Discussions publiées : Non disponible

    Par Michel Guérin
    (Participant occasionnel)

    Commentaire pertinent Je trouve ce commentaire pertinent 1 )

    depuis presque 28 ans que je prends les mêmes numéros pour Québec 49, 6/49 et super 7 remplacer pas Max. Mercredi, vendredi et samedi juste pour eux environ 21$*52= 1092$ + environ un 300$ par année pour orateur et de gros lots. Bons presque 1500$ par année et je n’ai jamais gagnée plus que 1000$ en 28 ans avec les mêmes numéros.

  • 13 janv. 2012
    Fermer
    Participation de Romain N

    Commentaires publiés : 4

    Discussions publiées : 1

    Par Romain N
    (Collaborateur)

    Commentaire pertinent Je trouve ce commentaire pertinent 0 )

    2005 à 2011 : total de 3 $ dépensés pour Loto Québec. Je paye dejà assez d'impots, vous voulez que je me rajoute des impots supplémentaires (=billets de Loto-Québec) ? :-)

  • 22 déc. 2011
    Fermer
    Participation de Jean Théberge

    Commentaires publiés : 8

    Discussions publiées : Non disponible

    Par Jean Théberge
    (Participant occasionnel)

    Commentaire pertinent Je trouve ce commentaire pertinent 6 )

    Combien y avez-vous laissé l’an dernier? Rien, nada, nothing, niente ! Une dépendance qui ne m'intéresse pas.

    • 29 déc. 2011
      Fermer
      Participation de Gilles Bruneau

      Commentaires publiés : 1

      Discussions publiées : Non disponible

      Par Gilles Bruneau
      (Participant occasionnel)

      Commentaire pertinent Je trouve ce commentaire pertinent 1 )

      Fier de moi je n'ai pas acheté un seul billet depuis le 19 mars 2011 et j'en acheterai plus
      Je connais une famille détruit par loto quebec et sa reveille

  • 17 déc. 2011
    Fermer
    Participation de Francine Laroche

    Commentaires publiés : 4

    Discussions publiées : Non disponible

    Par Francine Laroche
    (Participant occasionnel)

    Commentaire pertinent Je trouve ce commentaire pertinent 6 )

    ha! les chances de gagner.......si au moins loto-quebec payait la dette du quebec avec les profits et si les montants étaient divisés en million au lieu de 12 millions pour 1 couple....et si loto quebec disait combien de suicides dans leur stationnement peut etre qu'il y aurait moins de monde qui acheterait......

Fermer
Suivez ce dossier par courriel

Afin de recevoir les discussions, commentaires et nouveautés en lien avec ce dossier, vous devez vous inscrire au site (gratuit) ou encore mieux vous abonner.

Si vous êtes déjà inscrit ou abonné, .

Retour à l'article