Illustration: Christine Roy
Nous partons de l’idée qu’un professionnel de la santé est «par nature» porté à faire le bien pour les autres. Rien n’est moins vrai.
Il n’est pas rare que des personnes se plaignent d’avoir été maltraitées (ou, en tout cas, de ne pas avoir été bien traitées) par leur médecin. Ces mauvais traitements ne sont pas nécessairement des traitements mauvais qui leur ont été prescrits, mais des attitudes, des paroles, des gestes qui leur ont été infligés.
Ils sont de natures très diverses et pas nécessairement «spectaculaires» ni faciles à démontrer: attitude méprisante ou hautaine; questions intrusives ou indiscrètes; viol de la confidentialité auprès d’un tiers; brutalité physique; examens, tests ou traitements inutiles ou imposés; déclarations menaçantes («Si vous n’obéissez pas à mes instructions, vous êtes en danger»); refus de répondre aux questions, voire de les écouter; utilisation expérimentale d’un médicament en dehors de la réglementation; abus de position d’autorité; etc.
Les sources du problème
Et bien sûr, les médecins «maltraitants» ne le sont pas tous volontairement. Certains le sont par excès de zèle, car en infligeant des examens ou des traitements inutiles ils soignent d’abord leur angoisse. D’autres se désintéressent de la souffrance des patients parce qu’eux-mêmes sont mal dans leur peau ou déboussolés par des problèmes personnels. Saviez-vous que la profession médicale est l’une des plus frappées par l’alcoolisme, la toxicomanie, le suicide, le divorce, l’infarctus du myocarde, les troubles du comportement et la mort prématurée? Autant dire que cette population n’est pas composée seulement de personnes en bonne santé physique et mentale…
Il y a aussi des différences culturelles dans le comportement des médecins. Ainsi, alors qu’au Royaume-Uni et en Amérique du Nord il est de coutume de ne jamais examiner une personne entièrement nue, dans un pays comme la France, beaucoup de gynécologues continuent à faire déshabiller entièrement leurs patientes. Ce comportement est le produit de coutumes très anciennes. Mais il traduit un refus singulier de réviser certaines pratiques pour le bénéfice du patient – ce qui, en soi, est un comportement antiprofessionnel et, par là même, une maltraitance.
Des pistes de solution
Les victimes de ces maltraitances demandent: «Comment un médecin peut-il se comporter ainsi?» La réponse est que cela n’a rien d’étonnant. Même si beaucoup sont «coulés dans le même moule» biomédical ou pédagogique, chaque médecin a sa personnalité propre, et c’est elle qui teinte son comportement médical.
Et malheureusement, pour prévenir cette maltraitance, les codes de déontologie et de bonnes pratiques ne suffisent pas plus que le code de la route ne suffit à empêcher les comportements dangereux en voiture. Ce qui fait diminuer les accidents de la route, c’est la prévention par l’éducation.
Or, il n’existe pas, à ce jour, dans les facultés de médecine, de réflexion généralisée sur les gestes de maltraitance perpétrés par les professionnels, sur la manière de dépister les comportements ou les personnalités à risque chez les étudiants, sur la prévention de ces mauvais traitements. Ce serait pourtant nécessaire.
Car les médecins, eux aussi, ont l’obligation de bien se conduire.