L’Alzheimer est la forme la plus fréquente de démence chez les personnes âgées au Canada. Voici les points saillants d'un entretien avec le Docteur Judes Poirier.
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Quelque 500 000 Canadiens, dont environ 120 000 Québécois, souffrent d’Alzheimer ou d’une forme de démence apparentée. Cette maladie se caractérise par une destruction irréversible de cellules nerveuses vitales du cerveau. Elle se manifeste par une perte de mémoire, une altération du jugement, ainsi qu’un déclin des capacités à raisonner et à communiquer.
L’Alzheimer entraîne aussi un coût social alarmant. «La maladie coûte de trois à quatre milliards de dollars par année au système de santé québécois en frais directs et indirects», explique le Dr Judes Poirier, professeur de médecine à l’Université McGill et coauteur du livre La maladie d’Alzheimer: Le guide (Judes Poirier et Serge Gauthier, Trécarré, Montréal, 2011). Parmi les frais indirects, il pense notamment au conjoint atteint qui ne peut plus travailler et aux journées d’absence du bureau pour ceux qui accompagnent un parent à ses suivis médicaux.
Des percées encourageantes
Au cours des dernières années, des avancées sur le plan de la génétique ont permis de mieux comprendre cette maladie. «On savait qu’il existait deux formes d’Alzheimer: la forme héréditaire, qui se déclenche généralement avant 50 ans et qui ne touche que quelques familles au Québec, et la forme commune, associée à l’âge, qui atteint les gens de 65 ans et plus», explique Judes Poirier.
En 1993, le Dr Poirier et son équipe ont mis en lumière le facteur de risque génétique le plus important jamais découvert pour la forme commune de l’Alzheimer, qui explique de 50 à 60 % du risque héréditaire. «Depuis, à l’aide de techniques d’analyse sophistiquées de l’ensemble du génome humain, on a identifié une demi-douzaine de nouveaux gènes en cause.»
Changer ses habitudes pour mieux prévenir
Autre percée majeure: on sait désormais que le style de vie exerce une influence dans le déclenchement de la maladie. «Les facteurs de risques associés aux maladies cardiovasculaires, tels le diabète, un taux de cholestérol élevé dans la quarantaine ou la cinquantaine et une hypertension non contrôlée, constituent des facteurs de risque de la maladie d’Alzheimer», précise le scientifique.
Ces facteurs ne peuvent cependant pas être à eux seuls responsables la maladie. «Dans 95 % des cas, c’est la combinaison de modifications génétiques transmises par les parents et d’anomalies liées au style de vie qui, ensemble, déclenchent la maladie.»
Mais on parle maintenant de prévention de la forme commune de la maladie d’Alzheimer. «Si on contrôle le cholestérol, le diabète et l’hypertension, on contrôle jusqu’à un certain point la maladie d’Alzheimer», affirme Judes Poirier. Et attention, car dans bien des cas, «le seul moyen de savoir si on est hypertendu, c’est de faire prendre sa pression artérielle, parce qu’on n’a aucun symptôme.»
Pourquoi les femmes sont-elles davantage touchées?
Deux fois plus de femmes que d’hommes sont atteintes d’Alzheimer. Les chercheurs ont maintenant une hypothèse pour expliquer cette situation. «On pense que les facteurs de risques liés au style de vie sont, chez l’homme, fortement associés aux maladies cardiaques. Il se peut que les hommes qui présentent ces facteurs de risque décèdent de maladies cardiaques et n’aient donc pas le temps d’être frappés par l’Alzheimer.» Souvent, les femmes sont protégées de façon naturelle par l’œstrogène contre les maladies cardiovasculaires. «On pense qu’elles survivent bien à ces maladies, mais qu’avec le passage des années, l’Alzheimer les attend au détour», ajoute le Dr Poirier.
Consultez rapidement
Même si cette maladie est irréversible, un diagnostic précoce peut avoir un impact sur l’évolution de sa forme commune. «Les médicaments dont on dispose aujourd’hui, soit les stimulateurs de mémoire, fonctionnent beaucoup mieux en tout début de maladie, puisqu’ils forcent le cerveau à une gymnastique cérébrale plus intense qui ralentit la perte des cellules et permet de garder la mémoire en meilleure santé pendant une plus longue période», indique le Dr Poirier.
Malheureusement, selon lui, il n’est pas rare que des médecins confondent chez leurs patients les signes de l’Alzheimer avec le vieillissement normal. «Plus la maladie est diagnostiquée et traitée tôt, mieux ce sera pour la qualité de vie du patient», rappelle-t-il.
Pour en savoir plus
10 signes précurseurs - Société Alzheimer Canada
Fédération québécoise des sociétés Alzheimer
Société Alzheimer Canada
Baluchon Alzheimer
Fondation d’Alzheimer pour les proches aidants au Canada (FAPAC)
Alzheimer-bottin
Maladie d’Alzheimer – PasseportSanté.net
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