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Gare aux surdiagnostics!

Par Marc Zaffran, médecin généraliste et écrivain

Mise en ligne : décembre 2010

Illustration: Christine Roy

Depuis quelques mois, la mammographie de dépistage du cancer du sein avant 50 ans et le dosage de l’APS (antigène prostatique spécifique) pour dépister les cancers de la prostate à partir de 50 ans sont fortement remis en cause dans plusieurs études publiées par les plus grands journaux médicaux.

En effet, non seulement le dépistage précoce d’un cancer de la prostate n’améliore pas la durée de vie des patients, mais il dégrade considérablement leur qualité de vie. Pour 100 diagnostics précoces de cancer de la prostate, le gain en termes de survie n’est réel que pour deux des personnes dépistées. Mais plusieurs dizaines d’autres patients seront inutilement soumis à des examens (biopsie) ou à une intervention mutilante (chirurgie, radiothérapie), source d’incontinence et d’impuissance. C’est ce qu’on appelle du «surdiagnostic».

En Angleterre, l’absence de bénéfice et l’importance des complications ont incité les autorités sanitaires à ne pas imposer de dépistage systématique par l’APS ou le toucher rectal chez les hommes de 50 ans et plus. Les documents qui sont remis au public indiquent que la décision doit rester à la discrétion du patient.

Depuis l’époque où le dépistage par mammographie a été instauré, à la fin des années 1980, les traitements du cancer du sein se sont beaucoup améliorés. Aujourd’hui, les femmes dont le cancer est découvert au stade clinique (celui d’une «boule dans le sein») sont soignées aussi efficacement et guérissent aussi bien que celles dont le cancer est dépisté par mammographie systématique.

Ici encore, le dépistage entraîne un surdiagnostic important: sur 2 000 mammographies, une seule découvrira un cancer, alors que 200 femmes seront biopsiées ou opérées pour rien. Et de nombreux cancers découverts tôt n’évoluent jamais... Les recommandations officielles des autorités sanitaires, aussi bien au Royaume-Uni qu’au Canada, sont d’effectuer une mammographie systématique à partir de 50 ans seulement, et tous les deux ans, pas plus. Avant 50 ans, les médecins devraient informer la femme sur les risques d’examens faussement positifs conduisant à une intervention inutile.

Quand une mesure de dépistage est plus nocive que bénéfique, il est indispensable de la remettre en question et de ne plus l’imposer. Pendant près d’un siècle, on pratiqua des radiographies pulmonaires systématiques pour diagnostiquer une tuberculose silencieuse. Or, la tuberculose n’est plus endémique dans les pays développés. Et les rayons X sont cancérigènes. De nombreux pays ont donc décidé de supprimer le dépistage de cette maladie. Mais entre la publication d’une recommandation et sa généralisation il peut se passer de 10 à 15 ans. Pour les personnes qui risquent d’être mutilées sans bénéfice après un dépistage inutile, c’est beaucoup trop long.

Si votre médecin vous propose ces dépistages, rappelez-vous deux choses: d’abord, un dépistage de cancer n’est jamais urgent. En effet, les cancers mettent de nombreuses années à évoluer avant de provoquer des troubles. Ce qu’on cherche à dépister, c’est un cancer débutant, non invasif. Bien sûr, il faut le dépister tôt, mais le délai où il est encore «tôt» s’étend sur plusieurs années! Par conséquent, une décision peut attendre un ou deux mois de réflexion. Ensuite, un patient averti en vaut deux, et il a plus de chances de «rester entier» !

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Votre médecin vous a-t-il déjà proposé l'un ou l'autre de ces dépistages? Qu'avez-vous fait?

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Commentaires du plus récent au plus ancien

  • 24 mars 2011
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    Participation de HÉLENE CHARETTE

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    Par HÉLENE CHARETTE
    (Participant occasionnel)

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    J'ai 63 ans. Depuis quelques années je passe une radiographie des seins aux 2 ans. Cette année, parce que mon médecin généraliste ne voulait pas me faire le test Cytologie il m'a envoyée plutot voir un gynécologue. Celui-ci m'a fait le prélèvement pour la Cytologie et m'a aussi recommandé de passer des radiographies des seins ANNUELLEMENT au lieu de deux ansà cause de l'histoire familialle. Il m'a aussi assuré que les radiations n'étaient plus "aussi dangereuses qu'avant". Je ne l'ai pas encore passée et j'hésite à me plier à cette nouvelle ordonnance.

  • 14 déc. 2010
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    Participation de Andréanne Dussault

    Commentaires publiés : Non disponible

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    Par Andréanne Dussault
    (Participant occasionnel)

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    Bonjour,

    Votre publication renferme des vérités certes, mais elle laisse croire aux gens que ceux-ci subissent majoritairement des tests inutiles et imposés. En ce sens, elle décourage les mesures préventives établies depuis longtemps et qui permettent un dépistage précoce de certains cancers tel que vous le mentionnez. Nuance s'impose.

    Tout d'abord, le dépistage du cancer de la prostate n'est pas controversé depuis hier et n'est surtout pas imposé. Notre situation est la même qu'en Angleterre. Toute la communauté médicale est consciente des impacts sur le bien-être du patient de cet outil de dépistage. De plus, les preuves scientifiques l'entourant sont controversées et ne permettent pas d'affirmer de façon convaincante une réduction de la mortalité causée par cancer de la prostate. En effet, ce cancer est généralement peu aggressif mais comporte des formes qui causeront parfois le décès de patients de façon prématurée. L'outil de dépistage existe, et la décision pour le patient de faire son test annuel lui revient. La décision repose dans l'explication et la compréhension du ratio risques et bénéfices d'une telle intervention.

    Par ailleurs, le programme québécois de dépistage du cancer du sein est offert seulement aux femmes de 50 ans et plus. Avant 50 ans, seulement les femmes comportant des risques importants de développer un cancer du sein se font offrir le dépistage. En cas de masse ou de symptômes suspects avant 50 ans, les médecins utilisent un algorithme d'investigation pour indiquer à la patiente la conduite à tenir tout en expliquant encore une fois les avantages et inconvénients de se lancer dans une panoplie de tests. Il est angoissant pour une patiente ayant une masse à un sein de subir des examens et encore plus lorsque ceux-ci sont invasifs (ex: biopsie). Chez les femmes de moins de 40 ans, la lésion est le plus souvent bénigne, mais il arrive que nous trouvions des cancers. C'est pourquoi la communauté scientifique s'efforce d'augmenter constamment la rigueur et la pertinence d'effectuer une investigation chez les femmes de moins de 50 ans.


    En terminant, aucun test médical n'est parfait et chacun comporte son risque d'erreur. Par conséquent, il est important comme patient de faire part de vos inquiétudes à votre médecin afin que ce dernier puisse vous donner le maximum d'information afin de vous aider à prendre la meilleure décision POUR VOUS. L'internet et les médias comportent leur lot d'informations erronées, incomplètes ou encore trompeuses. Lisez bien, soyez prudents, diversifiez vos sources et de grâce n'hésitez pas à en parler avec un professionel.

  • 14 déc. 2010
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    Participation de Normand Bourgeois

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    Par Normand Bourgeois
    (Participant occasionnel)

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    Je suis un homme de 63 ans. Lors de mon dernier examen, mon médecin me dit que mon taux APS a augmenté de 0,9 point depuis 1 an et qu'à 2,5, bien que loin du taux critique, il me prescrit un R.V. avec l'urologue. Je sort du bureau, surpris, abasourdi.
    4 mois plus tard, angoissé, je rencontre l'urologue. Je lui fait part de mon angoisse. Il me dit de ne pas m'en faire, que ce n'est pas alarmant, que j'ai le temps de réfléchir, etc.
    J'ai à nouveau R.V. en juillet, pour la suite... ??
    Bien sûr on n'est pas dans le curatif, pas encore, on est dans le préventif. Ce qui inquiète c'est que l'on essaie de prévenir quelque chose qu'on ne peut pas guérir (qu'on peut éradiquer par des méthodes très invasives aux effets secondaires multiples).
    À la question, mais qu'est-ce que je peux faire pour éviter l'apparition de ce qui semble se dessiner (si on se fie à l'augmentation du taux d'APS)? la réponse est : "rien".
    Je ne sais pas si je me présenterai à mon rendez-vous de juillet. Irais-je jusqu'à la biopsie ?
    La perte de qualité de vie n'est pas que dans les dommages bilatéraux de la chirurgie, elle est également dans le stress angoissant de l'incertitude. Ignorer le dépistage, est-ce jouer à l'autruche ?

    • 14 déc. 2010
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      Participation de Denis Samson

      Commentaires publiés : Non disponible

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      Par Denis Samson
      (Participant occasionnel)

      Commentaire pertinent Je trouve ce commentaire pertinent 3 )

      Bon, je ne suis pas dans votre situation pour vous dire quoi faire, mais je ne suis pas du tout d'accord avec vous quand vous dîtes que vous ne pouvez RIEN faire. Selon le Dr Richard Béliveau, un des plus ardents défenseurs de la médecine préventive au Québec, une saine alimentation et de bonnes habitudes de vie font partie des moyens dont tout le monde dispose pour combattre la maladie et en particulier le cancer (voir les deux ouvrages qu'il a écrits à ce sujet). Je comprends que vous vivez une situation angoissante et je vous souhaite bonne chance.

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