Illustration: Christine Roy
Depuis quelques mois, la mammographie
de dépistage du cancer du sein avant
50 ans et le dosage de l’APS (antigène
prostatique spécifique) pour dépister les
cancers de la prostate à partir de 50 ans
sont fortement remis en cause dans
plusieurs études publiées par les plus
grands journaux médicaux.
En effet, non
seulement le dépistage précoce d’un
cancer de la prostate n’améliore pas la
durée de vie des patients, mais il dégrade
considérablement leur qualité de vie. Pour
100 diagnostics précoces de cancer de la
prostate, le gain en termes de survie n’est
réel que pour deux des personnes dépistées.
Mais plusieurs dizaines d’autres
patients seront inutilement soumis à des
examens (biopsie) ou à une intervention
mutilante (chirurgie, radiothérapie), source
d’incontinence et d’impuissance. C’est
ce qu’on appelle du «surdiagnostic».
En
Angleterre, l’absence de bénéfice et l’importance
des complications ont incité les
autorités sanitaires à ne pas imposer de
dépistage systématique par l’APS ou le
toucher rectal chez les hommes de 50 ans
et plus. Les documents qui sont remis au
public indiquent que la décision doit rester
à la discrétion du patient.
Depuis l’époque où le dépistage par mammographie a été instauré, à la fin des années 1980, les traitements du cancer du sein se sont beaucoup améliorés. Aujourd’hui, les femmes dont le cancer est découvert au stade clinique (celui d’une «boule dans le sein») sont soignées aussi efficacement et guérissent aussi bien que celles dont le cancer est dépisté par mammographie systématique.
Ici encore, le dépistage entraîne un surdiagnostic important: sur 2 000 mammographies, une seule découvrira un cancer, alors que 200 femmes seront biopsiées ou opérées pour rien. Et de nombreux cancers découverts tôt n’évoluent jamais... Les recommandations officielles des autorités sanitaires, aussi bien au Royaume-Uni qu’au Canada, sont d’effectuer une mammographie systématique à partir de 50 ans seulement, et tous les deux ans, pas plus. Avant 50 ans, les médecins devraient informer la femme sur les risques d’examens faussement positifs conduisant à une intervention inutile.
Quand une mesure de dépistage est plus nocive que bénéfique, il est indispensable de la remettre en question et de ne plus l’imposer. Pendant près d’un siècle, on pratiqua des radiographies pulmonaires systématiques pour diagnostiquer une tuberculose silencieuse. Or, la tuberculose n’est plus endémique dans les pays développés. Et les rayons X sont cancérigènes. De nombreux pays ont donc décidé de supprimer le dépistage de cette maladie. Mais entre la publication d’une recommandation et sa généralisation il peut se
passer de 10 à 15 ans. Pour les personnes qui risquent d’être mutilées sans bénéfice après un dépistage inutile, c’est beaucoup trop long.
Si votre médecin vous propose ces dépistages, rappelez-vous deux choses: d’abord, un dépistage de cancer n’est jamais urgent. En effet, les cancers mettent de nombreuses années à évoluer avant de provoquer des troubles. Ce qu’on cherche à dépister, c’est un cancer débutant, non invasif. Bien sûr, il faut le dépister tôt, mais le délai où il est encore «tôt» s’étend sur plusieurs années! Par conséquent, une décision peut attendre un ou deux mois de réflexion. Ensuite, un patient averti en vaut deux, et il a plus de chances de «rester entier» !