«Les représentants de l’industrie pharmaceutique nous rendent visite parfois sur rendez-vous, mais le plus souvent rapidement entre deux patients, parce qu’ils savent qu’on a peu de temps pour les écouter, raconte le Dr Luc Laperrière, médecin à Mirabel et ex-directeur des affaires médicales du laboratoire Fournier Pharma, à Montréal.
«Ce sont toujours des hommes et des femmes de belle apparence, très motivés et qui possèdent beaucoup d’entregent.
«L’organisation d’activités éducatives sur l’heure du midi ou en soirée dans des restaurants ou des hôtels leur permet de rencontrer les médecins dans un contexte plus convivial, mais dont la finalité reste la même : nous faire adopter leurs médicaments.
«Les compagnies investissent aussi beaucoup d’argent dans la distribution d’échantillons gratuits afin que les médecins se familiarisent avec un nouveau produit, ce qui générera bien sûr de futures ordonnances. En général, il s’agit de médicaments susceptibles d’être prescrits à long terme, par exemple pour lutter contre l’hypertension ou le cholestérol. Le but de tout cela est de créer des liens et, à produit égal, si le représentant est sympa, s’il invite dans un bon restaurant, ça marche!»
Les activités de ces visiteurs pas comme les autres sont réglementées par le code de l’Association canadienne de l’industrie du médicament, qui exige qu’ils fournissent une information complète et factuelle, sans déformer la réalité. Ce qui est loin d’être le cas, d’après les témoignages de nombreux médecins.
«Malheureusement, déplore Luc Laperrière, la majorité des médecins se montrent passifs durant leur rencontre avec le représentant. Ils prennent cela comme un moment de détente, alors qu’ils devraient au contraire lui poser des questions : quelle est l’efficacité de votre produit? Avez-vous des études sérieuses qui le prouvent? A-t-il été comparé avec un placebo ou avec une molécule efficace? Quels sont ses effets secondaires? Y a-t-il un risque d’interactions avec d’autres médicaments? Combien coûte-t-il? Est-il remboursé par le régime d’assurance public?»