Dangereuses, les nanoparticules?
Un nombre croissant de produits solaires contiennent des écrans physiques en plus ou à la place des classiques filtres solaires chimiques.
L’avantage? Composés de molécules de dioxyde de titane ou, parfois, d’oxyde de zinc, ils réfléchissent les rayons UVB et UVA au lieu de les absorber.
Très efficaces pour bloquer le rayonnement ultraviolet, ces agents opacifiants présentent en outre l’intérêt de ne pas être allergènes et d’entrer en action dès leur application sur la peau – au contraire des filtres chimiques, qui doivent être appliqués de 15 à 30 minutes avant l’exposition au soleil.
Utilisés de longue date à l’état microscopique, ils étaient autrefois facilement identifiables par les traces blanchâtres qu’ils laissaient sur la peau. Mais aujourd’hui, les chimistes sont parvenus à réduire ces molécules à une taille nanométrique (un nanomètre représente un milliardième de mètre, soit 100 000 fois moins que le diamètre d’un cheveu humain).
«L’intérêt des nanoparticules de dioxyde de titane est qu’elles permettent d’augmenter l’efficacité du filtre solaire et, surtout, de rendre les crèmes transparentes», explique Dorothée Benoit-Browaeys, déléguée générale de l’organisme français VivAgora – qui a mis en place l’Alliance citoyenne sur les enjeux des nanotechnologies – et auteure du livre Le meilleur des nanomondes.
Les nanoparticules posent-elles un risque pour la santé?
Revers de la médaille, cette miniaturisation extrême pourrait permettre le passage des nanoparticules à travers la barrière naturelle de la peau, spécialement lorsque celle-ci est lésée (coups de soleil, allergies, coupures, etc.).
«Inerte à l’échelle macroscopique, le titane devient très réactif quand il est nanostructuré, ce qui modifie son potentiel toxique, précise Dorothée Benoit-Browaeys. Cela est dû à l’augmentation de sa surface d’interaction: un gramme de dioxyde de titane fragmenté en nanoparticules expose 60 m2 aux autres espèces chimiques voisines, contre seulement quelques centimètres carrés à une échelle plus grossière.»
Si l’on en croit l’industrie et une bonne partie de la communauté scientifique et médicale, le risque est néanmoins inexistant pour les consommateurs.
Dans le mensuel français CosmétiqueMag de février, Gérard Redziniak, président de la Société française de cosmétologie, déclare ainsi que «dans les formules solaires, les nanoparticules ne pénètrent pas dans l’organisme puisqu’elles forment toujours des agrégats d’un diamètre largement supérieur à 100 nanomètres».
Photo: Guy Langlois
«Ça fait plus de 10 ans qu’on effraie les gens avec différentes histoires. Pendant ce temps, nos cabinets sont remplis de patients cancéreux parce qu’ils ne se sont pas protégé la peau.»
Dr Joël Claveau, Association des dermatologistes du Québec.
«À ce jour, plus de 150 publications scientifiques prouvent l’efficacité et l’innocuité du nano-dioxyde de titane», renchérit dans le même article la directrice de la communication scientifique de L’Oréal, Patricia Pineau. «Ça fait plus de 10 ans qu’on effraie les gens avec différentes histoires, signale le Dr Claveau. Pendant ce temps, nos cabinets sont remplis de patients cancéreux parce qu’ils ne se sont pas protégé la peau. Bien sûr, nous devons rester vigilants par rapport aux nouvelles études qui sortent régulièrement dans les journaux médicaux, mais pour l’instant il n’y a aucune raison de remettre en cause la sécurité des écrans solaires.»
Ce discours fait bondir le professeur Roger Leblanc, du Département de chimie et de dermatologie de l’Université de Miami, en Floride: «Les recherches effectuées en utilisant la spectroscopie photoacoustique [une technique qui permet de mesurer le degré de pénétration d’un produit chimique] ont démontré que des particules de l’ordre de deux à 100 nanomètres de dioxyde de titane pouvaient pénétrer l’épiderme et se retrouver dans les vaisseaux sanguins. Or, on a constaté que l’accumulation de ces nanoparticules dans l’organisme des souris provoquait rapidement des dommages au niveau des chromosomes et des ruptures des brins d’ADN. Et il est bien établi que ce type de dommages augmente les risques de développer un cancer. Même si ce qui est toxique chez la souris ne l’est pas forcément chez l’homme, l’utilisation du dioxyde de titane représente un grand risque potentiel pour la santé. Si on veut utiliser un écran physique, mieux vaut choisir l’oxyde de zinc, beaucoup moins nocif.»
Elyse Rémy pense elle aussi que l’oxyde de zinc est un bon choix, «notamment parce qu’il est très photostable.»
Des études récentes montrent «l’existence d’un passage cutané et la possibilité pour ces nanoparticules de dioxyde de titane de se retrouver dans la couche profonde de l’épiderme», relève par ailleurs un avis de l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset) publié en mars dernier.
Conclusion de l’Afsset: «Pour l’homme […], étant donné les incertitudes sur le potentiel de pénétration cutanée et sur l’activité phototoxique, les risques ne peuvent pas être exclus.»