Perturbations hormonales
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Chaque été, les dermatologues répètent qu’il faut se protéger du soleil pour réduire le risque de développer un cancer de la peau, la forme de cancer la plus répandue au Canada. Et tout aussi régulièrement, des chercheurs font des mises en garde contre les filtres chimiques ou écrans physiques à base de nanoparticules de dioxyde de titane contenus dans les crèmes solaires.
Résultat, les consommateurs sont perdus et ne savent plus quoi penser. Nous faisons le point.
Les filtres chimiques peuvent-ils perturber les fonctions hormonales?
Au cours des dernières années, plusieurs études sont venues jeter un doute sur l’innocuité de certains de ces filtres destinés à absorber les rayons ultraviolets. Ainsi, la chercheuse Margret Schlumpf et son équipe de l’Institut de pharmacologie et de toxicologie de l’Université de Zurich, en Suisse, ont découvert que des composés comme le 4-MBC et le 3-BC, entre autres, étaient des perturbateurs endocriniens (voyez «Ingrédients à éviter» ).
Des expériences menées sur des rats montrent en effet qu’ils retardent la puberté des mâles, accroissent le nombre de cycles menstruels irréguliers et perturbent le comportement sexuel des femelles, et affectent la croissance des organes reproducteurs. Selon Margret Schlumpf, le 4-MBC a aussi un impact sur le développement du cerveau et de la thyroïde.
Également sur la sellette, les produits de la famille des benzophénones, dont elle a démontré l’activité œstrogénique sur les rats. Et spécialement l’oxybenzone: outre le fait qu’il est très allergène, il traverse facilement la barrière de la peau, à l’instar des autres filtres UV, pour se retrouver dans le sang, l’urine et jusque dans le lait maternel.
«Nous ignorons aujourd’hui quelles sont les substances les plus nocives pour la santé dans les crèmes solaires. Mais sur 10 filtres UV que nous avons testés, six avaient une activité œstrogénique lors de tests in vivo, et huit lors de tests in vitro», détaille Margret Schlumpf.
Conclusion: «Dans le cas des enfants et des femmes enceintes ou qui allaitent, il faut éviter d’utiliser un produit avec un filtre UV chimique et se rabattre par exemple sur un écran à base d’oxyde de zinc ou d’une combinaison d’oxyde de zinc et d’extraits végétaux.»
«Même si ces perturbateurs endocriniens ne semblent pas nocifs pris isolément et à faible dose, certaines études de synergie indiquent qu’ils le deviennent lorsqu’ils s’ajoutent aux autres produits chimiques auxquels nous sommes déjà exposés», s’inquiète Elyse Rémy, porte-parole de l’Institut national d’information en santé environnementale.
Signe que l’industrie tient parfois compte de la pression des associations de consommateurs, l’organisme Environmental Working Group (EWG), qui a analysé 2 073 écrans solaires aux États-Unis, a constaté une baisse de 19 % du nombre de produits contenant de l’oxybenzone entre l’été 2008 et l’été 2009.
Une bonne nouvelle quand on sait que les Centres étasuniens pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) ont trouvé des niveaux détectables de ce composé soupçonné d’être un perturbateur endocrinien dans l’urine de 97 % de nos voisins du Sud âgés de plus de six ans. Malgré tout, l’an dernier, plus de 40 % des crèmes sur le marché en contenaient encore, selon l’EWG.
Cependant, tous les experts ne s’entendent pas sur les dangers de l’oxybenzone. «On n’a aucune preuve qu’il y ait le moindre danger pour l’humain. Les études n’ont jamais démontré que les filtres chimiques, aux doses qui se trouvent dans les lotions solaires, pouvaient perturber les fonctions hormonales ailleurs que chez le rat ou la truite, s’insurge le Dr Joël Claveau, dermatologue à la Clinique du mélanome et des cancers cutanés à l’Hôtel-Dieu de Québec et porte-parole de l’Association des dermatologistes du Québec. Pour l’instant, Santé Canada considère l’oxybenzone comme un ingrédient sécuritaire. Si on compare le poids pour notre société que représente le cancer de la peau par rapport aux doutes qui peuvent exister chez le rat ou la truite, il n’y a pas d’hésitation à recommander l’utilisation des écrans solaires qui en contiennent.»
Porte-parole de l’Association canadienne de dermatologie, le Dr Alfred Balbul se veut tout aussi rassurant: «Je ne crois pas que ces filtres posent problème en tant que perturbateurs endocriniens. Cela dit, il est vrai que l’oxybenzone peut provoquer des réactions allergiques de la peau. Donc, mieux vaut l’éviter chez les enfants, par exemple.»