Après avoir sabré dans le financement de l’agence fédérale, voilà que le gouvernement lui impose une réorganisation majeure. Pourra-t-on faire mieux avec moins?
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On ne badine pas avec la salubrité alimentaire. L’éclosion de listériose, en août 2008, avait causé la mort de 23 personnes, en plus d’en incommoder des dizaines d’autres. En déposant son nouveau projet de Loi sur la salubrité des aliments au Canada, le ministre de l’Agriculture, Gerry Ritz, désire moderniser notre système d’assurance de la salubrité des aliments.
Pour le moment, les exigences d’inspection ne sont pas les mêmes pour toutes les catégories de produits alimentaires. Prenons l’exemple des produits importés: la loi actuelle est très stricte pour les poissons et les viandes, mais moins contraignante pour les produits agricoles. Pour éliminer ce type d’incohérences, le gouvernement fusionnera la Loi sur l’inspection du poisson, la Loi sur les produits agricoles au Canada, la Loi sur l’inspection des viandes et certaines dispositions de la Loi sur l’emballage et l’étiquetage des produits de consommation.
«La nouvelle loi permettra d’harmoniser les exigences», explique la porte-parole de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA), Diane Allan. Formés pour surveiller divers types d’aliments et non un seul, les inspecteurs auront l’autorité pour utiliser toutes leurs compétences, ce qui rendra l’agence plus efficace, croit Diane Allan. Par ailleurs, en cas de faute grave mettant en danger la sécurité et la santé des consommateurs, l’amende maximale sera désormais 20 fois plus élevée, passant de 250 000 $ à 5 millions de dollars. Les tribunaux pourront aussi imposer une pénalité plus élevée en cas de faute grave.
Impact pour les consommateurs
À première vue, cette volonté d’efficacité se marie mal avec les coupures de 56 millions de dollars sur trois ans imposées à l’ACIA, qui obligent l’agence fédérale à revoir certains procédés. Ainsi, ce sera maintenant le consommateur qui devra surveiller les allégations nutritionnelles sur les étiquettes des aliments, comme le niveau de sodium, de cholestérol ou de sucre. L’organisme fédéral se contentera de mettre un outil en ligne pour les aider.
Quant à la viande importée des États-Unis, l’abandon d’un programme de supervision inquiète le Syndicat de l’agriculture de l’Alliance de la fonction publique. Le programme assurait l’inspection d’environ 50 000 cargaisons de bœuf, porc ou volailles par année, et il permettait de découvrir des lots de viandes entreposés dans de mauvaises conditions.
Selon le Syndicat, 300 travailleurs perdront leur emploi à la suite des coupures, dont une centaine d’inspecteurs. L’ACIA comptera ainsi une trentaine d’inspecteurs de moins qu’avant la crise de la listériose en 2008. Le gouvernement fédéral nie que des inspecteurs seront licenciés, et affirme que ces changements ne compromettront pas la sécurité des aliments ni la santé des consommateurs.
Il faudra attendre un certain temps pour évaluer l’impact des changements, et savoir si les consommateurs pourront continuer de se fier à l’ACIA, qui encadre les règles concernant la salubrité des aliments depuis maintenant 15 ans.
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