Par Lise Bergeron
Paru en juillet 2010
Introduction
Photo: Réjean Poudrette
« Manger de la viande est un geste politique. En achetant directement chez le producteur, je vote pour que les petites fermes familiales continuent d’exister. Je sais d’où vient l’animal que je cuisine et comment il a été élevé. Mais ce n’est pas toujours facile ; ça demande du temps et des efforts, comme aller à la ferme et prendre le temps de cuisiner. Il faut avoir un bon congélateur aussi », dit Annie Desrochers, mère de quatre enfants et coauteure, avec Madeleine Allard, du blogue « Maman, j’ai faim ! ».
Annie Desrochers fait partie d’une nouvelle race de consommateurs joliment appelés « locavores ». Une petite promenade sur Internet ou une simple discussion avec l’entourage confirme la tendance : plusieurs personnes remettent en question leur consommation de viande en adhérant, par exemple, au « Lundi sans viande » ou au Slow Food, deux mouvements qui favorisent l’alimentation locale, bio et éthique.
Il faut dire que l’industrie de la viande – l’élevage intensif surtout – se fait malmener depuis quelques années : on l’accuse de participer au réchauffement climatique et à l’érosion des terres, de nuire à la biodiversité, d’induire la résistance aux antibiotiques, de polluer l’eau, de provoquer le cancer, de maltraiter les animaux, d’entraîner injustices sociales, déstabilisation des communautés et propagation des maladies. Rien de moins.
Et l’avenir ne laisse augurer rien de bon. Si on en croit le plus récent rapport annuel de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, la terre comptera près de 10 milliards d’habitants en 2050 ; il faudra doubler la production mondiale de viande afin de répondre à la demande.
Au risque de faire payer un lourd tribut à la planète, car l’élevage, le transport, l’abattage et la transformation du bétail sont des opérations très énergivores. Le rapport 2008 de la Pew Commission on Industrial Farm Animal Production conclut d’ailleurs que « le système d’élevage actuel aux États-Unis est insoutenable à long terme, présente des risques inacceptables pour la santé publique et l’environnement et inflige aux animaux des souffrances inutiles ».
Photo: Réjean Poudrette
La viande annoncée à prix réduit peut provenir du Canada ou des États-Unis et de parties fraîches ou décongelées, tandis que celle qui est emballée par les supermarchés est totalement muette quant à son origine. Ceux qui privilégient l’achat local n’y trouvent pas leur compte.
Le logo Aliments du Québec, qu’on trouve sur plusieurs produits, aiderait très certainement les consommateurs à s’orienter s’il était utilisé au comptoir des viandes.