|
Bruit ou bruits?
Ce n’est pas du tout la même chose, soutient l’ingénieur et démographe français Dominique Bidou*:
«Au singulier, le bruit est une nuisance, un phénomène désagréable dont il convient de se protéger. Au pluriel, le mot évoque une richesse, une diversité. Au pluriel, chaque bruit a un sens. Le bruit du vent et de la rivière, celui de la rue, de l’usine, de l’avion, de la cour de récréation. Les bruits de la vie sont multiples, et, même si certains sont déplaisants, ils représentent une activité ou un élément naturel. Le bruit au singulier, lui, est à la fois anonyme et insupportable. Il n’est caractérisé que par son volume, il n’est pas question de qualité. Les bruits ont chacun leur personnalité, tout comme les odeurs, ou les tissus que l’on touche.»
Réduire le bruit à la source
«Les bonnes solutions ne résident pas toutes dans l’amélioration du
bâti. La réduction du bruit à la source est parfois bien plus efficace.
Et puis, il y a la composante comportementale. Elle joue dans les deux
sens. D’un côté l’insouciance de fauteurs de bruit, peu respectueux du
sommeil de leurs voisins. De l’autre une intolérance au moindre bruit,
comme en attestent les plaintes sur le bruit des cours d’école par
exemple. Les savoir-faire et les règlements ont bien progressé en 30
ans, mais la satisfaction du public n’a pas suivi cette amélioration, si
l’on en croit les sondages.
«Faut-il aller toujours plus loin, plus de science, plus de lois? Sans
doute peut-on encore gagner de ces deux côtés, ajuster, compléter les
dispositifs, qu’ils soient matériels ou juridiques, mais cela ne suffit
pas. Une dimension supplémentaire doit trouver sa place, celle de
l’écoute. Ajouter à la lutte contre le bruit la recherche d’une qualité
d’écoute. L’écoute physiologique tout d’abord. Le respect de nos organes
commence par en faire un bon usage, en tirer du plaisir, de la
connaissance, de la qualité relationnelle. La faculté d’écoute procure
bien des satisfactions, il s’agit de la préserver et de l’exercer en
permanence, et il y a mille manières de le faire.»
Apprendre à écouter
«L’écoute sociale, ou sociétale, ensuite. Celle des autres, pour en
tirer aussi du plaisir, celui de la relation, des échanges, de la
confrontation et puis aussi de l’assurance et de la considération. La
lutte contre le bruit commence par une éducation de l’écoute. L’écoute
des multiples bruits de la vie. Pour passer du bruit, phénomène
redoutable, aux bruits et à leurs nombreuses significations.»
*Président d’honneur de l’association Haute Qualité environnementale
des bâtiments, président du Centre d’information et de documentation
sur le bruit (France).
|
 |