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Le prix de certains médicaments vendus aux détenteurs d’une police d’assurance privée varie considérablement d’une région à l’autre, mais aussi d’une chaîne à l’autre, voire à l’intérieur d’une même chaîne.
Au terme d’une enquête éclair menée dans une quinzaine de pharmacies du Québec, Protégez-Vous a découvert des écarts de prix allant de 9 à 80 % pour un seul et même médicament! Ils peuvent atteindre 60 % au sein d’une même chaîne.
Les autorités de santé publique ne s’en émeuvent guère, préférant renvoyer la balle aux pharmaciens et aux chaînes. En fait, seuls les assureurs semblent réellement souhaiter une meilleure maîtrise des prix. «Nous n’avons aucun contrôle sur les montants remboursés par les régimes privés», se défend Olivia Jacques, porte-parole du Conseil du médicament du Québec.
Les 15 pharmacies que Protégez-Vous a sollicitées sont situées à Montréal, Québec, Sherbrooke, Bromont, Granby, Gatineau, Saguenay, Gaspé et Salaberry-de-Valleyfield. Elles sont affiliées à Brunet, Familiprix, Jean Coutu, Pharmaprix ou Uniprix.
Nos journalistes leur ont téléphoné pour connaître le prix de quatre médicaments parmi les plus consommés au Québec pour une prescription de 30 jours: le contraceptif Alesse 28, le réducteur de cholestérol Lipitor, l’antiulcéreux Nexium et l’hormone thyroïdienne synthétique Synthroid.
Ainsi, une pharmacie Familiprix de Gatineau vend l’Alesse 28 à 22,15 $, alors qu’on peut l’acheter à seulement 17,50 $ dans un Uniprix de Québec. Par ailleurs, une boîte de 30 comprimés de Nexium coûte 70 $ dans un Jean Coutu de Gaspé, mais 89 $ dans un Pharmaprix de Montréal. Dans les deux cas, il s’agit d’une variation d’environ 25 %, qui représente un supplément de quelque 230 $ par année pour le Nexium.
Mais c’est le Synthroid qui, dans notre enquête, affiche l’écart de prix le plus marqué : il coûte 5,21 $ dans une pharmacie Brunet de Chicoutimi, mais 11,34 $ dans un Familiprix de Gatineau, soit plus du double!
D’autres sources confirment d’ailleurs l’ampleur des écarts de prix existant d’une pharmacie à l’autre. Citant une enquête du gestionnaire de police d’assurance Telus Solutions, le Journal de l’assurance rapportait en juillet 2009 que la fourchette de prix du Lipitor, par exemple, était comprise entre 73,94 et 100,60 $.
L’explication des pharmaciens
Qu’est-ce qui justifie de telles variations ? Alors que les bénéficiaires du régime public d’assurance médicaments paient toujours le même prix, quelle que soit la pharmacie qu’ils fréquentent, les adhérents à un régime privé sont tout simplement victimes des «lois du marché», affirme Vincent Forcier, porte-parole de l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires.
En effet, «chaque pharmacien a le droit de fixer les prix des médicaments en fonction de ses frais d’exploitation», explique-t-il. «À l’instar des autres chaînes, nous avons une politique de prix suggérée pour tous nos pharmaciens affiliés, renchérit Hélène Bisson, directrice principale des communications du Groupe Jean Coutu. Mais ils ont la liberté de s’ajuster face à la concurrence locale.»
Richard Nadeau, vice-président affaires et services professionnels chez Familiprix, explique qu’il faut «voir les choses dans leur globalité». «Souvent, les consommateurs achètent aussi d’autres produits, soutient-il. Par exemple, le Nexium va être souvent prescrit à des patients qui prennent également des anti-inflammatoires pour éviter d’avoir des brûlures d’estomac et de l’irritation gastrique. Il faut donc aussi prendre en compte l’autre produit, puisqu’il a un impact sur la facture globale.»
Hausse des primes d'assurance
Le hic, c’est que cette liberté favorise l’explosion des coûts, dénonce Yves Millette, vice-président principal aux affaires québécoises de l’Association canadienne des compagnies d’assurances de personnes (ACCAP).
Résultat: le montant des réclamations augmente d’année en année… et les assureurs se rattrapent en augmentant les primes. «Il n’y a rien qu’on puisse faire pour contrôler tout ça. La loi sur l’assurance médicament du Québec nous oblige à rembourser ce que paient les consommateurs. Pourtant, il n’y a pas de contrainte semblable dans le reste du Canada.»
Depuis 2007, l’ACCAP presse Québec de donner plus de latitude aux assureurs privés. «On voudrait pouvoir imposer aux pharmaciens la liste de prix de la Régie de l’assurance maladie du Québec», explique M. Millette. Une liste qui détermine les sommes que rembourse la RAMQ pour tous les médicaments, qu’ils soient d’origine ou génériques.

Faits saillants
- Les écarts de prix vont de 9 à 80 % pour un seul et même médicament et peuvent atteindre 60 % au sein d’une même chaîne.
- Le Nexium peut coûter 230 $ de plus par année à Montréal qu’à Gaspé.
- Certains établissements semblent être systématiquement plus gourmands que d’autres.
(avec la collaboration de Stéphan Dussault, Rémi Maillard et Stéphanie Perron)
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