La préhypertension, mythe ou réalité?
Souffrez-vous de préhypertension ? Si oui, vous n’êtes peut-être pas si malade que ça.
«Cet état est une pure création d’un comité médical américain noyauté par l’industrie pharmaceutique», dénonce l’auteur de L’envers de la pilule, Jean-Claude St-Onge.
Il est vrai que la préhypertension n’existait pas avant qu’un comité consultatif des National Institutes of Health (NIH) des États-Unis n’élabore en 2003 ce nouveau concept qui fait aujourd’hui office de référence pour des centaines de milliers de médecins dans le monde. Et qui a de facto élargi le marché des antihypertenseurs, comme l’amlodipine de marque Norvasc, l’un des cinq médicaments les plus prescrits au Québec.
Le marché de l’hypertension se porte d’ailleurs particulièrement bien chez nous. Depuis 10 ans, c’est la première raison qui pousse les Québécois à consulter un médecin ! «Neuf des 11 médecins siégant au sein du comité des NIH avaient des liens directs avec des fabricants d’antihypertenseurs à titre de consultant, de conférencier ou de chercheur», souligne M. St-Onge.
Avant cette décision des NIH, les balises de l’hypertension avaient déjà été redéfinies en haut lieu.
En 1999, l’Organisation mondiale de la santé a confié à un groupe de 18 experts médicaux internationaux (dont 17 directement liés à de grands laboratoires pharmaceutiques) la tâche d’établir de nouvelles directives en matière d’hypertension.
Le comité a recommandé l’utilisation en première ligne de l’une ou l’autre des six classes d’antihypertenseurs existants et a décrété que la tension artérielle devait rester inférieure à 120/80 – la tension normale devant être sous la barre des 130/85. Mais la révision des normes par les NIH a fait que le seuil de 120/80 est devenu celui de la préhypertension.
Tension
Le Dr Jean Grégoire, cardiologue et chercheur-clinicien à l’Institut de cardiologie de Montréal, nuance l’utilisation de ces normes. «La tension artérielle systolique normale se situe entre 100 et 140 mmHg. Il est possible qu'une baisse trop importante augmente le taux d'événements cardiovasculaires. Cela demeure controversé. Ce qui est certain, c'est que dans le traitement de l'hypertension artérielle, toute baisse de la tension est bénéfique.»
Le Dr Pierre Biron, ex-professeur de pharmacologie à l’Université de Montréal, spécialiste de la bioéthique et de la pharmacovigilance, croit plutôt que toute baisse de tension procure un bienfait à long terme «quand la tension initiale est suffisamment élevée. Ainsi, si vous faites baisser la tension systolique de 160 à 140, vous soulagez le cœur et les artères; mais si vous la faites baisser de 140 à 130, il n’est pas prouvé que le bienfait sera aussi tangible chez des gens déjà en bonne santé».