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Un art (médical) qui se perd

Par Marc Zaffran, médecin généraliste et écrivain

Mise en ligne : juillet 2011

 | 

Magazine : août 2011

Illustration: Christine Roy

La technologie médicale a fait des progrès extraordinaires au cours des 60 dernières années et a donné aux praticiens un nombre d’outils considérable, aussi bien pour diagnostiquer les maladies que pour traiter les patients. Cependant, à mon humble avis (et si j’en crois beaucoup de patients, au Québec comme en France), le meilleur outil du médecin est de plus en plus sous-employé. Pourtant, c’est le moins coûteux ; c’est le plus universel ; c’est le plus fin et le plus utile, car il oblige les praticiens à donner le meilleur d’eux-mêmes. Cet outil, c’est… l’examen clinique.

Examiner, c’est toucher
Quand j’étais étudiant en médecine, dans les années 1970, mes maîtres insistaient constamment sur l’examen clinique. Pour eux, aucun diagnostic ne tenait debout s’il ne s’appuyait pas sur un examen soigneux du patient par le médecin. Au fil des années et de l’expérience, les meilleurs praticiens apprennent qu’il n’est pas toujours nécessaire d’examiner un patient complètement. De fait, il est beaucoup plus efficace de centrer l’examen sur sa plainte quand elle est localisée; puis, par la suite, de s’en éloigner de manière logique, en s’appuyant sur les connaissances de l’anatomie et de la neurologie.

Ainsi, une douleur dans le gros orteil n’a pas la même signification selon que le gros orteil est rouge, chaud et gonflé (ce qui peut évoquer une crise de goutte ou, après une chute dans l’escalier, une en­torse ou une fracture) ou bien, alors qu’il est parfaitement normal, que le patient marche en boitant (ce qui peut évoquer plutôt une crise de sciatique, même si le patient n’a pas mal au dos…).

Encore faut-il regarder le gros orteil, puis faire bouger le pied, le genou, la jambe, le bassin, etc. Une douleur doit toujours être analysée «en situation», et non dans l’absolu. Et pour analyser cette douleur, et de nombreux autres symptômes et signes, il est indispensable que le médecin touche le patient.

Or, un nombre croissant de médecins ne touchent plus les patients qui se présentent à eux. Même si ça n’est pas toujours indispensable, les patients attendent qu’on les palpe, qu’on les touche. Bref, que le clinicien fasse son boulot de clinicien et les examine.

Des mains, c’est plus humain

Pourquoi l’examen clinique est-il en perte de vitesse? Par manque de temps, certainement, mais aussi par manque d’assurance de la part des médecins, à qui on enseigne de plus en plus comment prescrire et lire radio, prises de sang et IRM, mais de moins en moins comment faire le diagnostic de pneumonie, de colique hépatique ou d’une douleur d’origine inconnue. Est-ce que ça améliore leur travail? Non. Au contraire, ça en diminue l’efficacité. Et qui bénéficie le plus de l’abandon de l’examen clinique et de la multiplication des tests? Les fabricants de machines!

Ce n’est pas seulement dommage, c’est contre-productif et contraire à une médecine de qualité. L’immense majorité des affections dont souffrent les patients sont fréquentes et simples à identifier. Un bon examen clinique permet d’écarter des diagnostics peu courants (et donc de ne pas recourir à des tests coûteux et longs à obtenir) et de s’orienter vers ce qui est le plus probable et, par conséquent, le plus rapide à traiter.

La prochaine fois que vous irez chez votre médecin, demandez-lui de vous examiner. Dites-lui que vous lui faites plus confiance, à lui, à elle, qu’à une machine. Que vous préférez passer une demi-heure entre ses mains (et attendre plus longtemps s’il le fait plus souvent, à plus de patients) que dans le tunnel d’un appareil de radiologie. Ça ne sera pas seulement plus efficace, ça sera aussi plus humain.

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  • 19 juil. 2011
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    Participation de Lyne Gagnon

    Commentaires publiés : 11

    Discussions publiées : Non disponible

    Par Lyne Gagnon
    (Participant actif)

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    Un bon médecin est une denrée rare de nos jours. Plusieurs ne savent que prescrire des médicaments. Tu as mal à un épaule, on te donne des anti-inflammatoires ou antidouleurs. Tu as de la difficulté à dormir, des pillules pour dormir.
    Ma nièce de quatorze ans qui était à sa première peine d'amour, l'infirmière de l'école l'a envoyé au CLSC et le médecin lui a prescrit des antidépresseurs. Imaginez-vous. À quatorze ans. Et ce, sans aucun autre rendez-vous pour un suivi. C'est aberrant.
    Moi, je suis chanceuse. J'ai un médecin que personne ne voulait sous prétexte qu'il était bête avec les patients. Bien au contraire, je n'ai jamais eu un aussi bon médecin. Il ne donne pas des pilules pour le plaisir des patients. J'ai compris pourquoi plusieurs n'en voulaient pas. Quand il prescrit quelque chose, c'est que tu en as vraiment besoin. Alors, c'est le médecin de ma fille et je ne suis pas inquiète qu'il ne mettra pas ma fille sur un antidépresseur mais plutôt lui conseiller d'aller parler à sa mère ou une psychologue.
    Dommage, que ce genre de médecin soit devenu rare.

    • 12 oct. 2011
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      Participation de Jean-François Caron

      Commentaires publiés : 12

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      Par Jean-François Caron
      (Participant actif)

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      oui c'est vrai que c'est difficile a croire tout se laisse aller mais au moin cette histoire a une bonne moral a savoir qu'il ne faut pas se fier aux apparences et de suivre son bon sens,car a l'époque des télécom et j'en passe on perd tout le naturel pour l'artificiel et a la base la vie c'est naturel...

  • 17 juil. 2011
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    Participation de JEAN-PAUL LAROUCHE

    Commentaires publiés : 1

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    Par JEAN-PAUL LAROUCHE
    (Participant occasionnel)

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    Bravo, il a aussi de jeunes médecins excellents.

    Très médicamenté, je vois mon médecin de famille aux six mois. Je le rencontre depuis 15 ans. Au début il commençait sa pratique. Dans la dernière année, j'ai fait une perte de poids rapide. Il m'a fait un examen clinique appronfondi à tel point que je croyais être cancéreux. Ce n'est que suite à cela et après un bon délai d'attente qu'il m'a envoyé passer un Taco. Je constate qu'il fait l'examen tactile très souvent. Après ce que vous venez de dire au sujet de l'examen clinique, je comprend son professionaliste. Il est au début de la quarantaine. Il vaut plusieurs spécialistes que j'ai dû rencontrer, tellement il est humain. J'ai rarement dépassè un quart d'heure dans son bureau. J'ai 70 ans et quelques années.

    Fier d'un excellent médecin

    Jean-Paul de Jonquière

  • 16 juil. 2011
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    Participation de GILLES LABRECQUE

    Commentaires publiés : 1

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    Par GILLES LABRECQUE
    (Participant occasionnel)

    Commentaire pertinent Je trouve ce commentaire pertinent 10 )

    Bien d'accord avec vous. C'est vrai aussi dans bien des domaines. Des mécaniciens se montrent incapable de diagnostiquer un problème si la machine qu'ils branchent ne donne pas la solution. Des caissiers ne savent plus comment remettre la monnaie si la machine ne leur fait pas le calcul. La machine ne rend pas l'humain meilleur mais lui facilite la vie pour lui permettre d'apprendre autre chose... si il veut bien s'en donner la peine.

  • 15 juil. 2011
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    Participation de LOUISE FARKAS

    Commentaires publiés : 1

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    Par LOUISE FARKAS
    (Participant occasionnel)

    Commentaire pertinent Je trouve ce commentaire pertinent 6 )

    Bonne chance pour convaincre votre médecin de famille de passer une demi-heure avec vous ! Par les temps qui courent, ce médecin appartient à une espèce rarissime et est douloureusement absent de mon carnet d'adresses.

    • 16 juil. 2011
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      Participation de Jean-François Roussy

      Commentaires publiés : 6

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      Par Jean-François Roussy
      (Participant occasionnel)

      Commentaire pertinent Je trouve ce commentaire pertinent 4 )

      Vous seriez la première à vous plaindre d'attendre trop longtemps s"il fallait qu'il prenne 30 minutes avec tous les patients... comme on dit on peut pas tout avoir...

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