Une nouvelle entreprise veut produire des fruits et légumes bio en plein centre-ville.
La construction de la première serre sur le toit.
Fermes Lufa voit grand avec un créneau pour le moins original: utiliser l’espace des plus grands toits de Montréal pour y produire des légumes. L’entreprise est d’ailleurs en train de construire une première serre de 31 000 pieds carrés sur le toit d’un édifice à bureaux du quartier Ahuntsic, au nord de Montréal.
«On pense pouvoir semer au début du mois de février», dit Mohamed Hage, co-fondateur des Fermes Lufa. Tomates, aubergines, laitues, bok choy, concombres, poivrons, fines herbes pousseront sur le toit, au 3e étage de l’immeuble. Les premiers légumes seront distribués directement aux consommateurs dès avril, par un système d’abonnement à des paniers.
Louer son toit est tout un avantage pour le propriétaire du bâtiment. La couverture végétale réduira la facture énergétique, autant le chauffage en hiver que la climatisation en été.
Vraiment plus écologique?
Pas question pour Mohamed Hage de vendre des tomates qui ont mûri dans le camion qui les ramène du Mexique. Pour sa première année d’exploitation, il compte nourrir jusqu’à 2000 Montréalais. Fraîcheur garantie! Les légumes seront cueillis puis livrés à des points de chute le jour même.
Pour des raisons écologiques, nutritionnelles et aussi de saveur, il mise sur une production locale. Moins de transport, moins de pollution. L’eau de pluie sera récupérée et la serre est bâtie en verre, un matériau durable. Les légumes seront sans OGM et cultivés sans pesticide ni herbicide.
Or, cet argument «sans OGM et sans pesticide» n’impressionne guère André Gosselin, professeur titulaire à la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de l’Université Laval. «La plupart des producteurs de légumes de serre au Québec produisent sans pesticide. Ils utilisent des agents de lutte biologique, des insectes et des prédateurs.»
Et celui de la réduction de la pollution par le transport est relatif, poursuit M. Gosselin. «Les serres sont généralement situées en périphérie des villes. On obtient un gain important sur le transport si on compare la tomate de Montréal avec celle de la Californie ou du Mexique.»
Se servir des îlots de chaleur
Autre doute pour André Gosselin: la véritable économie d’énergie se réaliserait plus dans l’immeuble sous la serre que dans la serre elle-même. Mais Mohamed Hage, pour qui l’efficacité énergétique est un dada, croit plutôt que cultiver en ville permettra de récupérer les sources de chaleur des immeubles pour en faire profiter sa serre. «Notre consommation énergétique est très basse si on la compare aux serres sur le sol parce qu’on a un immeuble chauffé à environ 25 degrés en dessous de nous. De plus, il fait 7 degrés de plus en ville qu’en banlieue.»
Un système d’eau chauffé au gaz naturel fournira la chaleur nécessaire pour la culture dans la serre. La température sera maintenue à l’aide d’écrans thermiques installés sur le toit et sur les murs de la serre. Un système d’évents assurera la ventilation.
Avec cette première serre, Mohamed Hage veut prouver que l’agriculture urbaine est possible et rentable. Si l’expérience est concluante, il compte ajouter d’autres toits à son tableau de chasse.
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