En octobre, l’arrondissement montréalais Rosemont–La Petite-Patrie devrait être le premier endroit au
Québec à interdire les toits noirs.
Photo: iStockphoto
Dans un quartier aussi peuplé que Rosemont, où vivent environ 135 000 personnes dans 16 km2, toute mesure visant à réduire la chaleur est la bienvenue. Car ici, le bitume est roi.
Et son règne se fait pleinement sentir les jours de canicule. Alors s’il est difficile de s’attaquer au bitume des rues, attaquons-nous au bitume des toits !
C’est ainsi qu’a émergé l’idée d’obliger toute nouvelle construction ou toute nouvelle rénovation à intégrer un toit blanc. Les élus prévoient soumettre ce règlement au vote lors de l’assemblée du conseil d’arrondissement du 4 octobre prochain.
« Tout le monde parle de toit blanc, mais le règlement proposera plutôt un taux maximum d’absorption des rayons lumineux, précise François Croteau, le maire de l’arrondissement. Ça peut se faire avec un toit blanc, mais aussi avec un toit en tôle. »
À première vue, le problème est simple : le noir des toitures absorbe presque tous les rayons, ce qui emmagasine la chaleur dans les maisons. Le toit blanc, lui, réfléchit la majorité de ces rayons, ce qui peut abaisser de plusieurs degrés la température d’une résidence, surtout celles dont le vide sous toit est mal isolé. « Vu la durée de vie des toits, on espère que d’ici une quinzaine d’années on aura éliminé les toits noirs du quartier » ajoute François Croteau.
Certains spécialistes croient que cette mesure permettra alors de faire diminuer d’au moins 2 °C la température du quartier, une estimation « réaliste », estime Guy Lalonde, architecte et directeur technique à l’Association des maîtres couvreurs du Québec (AMCQ).
« C’est une excellente initiative, qui devrait être répétée dans d’autres régions qui ont d’importants îlots de chaleur, dit Emmanuel Cosgrove, évaluateur de maisons LEED et fondateur d’Écohabitation. Mais les villes doivent aussi prêcher par l’exemple en diminuant le béton, l’asphalte et la brique au lieu de simplement demander aux propriétaires résidentiels de faire leur part. »
Trop beau ?
A priori, cette obligation réglementaire ne modifiera pas énormément les pratiques des couvreurs. Il sera toujours possible de poser la traditionnelle toiture de bitume liquide, à la différence que la roche épandue sur le bitume chaud devra être blanche.
Quant aux toitures faites de membranes élastomères, des fabricants l’offrent déjà en blanc moyennant un supplément. Dans certains cas, la facture pourra augmenter de 10 %, prévient-on. Mais les économies d’énergie des utilisateurs de climatiseurs et le confort accru de ceux qui n’en ont pas pourraient compenser ce surcoût.
Guy Lalonde salut l’initiative de Rosemont, mais ajoute que d’autres études seraient tout de même nécessaires avant de trancher que le blanc est le meilleur choix de couleur de toit pour les résidents. « En automne et au printemps, le toit noir chauffe une maison qui en a besoin. Peut-être qu’un ton de gris serait plus indiqué. Et dans certains cas, il vaudrait mieux d’isoler d’abord l’entretoit avant de songer au toit blanc. »
Mais surtout, il ne faut pas faire du toit blanc le seul critère. Car il y aura toujours de bons produits posés par de mauvais installateurs. Et il ne faut pas uniquement se fier à la licence de la Régie du bâtiment du Québec affichée par l’entrepreneur. Celle-ci certifie davantage ses qualités de gestionnaire que d’installateur.
Le mieux est d’en inviter quelques-uns chez soi pour « se faire une meilleure tête », de s’assurer qu’ils détiennent une assurance responsabilité et de leur demander des références de clients satisfaits pour des projets similaires au vôtre
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Deux images montrant les principaux îlots de chaleur (en rouge). En
raison de la très grande concentration de bitume, d’asphalte et de
béton, une ville comme Montréal (carte de gauche) profiterait bien
davantage des effets des toits blancs qu’une autre comme Sherbrooke
(carte de droite).
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Source: Institut national de santé publique du Québec
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