La naïveté
Dans cette triste histoire, personne ne conteste les bonnes intentions d'Isabelle Saint-Arnaud et de Patrick Payette. Tous les ont décrits comme des gens dévoués et avec de bonnes valeurs. Nouvelle démonstration qu'une bonne personne ne fait pas nécessairement un bon gestionnaire qui va accoucher d'un bon projet. Ainsi, plusieurs nous ont avoué avoir été aveuglés par la beauté du projet au point de ne pas avoir pris les précautions les plus élémentaires. Dans la série «si c'était à refaire», voici cinq points.
1- S'informer davantage
APEX était une jeune entreprise qui bâtissait des maisons non conformistes. Elle était ainsi condamnée à expérimenter, donc à faire des erreurs. Le cas de Jean-François Gauthier montre jusqu'où peuvent aller les conséquences de cette inexpérience. Avant de vous embarquer dans un projet de construction avec un entrepreneur, demandez de visiter la maison d'anciens clients. Cela peut s'avérer utile même si ce sont les références du constructeur.
2- Obtenir un avis professionnel indépendant
Dans certains cas, le plan d'architecte était fiable, mais il n'a pas été suivi. Pour éviter que la situation dégénère, plusieurs acheteurs engagent un inspecteur en bâtiment qui vérifie la qualité des travaux à plusieurs étapes de la construction. Vous ne saurez sans doute jamais si la dépense vous a économisé des milliers de dollars de frais d'expertise pour prouver la mauvaise qualité des travaux, mais vous aurez certainement l'esprit plus tranquille.
3- Songer à une maison écoénergétique
Vous pouvez exiger une maison Novoclimat, accréditation que détenait APEX. Attention toutefois: le programme gouvernemental ne certifie pas que la maison sera écologique, mais bien écoénergétique. Il impose des règles strictes en matière d'efficacité énergétique et de qualité de l'air. C'est particulièrement important dans le cas d'APEX, qui construit avec du bois vert. En séchant et en se rétractant, la structure peut générer d'importants problèmes de moisissures et de qualité de l'air.
4- Tenter de faire jouer la concurrence
Il est difficile d'obtenir un prix ferme pour une maison quatre ans avant sa construction. C'était le cas de plusieurs résidants de l'écoquartier. Mais en même temps, il peut être hasardeux de se contenter d'une promesse de prix «concurrentiel» quand une seule entreprise construit toutes les maisons. «L'écoquartier, c'est la façon qu'avait trouvé APEX pour avoir beaucoup de travail au même endroit au lieu de toujours se déplacer», explique Élise Vidal, une des copropriétaires de la société De feuilles en aiguilles SENC, qui a racheté les terrains invendus en janvier. Une solution: ne commander que l'ossature de la maison à APEX et faire faire la finition par un autre entrepreneur, ce qu'APEX permettait. Seulement si la gestion de projet vous intéresse...
5- Préciser le caractère authentique du quartier
Pour assurer la cohésion de l'écoquartier, APEX a inclus dans le contrat notarié un document intitulé «Programme d'intégration architecturale». Le document est flou à plusieurs égards. APEX dit préconiser «l'authenticité architecturale», mentionne que «la volumétrie devra être harmonieuse, propre à son style», que «le béton devra être traité d'une façon artistique et intéressante» et que seules les clôtures en bois «et esthétiques» sont permises. Puisque des goûts il ne faut pas discuter, APEX aurait eu intérêt à préciser sa pensée.